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Si la dette est loin d’être stable aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et, surtout, au Japon, le risque de faillite est jugé faible pour l’instant dans ces trois pays.
La situation d’un pays en matière de dette et de déficits publics a des implications importantes pour la politique économique ainsi que pour les performances de l’économie et des marchés financiers. Dans cet article, nous examinons les évolutions potentielles futures du ratio dette publique/PIB afin d’évaluer la viabilité budgétaire des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Japon et de plusieurs pays de la zone euro. Les déficits et la croissance de la Grèce étant peu prévisibles, nous n’avons pas étudié la trajectoire de la dette grecque. Il semble toutefois assez clair que la dette publique de ce pays n’est pas viable, malgré la restructuration dont elle a fait l’objet un peu plus tôt cette année.
La «dynamique» de la dette
Sur le plan arithmétique, l’évolution du ratio dette publique/PIB dépend principalement de cinq facteurs mis en relation dans l’équation ci-dessous:
– Taux d’intérêt moyen sur dette émise (i).
– Solde budgétaire hors charge d’intérêt de la
dette/PIB (solde budgétaire primaire, p/Y).
– Croissance économique réelle (g).
– Inflation (?).
L’impact des encours de dette et des taux d’intérêt est simple: toute augmentation de ces deux facteurs accroît le poids de la dette et rend plus difficile la stabilisation du niveau d’endettement. Récemment, l’exemple le plus frappant est celui de l’Irlande, où la dette a explosé suite à une décision du gouvernement de garantir les bilans de certaines banques en difficulté. La croissance du PIB est importante d’un simple point de vue comptable. En effet, si l’économie progresse, le PIB augmente et, par conséquent, le ratio dette publique/PIB recule. L’inflation a une action comparable dans la mesure où elle fait grimper la croissance nominale du PIB, diminuant ainsi le ratio dette publique/PIB pour un niveau donné de croissance réelle du PIB. L’effet direct de la croissance économique et de l’inflation est maximal pour les pays très endettés. Ainsi, la baisse de 13% du PIB nominal grec depuis 2009 s’est traduite par une hausse du ratio dette publique/PIB de 127% à 147%, toutes choses égales par ailleurs. Si en revanche l’économie avait progressé de 10%, comme aux Etats-Unis, le ratio d’endettement serait tombé à 116%. Enfin, des taux d’intérêt supérieurs et un solde primaire inférieur font monter le ratio dette/PIB.
Les interactions entre ces variables sont importantes
En plus d’avoir un effet direct individuel, les différentes variables de l’équation présentent aussi des interactions importantes entre elles. Ces dernières années, de nombreuses études ont établi qu’un niveau d’endettement public élevé pesait sur la croissance du PIB. Ce phénomène s’explique peut-être simplement par le fait que les Etats très endettés resserrent leur politique budgétaire pour tenter de réduire leur déficit ou que les consommateurs et les entreprises diminuent leurs dépenses lorsque la dette et les déficits augmentent (effet Ricardo-Barro). Par ailleurs, une élévation du ratio d’endettement peut conduire les investisseurs à exiger des primes de risque plus élevées, ce qui gonfle les taux d’intérêt et ralentit les dépenses d’investissement. En revanche, une croissance accrue du PIB améliore généralement le solde primaire puisqu’elle accroît les recettes fiscales et réduit les dépenses, par exemple pour les indemnités de chômage. Une hausse de l’inflation améliore aussi en principe le solde budgétaire dans la mesure où elle grossit les recettes fiscales (notamment par le biais de la «dérive fiscale»); les dépenses, quant à elles, devraient être moins affectées, à moins d’être indexées sur l’inflation. Néanmoins, une poussée inflationniste risque aussi de renforcer les anticipations d’inflation, aboutissant à une hausse des taux d’intérêt. Une telle dynamique rend assez incertaines les prévisions en matière de déficit et d’évolution de la dette.
Sensibilité «non linéaire» aux taux d’intérêt du marché
L’impact direct d’une hausse temporaire des taux d’intérêt du marché sur la dette est généralement assez modéré. En effet, compte tenu des échéances de 5 à 10 ans, la plupart des pays développés ne doivent refinancer qu’une petite partie de leur dette chaque année. Par conséquent, il faut du temps pour qu’une hausse des taux d’intérêt du marché se répercute sur le coût global du financement. Néanmoins, comme on a pu l’observer ces derniers mois et années, une telle progression des taux peut avoir pour conséquence que les pays perdent assez rapidement l’accès aux financements du marché des capitaux si celui-ci commence à anticiper des taux encore supérieurs à l’avenir. Le fait que les paiements d’intérêts sur la dette actuelle ne soient pas très hauts n’est pas forcément avantageux lorsque le marché envoie de tels feed-backs négatifs. De plus, une fois que des pays ont «figé» les taux d’intérêt à un niveau élevé, il faut également du temps pour alléger le poids de la dette, même si les taux d’intérêt du marché retombent.
D’autres clé pour assurer la viabilité de la dette
Y a-t-il un ratio dette publique/PIB au-delà duquel un Etat ne peut plus se financer lui-même et doit se déclarer en faillite? La réponse est clairement non. Des données de Reinhart & Rogoff (2010) révèlent, par exemple, que des Etats se sont retrouvés en faillite à des ratios de dette publique/PIB très divers. Bien sûr, comme nous l’avons mentionné plus haut, le coût du service de la dette joue un rôle tout aussi important que le niveau de la dette en lui-même. Cependant, le ratio de la charge d’intérêt de la dette par rapport aux recettes de l’Etat ne constitue pas non plus un indicateur très fiable du risque de faillite. Ainsi, alors que ce ratio est plus élevé au Japon qu’en Espagne, les marchés obligataires se montrent peu préoccupés par la viabilité budgétaire du Japon. Des facteurs tels que la part de dette publique détenue par des investisseurs locaux (supposés plus loyaux) et celle libellée en monnaie étrangère semblent donc plus adaptés pour évaluer la viabilité de la dette. Dans le cas des pays périphériques de l’Europe, les dettes sont officiellement libellées en monnaie locale (c’est-à-dire en euros), mais les marchés ont commencé à redouter qu’une sortie de la zone euro ne les transforme en dettes libellées en monnaie étrangère. Enfin, la clé pour assurer la viabilité de la dette réside dans la volonté de la banque centrale de jouer le rôle d’«acheteur ultime». Le fait que la BCE se soit montrée très réticente à incarner ce rôle est l’une des raisons majeures des inquiétudes qui se sont manifestées concernant la viabilité des dettes et les risques de faillite dans les Etats périphériques de l’UE.
Les dettes de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni semblent maîtrisables
L’Italie, le Portugal et l’Irlande se situent à la limite
La trajectoire de la dette espagnole est préoccupante
Deux «éléphants» assez différents











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