Next-Finance : Vous avez lancé l’année dernière Uncia AM, une société de gestion spécialisée sur les entreprises de forte croissance. Quelle est l’expérience de votre équipe sur le sujet et pourquoi cette thématique?
Julien Messias : Uncia AM est une société de gestion indépendante. L’idée d’Uncia est d’offrir des produits de stock-picking à forte génération d’alpha sur longue période. Nous estimons que le style de gestion le plus performant sur la durée est celui de la croissance forte. A l’origine, Vincent Fourcaut, ancien analyste sénior dédié du fonds Echiquier Major, a beaucoup travaillé sur l’univers croissance forte dans le cadre d’une poche du fonds. Afin de se consacrer à 100% à son univers de prédilection, il décide de quitter Financière de l’Echiquier pour fonder Uncia AM. Aujourd’hui, nous sommes au total 4 associés fondateurs, de cultures complémentaires :
Mickael Cohen autre transfuge de Financière de l’Echiquier était en charge de la vente auprès d’investisseurs institutionnels Européens. Alexis Charveriat, anciennement gérant actions internationales chez Ecofi Investissements et moi-même précédemment trader options sur actions et indices chez ING Financial Markets. Nous avons choisi la thématique de la croissance d’exception pour plusieurs raisons :
- D’abord, il s’agit d’un territoire extrêmement sélectif. Seules 800 valeurs dans le monde répondent à nos exigences de croissance, soit à peine 1% de la côte mondiale.
- Autre valeur ajoutée, l’univers de la croissance forte est sous représentée dans les gestions actions dominées par le « value » alors même qu’il s’agit du segment de la cote où l’on retrouve les plus beaux parcours boursiers : Iliad (cours multiplié par 10 en 10 ans), Hermes (cours multiplié par 5 en 10 ans), Amazon (cours multiplié par 10 en 10 ans). Notre positionnement proche du style Anglo-Saxon est unique en Europe continentale.
- Ces sociétés souvent considérées à tort comme « trop chères » ont toujours surpris par leur capacité à battre le consensus boursier.
- Enfin, en tant que société de croissance nos valeurs sont souvent portées par des « megatrend ». La classe moyenne émergente, le vieillissement de la population, le digital seront les vecteurs de la croissance au cours des 10-20 prochaines années. Ces thèmes sont absolument incontournables pour notre gestion.
Présentez-nous votre gamme actuelle de produits (Uncia Global Long/Short Equity et Uncia Global High Growth)? Quelle est la performance et la volatilité de ces deux fonds ?
Nous gérons aujourd’hui deux fonds actions:
- Uncia Global High Growth, est un fonds Long Only qui investit sur des sociétés de croissance forte quelque soit le secteur ou la taille de capitalisation. Deux contraintes néanmoins, l’exposition aux pays émergents ne peut représenter plus de 50%. L’exposition aux petites valeurs (moins de 1 Milliard USD de capitalisation) ne peut pas excéder 20%. La performance depuis le début de l’année est de 6.5% avec une volatilité annualisée de 13.3%%[[performances au 09/06/2014]].
- Uncia Global Long Short Equity entre dans la catégorie des fonds diversifiés. La patte longue du Long Short est constituée des plus fortes convictions du Long Only, tandis que la patte short est composée de titres en déclin depuis plusieurs années et/ou d’indices en fonction du contexte de marché. La volatilité du fonds est bornée entre 5 et 8% maximum. Tout en respectant ce cadre de risque le fonds se veut aussi opportuniste. Le fonds peut ainsi s’adapter à tous les régimes de marchés possibles et s’autorise une latitude de son exposition nette pouvant aller de plus à moins 40% et jusqu’à 200% d’exposition brute en conformité avec la réglementation UCITS 4. Depuis le début d’année, la performance est de 3.6% avec une volatilité annualisée de 5.8%[[performances au 09/06/2014]].
Pouvez-vous nous en dire plus sur vos méthodes d’allocation de portefeuilles ?
En tant que gérant de conviction, nous construisons le portefeuille du fonds Long Only suivant nos paris de long terme. Le principal déterminant du poids d’une valeur est son potentiel de hausse, à savoir un fonds de portefeuille constitué des principales convictions structurelles de long-terme.
Sur le fonds Long Short, notre méthode d’allocation dérive des méthodes dites « smart beta » qui pondèrent les positions par les risques de volatilité et de corrélation. Le principe est le suivant : la décorrélation entre la patte longue et la patte short est recherchée afin d’utiliser intelligemment la variance du portefeuille et de mettre en avant le stock-picking.
Comment comptez-vous créer de l’Alpha pour les investisseurs ? Sont-ils réceptifs à ce type de stratégies dans le contexte actuel des marchés ?
Nous partons du principe que plus la croissance est forte, plus elle est sous-estimée. Souvent, en raison d’un manque d’investigation, les analystes sous-estiment la soutenabilité de la croissance au-delà d’un an. Or avec la révision à la hausse des estimations, la valorisation apparait moins élevée entrainant ainsi une hausse du cours. Nous avons dans ce cas, un territoire d’inefficience très favorable pour notre gestion.
Dans un premier temps nous avons une approche « Top-Down » où nous étudions dans l’ordre le cycle économique d’une zone géographique, puis la politique monétaire en vigueur, le style du marché (croissance vs value).
La seconde étape est une analyse « Bottom-Up ». Nous sélectionnons les entreprises avec les critères suivants : une croissance du chiffre d’affaire d’au moins 15% par an, un fort levier opérationnel qui démultiplie la croissance des résultats, ainsi qu’une création de richesse indiscutable avec le suivi d’indicateurs tels que le ROCE et la génération de « Free Cash Flows » positifs. En somme nous nous intéressons aux plus beaux « business models » de croissance forte, et ce sans limitation géographique ou sectorielle. En effet, notre première approche va consister à évaluer le potentiel de croissance parmi notre univers mondial de 800 sociétés de croissance forte. Une analyse quantitative approfondie axée sur la qualité, va permettre de réduire cet univers de 800 valeurs à une « watchlist » de 150 valeurs. Enfin, notre dernière approche est centrée sur le potentiel de hausse de ces valeurs. Etant des gérants de conviction nous limitons le nombre de positions à 40 valeurs maximum au sein de nos portefeuilles. Nos secteurs de prédilection actuels sont l’E-commerce, la santé, les média ou les transports. Nous sommes investis à un tiers aux Etats-Unis, un tiers en Europe, et un tiers dans le monde émergent.
Quelles techniques de « risk management » avez-vous mis en place dans le cadre de votre processus de gestion?
Chose assez rare dans les sociétés de gestions entrepreneuriales, le « risk management » est au cœur du processus de gestion. L’objectif est double :
- se protéger contre les risques extrêmes de marché
- éviter les accidents de parcours de nos investissements
Notre « risk management » se décompose en trois parties : le risque de marché/risque de style, le risque de « stock picking » et le risque de portefeuille.
Pour le risque de marché (ou risque macro), nous avons des alertes qui sont activées lorsque la volatilité implicite du marché et certains indicateurs de sentiment (Put/Call ratios, AAIBull Index,…) atteignent des seuils critiques. Notre appétit au risque s’exprime par le choix des expositions sur les deux fonds. Pour le risque de style, nous assurons une veille permanente et un suivi continu des paramètres de marché (rotations sectorielles et géographiques) et des flux significatifs, en particulier provenant de l’univers « hedge funds », ces derniers étant des acteurs de poids sur les valeurs qui composent nos portefeuilles.
Concernant le risque de « stock picking », des alertes sont activées lorsqu’un titre baisse au-delà d’un certain seuil (« stop loss »). Il s’agit de minimiser le biais affectif (biais de disposition notamment) qui peut se créer entre le gérant-analyse et ses valeurs. Nous suivons en continu les risques de M&A sur les positions shorts.
L’essentiel de la performance d’un actif se produit pendant quelques jours dans l’année, ainsi nous accordons une importance particulière à la gestion du risque de publication. Nous avons mis en place une gestion active de ces phases, avec des techniques de désensibilisation du portefeuille ou de « stock replacement » où la position en actions est remplacée par une position longue d’options dans le but de créer un profil de risque asymétrique. Il est à noter que contrairement à une croyance largement répandue, ce n’est pas parce qu’une action a un PER élevé que le risque de volatilité sur la publication est plus important.
Le risque de portefeuille est géré par notre méthode d’allocation présentée plus haut. Nous surveillons également les risques de dépendance à la baisse (effet « boule de neige »), sur les ADR chinois par exemple.
Pour terminer, nous avons récemment travaillé sur la mise en place d’une assurance de portefeuille afin d’avoir une gestion active de notre maximum « drawdown ». Nous utilisons des « puts » à certains seuils afin d’obtenir un effet « cliquet » ou « buffer » (amortisseur) en cas de retournement du marché à la baisse.
Quel est actuellement le montant de vos actifs sous gestion ? Quelles sont vos cibles (Instits, CGP, Distributeurs,..) et quelles sont vos ambitions à moyen terme en termes d’encours ?
Nous avons actuellement 20 millions d’euros sous gestion. L’encours montera à 30 millions à fin juin par l’engagement de nos principaux actionnaires. Actuellement 17% du capital est détenu par 10 investisseurs affichant au total un encours de plus de 3 milliards d’euros d’encours. Il s’agit principalement d’investisseurs institutionnels. Pour le développement, notre cible est dans un premier temps les CGP/CGPI étant donné qu’ils ne sont pas soumis au ratio d’emprise. Suivant la tendance actuelle, nous gérerons 50 millions d’euros avant la fin de l’année.
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