Les marchés du crédit euro ont été marqués par une remontée non anticipée
des taux allemands fin avril. La hausse a surpris par son amplitude et sa
violence : +50 pb en quelques séances après une baisse quasi continue depuis
plusieurs trimestres. Cette correction peut s’expliquer par une conjonction de
facteurs : prise de profit, rebond du prix du pétrole, meilleures perspectives
économiques en zone euro et remontée des anticipations d’inflation. Comment
les marchés du crédit ont-ils réagi ? Quel positionnement adopter en tant
qu’investisseur ?
La hausse du Bund a effacé en partie le rendement total des obligations IG
Les tensions sur les emprunts d’État ont pesé sur le rendement total des
obligations IG au cours des dernières semaines. Elles ont effacé en partie la
performance positive enregistrée depuis le début de l’année : ce rendement
a chuté d’un niveau de 1.8 % mi-avril à 0.43 % fin mai. La volatilité a été
particulièrement forte pour les maturités 7/10 ans et plus pour les émetteurs
de bonne qualité (AAA-AA) du fait de leur duration plus élevée.
Il convient de souligner la bonne résistance du HY : le rendement total cumulé depuis le début de l’année a été peu affecté par la correction du bund. Il atteint fin mai un niveau de 3.7 %. Cette surperformance s’explique par la duration plus faible et le spread plus élevé de ce segment. La contribution négative de l’« effet taux » a été compensée par un « effet spread » positif.
Mais la performance en termes de spread est restée solide
La correction du Bund a en effet entraîné un resserrement des spreads de
crédit. Les indices IG et HY se sont resserrés respectivement 4 et de 6 pb de
mi-avril à mi-mai. Comment expliquer cette bonne performance des marchés
du crédit ?
En règle générale, une hausse rapide et marquée des rendements des pays les
mieux notés a un impact opposé sur les spreads. Ces derniers se resserrent au
fur et à mesure que les perspectives économiques s’améliorent. Les dernières
données publiées sur la croissance dans la zone euro semblent confirmer
les signaux favorables envoyés par les indicateurs microéconomiques. Les
résultats positifs publiés par les entreprises européennes pour le T1 ont
confirmé l’impact de la dépréciation de l’euro par rapport aux trimestres
précédents (cf. Lettre hebdomadaire 11 au 15 mai).
Les facteurs techniques ont également joué un rôle favorable pendant cet
épisode de forte volatilité obligataire.
- L’activité sur le marché primaire a fortement ralenti pendant cet épisode
de forte volatilité obligataire. Rappelons que le premier trimestre s’était
caractérisé par une activité record sur le segment IG (130 Mds € au T1
2015 contre 108 Mds € au T1 2014). Ce regain d’activité est lié à l’arrivée
d’émetteurs non-européens en particulier américains, attirés par les taux
d’intérêt exceptionnellement bas (50 Mds € au T1 2015 contre 27 Mds € au
T1 2014).
- Parallèlement, l’analyse des données publiées par EPFR témoigne
d’un maintien des flux hebdomadaires vers le crédit euro. Le crédit IG a
enregistré des flux positifs au cours des dernières semaines. Le marché du
HY a également bénéficié de quelques collectes mais dans des proportions
beaucoup plus limitées.
Le QE de la BCE ne fait que commencer
Nous ne considérons pas ce sell-off obligataire comme la matérialisation d’une
nouvelle tendance mais plutôt comme la correction d’un excès passé : 20 % du marché obligataire affichait un rendement négatif avant correction du Bund
contre 13 % après.
Le QE de la BCE devrait maintenir une configuration technique favorable au
cours des mois et des trimestres à venir. Benoît Coeuré a en effet annoncé
une accélération temporaire aux mois de mai et juin du programme de rachat
d’actifs de 60 Mds € de la BCE. Il a jugé la récente correction comme normale,
il s’inquiète cependant de la rapidité de cet ajustement qui traduit la faiblesse
de la liquidité du marché obligataire. Rappelons que près de 85 % du QE est
encore à venir ! Nous restons positifs à l’égard du crédit et nous maintenons
notre préférence envers les segments à bêta élevé (HY, BBB, financières).
La divergence des politiques monétaires de la BCE et de la Fed qui semble
s’accélérer nous incite à préférer le crédit euro au crédit dollar. Le QE de la BCE
devrait maintenir une configuration technique favorable au cours des trimestres
à venir. Une hausse non-anticipée par le marché des taux directeurs de la Fed
aurait un impact négatif sur les actifs risqués US (notamment actions et crédit
HY), fortement dopés ces dernières années par les politiques monétaires
extrêmement accommodantes. Une sous-performance du crédit dollar suite
à une hausse des taux directeurs serait une opportunité d’achat intéressant
car les valorisations offertes par le crédit US sont plus intéressantes que celle
de la zone euro. Nous gardons cependant à ce jour notre préférence pour
le crédit euro. Le principal risque sur notre scénario demeure un évènement
politique/économique tel la sortie de la Grèce dans la zone euro.








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