Le changement climatique
est incontestablement le
problème le plus important
et le plus complexe en
matière de durabilité. Il est même
devenu si crucial qu’une conférence
mondiale (Conference of the Parties)
lui est consacrée tous les ans – la
prochaine édition se tenant à Paris
du 30 novembre au 11 décembre.
Comme l’an dernier à Lima, l’objectif
des participants à cet événement –
196 pays – est de parvenir à un accord
sur les mesures à mettre en place pour
limiter le réchauffement climatique à
2°C à l’horizon 2100.
Une décarbonisation pragmatique
Les solutions envisagées cherchent
essentiellement à réduire l’utilisation
des énergies fossiles, principales
contributrices aux émissions de
dioxyde de carbone (CO2) dans
l’atmosphère. Mais la question du
climat n’y est pas exclusivement
liée. De manière plus globale,
elle dépend de l’activité humaine
dans son ensemble et du mode de
développement de chaque pays. Les
défis soulevés par le dérèglement
climatique concernent aussi d’autres
sujets comme la pénurie d’eau,
la production agricole ou encore
l’utilisation des ressources naturelles.
Pour les investisseurs, ces thèmes
sont d’autant plus difficiles à appréhender qu’ils peinent déjà à
connaître l’empreinte carbone de leur
portefeuille. Selon l’étude « Global
Climate Index 2015 » réalisée par
l’Asset Owners Disclosure Project
(AODP), sur les 500 plus grands
détenteurs d’actifs dans le monde,
seuls 7 % sont capables de calculer les
émissions liées à leurs portefeuilles.
Par ailleurs, la part d’investisseurs
ayant un objectif de réduction des
émissions pour l’année à venir est
limitée à 2 %. Enfin, seulement 1,4 %
d’entre eux ont diminué l’intensité
en carbone de leurs investissements
par rapport à l’année précédente.
Des chiffres qui en disent long sur les
difficultés d’adapter une politique
de gestion aux défis du changement
climatique.
Principal élément d’explication,
la décarbonisation des portefeuilles
se limite aujourd’hui au simple
désinvestissement des secteurs liés
aux énergies fossiles. Mais cette
approche a ses limites. Contrairement
aux idées reçues, ce ne sont pas les
entreprises elles-mêmes mais les
États qui détiennent les plus grandes
réserves d’énergies fossiles. En outre,
le filtre d’exclusion sectorielle le plus
souvent pratiqué par les investisseurs
n’est pas le plus adapté. Une approche
de type « best in class » semble
plus efficace pour réduire l’impact carbone en visant les sociétés les plus
émettrices de CO2. Il est ainsi prouvé
que remplacer, dans un portefeuille,
10 % des entreprises émettant le
plus de gaz à effet de serre dans
les quatre secteurs les plus exposés
aux énergies fossiles (services aux
collectivités, matériaux, énergie,
transport) suffit à réduire de 20 %
l’empreinte carbone d’un portefeuille
ayant pour indice de référence le MSCI
World. Mais le filtre ne constitue qu’un
aspect des solutions pour réduire
l’impact carbone de son portefeuille.
Pour l’investisseur, le dialogue avec
les entreprises s’avère aussi efficace pour améliorer ses pratiques. Cette
méthode éprouvée par de grands
fonds de pension, comme CalPERS
ou le Norwegian Government
Pension Fund Global, a récemment
permis aux actionnaires de majors
pétrolières telles que Royal Dutch
Shell, BP ou encore Statoil de faire
adopter des résolutions relatives à la
communication de stratégies de ces
entreprises concernant le climat.
Explorer de nouveaux horizons
Faire évoluer sa propre politique
d’investissement vers des produits
thématiques peut être aussi une
solution. Le changement climatique
n’étant pas exclusivement lié
au sujet des énergies fossiles, la
promotion de thématiques relatives
aux économies des ressources
naturelles est une autre manière
d’aborder le sujet. En Europe,
RobecoSAM a ainsi été le premier à
lancer un fonds Water – Sustainable
Water fund – en 2001 (lire encadré).
la société de gestion a depuis lancé
d’autres produits thématiques.
A l’image du RobecoSAM Smart
Energy Fund (2003) qui a pour cadre
d’investissement la valorisation
des énergies renouvelables mais
aussi des semi-conducteurs pour
la gestion énergétique intelligente
ou encore les solutions de stockage d’électricité (batteries lithium-ion).
L’univers du fonds s’intéresse ainsi
à tout ce qui touche de près ou
de loin à l’efficience énergétique.
Du point de vue de l’investisseur,
certains secteurs concernés sont
très innovants et présentent donc
un fort potentiel de croissance et de
valorisation. En outre, les énergies
propres bénéficient d’un soutien à
long terme grâce à une demande
croissante, des coûts en baisse
constante, des investissements
conséquents engagés par les
gouvernements et des marchés
dont la croissance est désormais
auto-entretenue (sans l’aide des
subventions).
Limiter l’impact environnemental des
portefeuilles peut enfin s’appuyer sur
des outils tels que l’Environmental
Impact Monitoring, une plate-forme
lancée en avril dernier par RobecoSAM. Celle-ci mesure et
optimise l’impact des portefeuilles des
investisseurs en termes d’émissions de
gaz à effet de serre, de consommation
d’énergie, d’eau et de production de
déchets. Devenue, en juin, membre de
la Coalition pour la décarbonisation des
portefeuilles (Portofolio
Decarbonization Coalition), la société de
gestion s’est ainsi fixé comme objectif
de réduire de 20 % les émissions dues à
ses stratégies d’investissement core d’ici
le 15 décembre 2015.




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