Ainsi, le marché affiche maintenant un taux de mobilité résidentielle[[
Le taux de mobilité résidentielle des locataires du secteur privé mesure la proportion de logements du secteur locatif
privé qui sont remis chaque année sur le marché : comme les logements disponibles à la location proviennent pour plus
de 95 % d’une relocation, cet indicateur permet d’apprécier l’activité du marché locatif privé. ]]
particulièrement élevé, bien
au-delà de celui qui se constatait dans la première moitié des années 2000, avant que ne se
déclenche la grande dépression.
Après avoir profité du renouveau habituel de l’activité qui s’observe avec le retour du printemps, le
marché a donc pleinement bénéficié de la pression de la demande qui s’est renforcée, comme
chaque année, durant l’été. Et cette année, la pression de la demande est restée soutenue
jusqu’en novembre, alors qu’habituellement le marché redevient beaucoup plus calme dès le début
de l’automne. La mobilité s’est alors établie à 33.0 % sur les dix premiers mois de l’année, à son
plus haut niveau depuis 1998.
Dans ce contexte, les loyers de marché[[Les loyers de marché sont mesurés lors d’une relocation ou d’une location nouvelle, pour les seuls logements du secteur
libre. Leur évolution ne peut donc se comparer à celle de l’IRL qui régit les baux en cours. Et elle ne doit pas être
confondue avec la variation des loyers entre deux locataires qui est trop souvent utilisée pour « illustrer » le caractère
excessif des hausses de loyers constatées dans les grandes villes. ]]
se sont ressaisis, après un début d’année maussade. Et
comme chaque année, la pression sur les loyers s’est renforcée durant l’été. Depuis le début de
2016, les loyers augmentent donc, après avoir reculé en 2015 : + 1.0 % sur les dix premiers mois
de l’année, en glissement annuel (après – 1.1 %, en 2015 à la même époque).
Pourtant, si on se limite aux 20 premières villes par le nombre des habitants, dans 25.0 % d’entre
elles les loyers baissent ou ne progressent que très lentement et moins vite que l’inflation. En
outre, depuis 2013, dans 60.0 % des villes de plus de 146 000 habitants les loyers de marché ont
augmenté moins vite que l’inflation (+ 0.4 % en moyenne chaque année, d’après l’INSEE) et dans
les autres villes, la hausse a été contenue, de moins de 1 % dans la plupart des cas. Les loyers ont
même reculé à Lille, à Marseille, à Nîmes, à Saint Etienne ou à Toulon. Ils ont stagné au Havre et à Montpellier. Et ils n’ont que très faiblement progressé à Angers, à Dijon, à Grenoble, à Lyon, à
Nantes, à Rennes, à Strasbourg et à Toulouse.
Un marché au zénith
Habituellement, l’activité du marché locatif privé est particulièrement soutenue de juin à
septembre, le nombre de locations réalisées s’établissant en moyenne mensuelle à un niveau deux
fois plus élevé que sur les cinq premiers mois de l’année. Puis après un mois d’octobre un peu plus
calme mais généralement toujours actif, le marché enregistre une baisse d’activité : le marché se
replie alors durant les mois d’hiver. Il ne commence à retrouver des couleurs qu’avec l’arrivée du
printemps.
Après un début d’année 2016 qui comme à l’habitude a connu sa pause hivernale, le nombre de
locations réalisées s’est donc redressé avec le retour du printemps. D’ailleurs, la mobilité
résidentielle des locataires du secteur privé n’avait que modérément fléchi durant l’hiver dernier,
atténuant le profil infra annuel de l’activité que CLAMEUR observe depuis 1998. La reprise d’activité
du marché locatif privé qui s’était constatée dès l’été 2014 s’est donc confirmée : et elle s’est
même amplifiée durant l’été, au-delà de l’amélioration qui se constate habituellement à cette
période de l’année. Et alors que l’activité du marché ralentit habituellement dès la fin de l’été, cette
année, la mobilité résidentielle s’est encore améliorée jusqu’en novembre. Ainsi, la mobilité s’établit
maintenant à 33.0 %, nettement au-dessus de sa moyenne de longue période[[La moyenne de longue période constatée depuis 1998 est de 28.7 % : la mobilité résidentielle constatée depuis le début
de l’année est donc de 15.0 % supérieure à cette moyenne.]]
, donc à un niveau
très largement supérieur à celui des années récentes. Elle s’établit d’ailleurs très au-delà du niveau
qui se constatait avant la grande dépression des années 2008-2009.
La mobilité résidentielle des locataires du secteur privé qui se renforce est alimentée par la vitalité
de la démographie, par les aspirations à une amélioration des conditions de logement qui ont
accompagné le redressement du moral des ménages et par les besoins de mobilité familiale ou
professionnelle que la reprise économique a commencé à renforcer. En outre, bénéficiant de
conditions de crédit exceptionnelles et s’appuyant sur le renforcement des aides publiques à
l’accession (dans le neuf), nombre de locataires du secteur privé ont choisi de réaliser leurs projets
d’accession à la propriété, tant dans le neuf que dans l’ancien : avec en conséquence,
l’amplification du redressement de la mobilité des locataires du secteur privé.
Le rebond de l’activité permet à l’offre locative privée nouvelle (présentée chaque année sur le
marché) de se redresser dans toutes les régions et d’afficher maintenant un niveau supérieur à
celui qui était le sien en 2011, lorsque le marché sortait de sa récession des années 2008-2009 et
avait retrouvé une bonne fluidité.
Ainsi, compte tenu des évolutions récentes, la mobilité locative a progressé de 3.2 % depuis 2011
(en moyenne, chaque année) France entière :
- la mobilité augmente lentement (moins de 1.5 %, en moyenne chaque année) dans 2
régions, en Bourgogne et en Franche Comté. Elle recule même toujours dans le Limousin ;
- elle s’accroit moins que la moyenne (de l’ordre de 2.5 à 3.0 %, en moyenne chaque année)
dans 7 régions, dont l’Ile de France, le Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes ;
- elle s’élève au même rythme que l’ensemble dans 3 régions, en Midi-Pyrénées, dans les
Pays de la Loire et en Poitou-Charentes ;
- et elle progresse le plus rapidement (de 4.0 % et plus) ailleurs. Et notamment en PACA
avec + 6.5 %, en Basse-Normandie avec + 6.1 % et en Aquitaine avec + 4.8 %.
Il convient alors de remarquer que les évolutions de la mobilité ne peuvent toujours pas s’expliquer
par des niveaux de loyers qui contrarieraient la demande ou au contraire l’encourageraient à se
réaliser : par exemple, l’activité ne se redresse que lentement en Bourgogne ou en Franche Comté
(reculant même dans le Limousin) où les loyers sont parmi les moins élevés, alors qu’elle s’accroit
rapidement sur d’autres régions où les loyers sont parmi les plus élevés (en Aquitaine ou en PACA).
Au-delà de ces tendances régionales, le risque d’une crise quantitative sévère de l’offre locative
privée se renforce néanmoins dans les villes où les déséquilibres des marchés sont déjà prononcés
(Lille et Paris, notamment), du fait de l’insuffisance de la construction privée constatée depuis de
nombreuses années, alors que dans ces villes la mise en œuvre de l’encadrement des loyers
conduit les propriétaires bailleurs dont les recettes locatives diminuent à restructurer leur
patrimoine en défaveur des placements immobiliers.
Une hausse modérée des loyers de marché
Suivant son profil saisonnier, le rythme de la hausse des loyers de marché ralentit habituellement
durant l’automne. Et comme les mois d’hiver ne sont généralement pas ceux durant lesquels la
demande est la plus dynamique, il est courant de constater que les loyers baissent en début
d’année. Puis avec le redémarrage de l’activité, les loyers se ressaisissent au printemps et leur
progression se poursuit durant l’été.
Ainsi après un début d’année morose, les loyers de marché ont progressé de 1.0 % sur les dix
premiers mois de 2016, en glissement annuel : en 2015, à la même époque, les loyers reculaient
de 1.1 %.
L’évolution des loyers observée à fin novembre 2016 reste toutefois très différente selon la taille
des logements :
- les loyers des « studios et 1 pièce » (21.8 % du marché) augmentent comme la moyenne
du marché. Depuis 2013, c’est ce segment de marché qui a été le plus affecté par le
mouvement de ralentissement puis de baisse des loyers de marché : avec des loyers en
recul de 0.1 %, en moyenne chaque année ;
- en revanche, les loyers des « 3 pièces » (26.7 % du marché), avec + 0.6 %, et ceux des
« 4 pièces » (12.0 % du marché), avec + 0.7 %, progressent toujours moins rapidement
que l’ensemble du marché. Pour autant, depuis 2013, ils augmentent plus rapidement que le marché (+ 0.4 %, en moyenne chaque année) : avec respectivement + 0.7 % et
+ 1.0 % par an ;
- les loyers des « 2 pièces » (33.7 % du marché) et ceux des « 5 pièces et plus » (5.8 % du
marché) augmentent toujours à un rythme plus rapide que l’ensemble du marché, avec
respectivement + 1.3 % et + 1.4 %, en glissement annuel. Mais si depuis 2013 les loyers
des « 2 pièces » n’ont augmenté que de 0.3 %, en moyenne chaque année, ceux des plus
grands logements ont cru de 1.1 % chaque année : la pression de la demande sur un
segment de marché étroit reste en effet toujours très forte, pour des produits
généralement bien situés et d’un niveau de qualité et de confort supérieur à la moyenne.
Ajouter un commentaire