Les investisseurs du marché obligataire doivent-ils s’inquiéter
du durcissement des politiques monétaires de part et d’autre de
l’Atlantique ? Nous pensons que non. Les obligations ont toujours
affiché des rendements positifs durant les phases haussières des
taux d’intérêt et tout particulièrement en cas de hausse progressive.
Bien sûr, nous comprenons l’inquiétude des investisseurs. Après la
crise financièremondiale, les banques centrales ont artificiellement
soutenu les marchés et l’économie mondiale en abaissant les taux
d’intérêt jusqu’à des niveaux jamais atteints,mais aussi en achetant
des milliards de dollars d’obligations. Mettre fin à des mesures de
stimulationmonétaire d’une telle ampleur ne sera pas chose aisée.
Mais cette transition ne sera pas nécessairement douloureuse ou
perturbante. Nous pensons en effet que les banques centrales vont
se retirer du jeu très progressivement.
Les taux d’intérêt sont en augmentation aux États-Unis, mais la
Réserve fédérale avance à pas comptés – elle a procédé à quatre
hausses en dix-huit mois seulement. Elle devrait également réduire
lentement son bilan en laissant probablement chaque mois une partie de ses obligations arriver à échéance sans en réinvestir le
produit. Selon la présidente de la Fed, la réduction du bilan devrait,
plutôt que de mettre les marchés sens dessus dessous, s’avérer
aussi passionnante que de « regarder la peinture sécher ».
Pour sa part, la Banque centrale européenne n’est absolument
pas prête à augmenter ses taux d’intérêt. Devant l’amélioration
des perspectives de croissance de la zone euro, elle a toutefois
annoncé son intention de réduire prochainementle volume de ses
achats mensuels d’obligations. Mais, dans ce cas également, nous
pensons que les responsables politiques ne vont pas réduire la
voilure dans la précipitation.
LES RAISONS POUR LESQUELLES VOUS DEVRIEZ
SOUHAITER CETTE HAUSSE DES TAUX
Pourimaginer ce que l’avenirréserve aumarché obligataire, on peut
se remémorerle dernier cycle de resserrement durant lequel la Fed
a augmenté ses taux 17 fois en deux ans à raison de 0,25 % par
hausse. L’indice des bons du Trésor américain à 10 ans ainsi que le
marché des obligations à haut rendement ont tous les deux affiché
des rendements annualisés positifs (voir le graphique).
Comment est-ce possible ? Les obligations ne sont-elles pas
éminemment sensibles aux variations des taux d’intérêt ? C’est bien
sûr le cas. Mais, sauf en cas de défaut, elles génèrent également
un flux continu de revenu. Et quand les taux d’intérêt augmentent,
lesinvestisseurspeuventréinvestirleproduitdeleursobligations
arrivées à échéance dans des obligations nouvelles – et qui
délivrent un rendement plus élevé. Ce mécanisme permet souvent
de compenser les pertes à court terme causées parles hausses de
taux et d’augmenter le rendement total.
En d’autres termes, les investisseurs qui comptent sur leurs
portefeuilles obligataires pour générer du revenu à long terme
devraient appeler de leurs vœux la hausse des taux.
Ils peuvent éprouver davantage de difficultés en cas de hausse
brutale – et inattendue – des taux. En 1994, la Fed, craignant une
inflation excessive, a adopté un rythme bien plus soutenu pour
augmenter ses taux sur une courte période – et elle a procédé
sans préavis. Durant ce cycle, l’indice de performance des bons du
Trésor américain à 10 ans a perdu près de 4%.
Le marché américain du haut rendement a,quantàlui,connu
une croissance de 1,4 % surla même période – ce qui montre
que la gestion active des obligations peut obtenir des
rendements positifs même en cas d’effondrement des prix des
bons du Trésor, notamment en sélectionnant des obligations
susceptibles de surmonter des récessions plus sévères sur la
base de critères de valorisation et de qualité du crédit.
Les circonstances actuelles sont similaires à celles que nous avons
connues en 2004. L’économie progresse à un rythme mesuré,
l’inflation est maîtrisée et les pouvoirs publics tentent d’informer
clairement les marchés financiers de leurs intentions pour ne pas
les prendre par surprise. Dans de telles conditions, les obligations
affichent habituellement de bonnes performances.
COMMENT POSITIONNER VOTRE PORTEFEUILLE ?
Commentlesinvestisseursdevraient-ilssepréparer? Lestenants
des STRATÉGIES GÉNÉRATRICES DE REVENUS ÉLEVÉS
peuvent envisager de diversifier les risques liés à l’économie
et aux taux d’intérêt en adoptant une approche mondiale et
multisectorielle. Ils peuvent par exemple intégrer dans leur
portefeuille des titres relevant de secteurs qui, comme les actifs titrisés américains, s’appuient sur de solides fondamentaux en
matière de crédit et sur les dépenses de consommation.
Les approches de ce type peuvent aussi tirer profit d’une plus forte
exposition aux marchés émergents, lesquels sont susceptibles
de mieux exploiter la croissance américaine et mondiale. Nous
pensons qu’il y a de belles occasions à saisir parmi les obligations
en monnaie locale dotées de valorisations attrayantes qui sont
émises par des pays qui assainissent leurs finances publiques et
ont pris des mesures visant à juguler l’inflation.
Le marché américain à haut rendement (« High Yield ») est entré
dans une phase tardive du cycle de crédit. Dans ce contexte, il est
important selon nous que les investisseurs se montrent sélectifs
sans toutefois délaisser ce marché. Les obligations à haut
rendement sont moins sensibles aux taux d’intérêt que les autres
titres obligataires. De plus, la stabilité du revenu qu’elles génèrent
peut améliorer le rendement total d’un portefeuille, même en cas
de hausse des taux d’intérêt.
De leur côté, les investisseurs qui souhaitent adopter un profil
moins risqué pourraient envisager une STRATÉGIE DE TYPE
BARBELL QUI COMBINE LES RISQUES DE TAUX D’INTÉRÊT ET DE
CRÉDIT et permet de procéder à des ajustements à mesure que
les circonstances et les valorisations évoluent.
Même en cas de
hausse des taux, cette approche supposerait l’acquisition de bons du
Trésor et d’autres obligations d’État, lesquelles permettent une
diversification conséquente de l’exposition au crédit dans tous les
environnements.Àmoyenterme, plus de 90 % du retour sur
investissement des bons du Trésor américain proviennent de leur
rendement. Cela signifie que la hausse des taux d’intérêt est
susceptible de stimuler considérablement le niveau de revenu des
investisseurs qui ne feront pas desfluctuations de prix à court terme
leur première préoccupation.
Les obligations sont une source particulièrement importante de
revenu, mais elles sont aussi un outil de diversification pour ceux
qui investissent dans des actions plus risquées. Il est possible que
la hausse des taux d’intérêt provoque une certaine volatilité à court
terme, mais les investisseurs, dont l’horizon s’étendra sur
plusieurs années, seront très probablement récompensés à
mesure que les taux d’intérêt croîtront.
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