Enjeux accrus, nouvelles tendances de consommation,
scandales alimentaires ou impacts environnementaux, la
thématique est aujourd’hui plus que jamais sur le devant de
la scène.
Quels sont les principaux enjeux de la chaîne de
valeur alimentaire ?
Dans le cadre d’un fonds thématique, il est important
de s’appuyer sur des tendances fortes et pérennes. La
thématique profite ainsi de plusieurs mégatendances de
long terme : croissance de la population, urbanisation,
développement économique des pays émergents ou
évolution des modes de consommation.
La croissance de la population mondiale constitue le moteur
de la thématique. Nous serons en effet 9,7 milliards d’êtres
humains en 2050, principalement citadins. Phénomène
observé il y a plusieurs dizaines d’années dans les pays
développés, en cours dans les pays émergents, la migration
des campagnes vers les villes est un élément structurant
de nos comportements alimentaires. En 2015, 54% de la
population vivait dans des villes, en 2050 ce sera les 2/3.
Si la tendance actuelle continue, la demande en calories
augmentera de 70% et les besoins en cultures, pour
la consommation humaine ou l’alimentation animale,
devraient au minimum doubler.
Dans le même temps la surface agricole par habitant
diminue. Elle a été réduite de moitié depuis 1960 et devrait
encore diminuer de 15% d’ici 2050. De plus les gains de
productivité ralentissent et le gaspillage n’a jamais été
aussi élevé. 30% de la nourriture est en effet perdue, que
ce soit dans les pays émergents ou développés.
Des opportunités d’investissement existent donc pour
faire face à une demande en forte croissance, mais aussi
pour profiter de l’émergence de nouvelles tendances
de consommation et de l’optimisation inévitable des
ressources.
Quelles sont les nouvelles tendances dans les
pays émergents ?
D’ici 2020, plus de la moitié de la croissance du PNB
mondial devrait venir de pays hors OCDE. Plus de la moitié
de la population urbaine également. Non seulement la
demande de nourriture de ces pays va exploser, mais elle va
aussi s’enrichir : plus de calories, de protéines et de plats
préparés notamment.
L’augmentation de la demande en protéines y est un enjeu
majeur. Avec des dépenses annuelles de 300 milliards de
dollars, la Chine est déjà le plus gros consommateur de
viande au monde, en particulier de porc, et la consommation
de protéines devrait y croître de 3 à 4% par an pour
accompagner la demande des classes moyennes.
Des opportunités d’investissement existent tout au long de
la chaîne de valeur. C’est le cas de la chaîne du froid, sous la
double influence du gouvernement et des consommateurs
et de leurs exigences croissantes en termes de qualité et de sécurité alimentaire. En Chine, pour atteindre le niveau des
pays développés, les marchés du transport et du stockage
frigorifiques devraient progresser de 20% par an au cours
des 10 prochaines années.
Quelles sont les évolutions dans les pays développés ?
Un Américain mange aujourd’hui 500 calories de plus que
dans les années 70, l’obésité est un enjeu de santé publique
et les gens aspirent à manger mieux ou différemment. On
parle développement des produits bio, végétariens et
végans.
Le marché du bio est en forte croissance, principalement en
Amérique du Nord et en Europe qui représentent les 4/5ème
des ventes. Il est toutefois intéressant de noter que si les
3 premiers marchés sont les États-Unis, l’Allemagne et la
France, la Chine arrive déjà en 4ème position.
Anthropologues et spécialistes de la nutrition sont d’accord
pour dire que nous mangeons trop de viande. Au départ
le véganisme était un marché de niche et un mouvement
contestataire. Aujourd’hui un nombre croissant de
personnes se disent prêtes à réduire leur consommation de
viande (en France, plus de 80kg / personne / an) ou à s’en
affranchir totalement. Ainsi en Grande-Bretagne, déjà 20%
des jeunes de 16 à 24 ans se déclarent végans.
La nature des produits évolue, la manière de les consommer
également. L’urbanisation ou la place grandissante des
femmes dans la population active sont des évolutions
sociétales majeures qui ont un impact sur notre relation à
la nourriture.
Nous cuisinons moins, ce qui favorise le développement de
la vente à emporter et la livraison à domicile d’une part et
la fréquentation des restaurants d’autre part. Aujourd’hui
1/3 des calories ingérées par les Américains le sont au
restaurant, c’est 2 fois plus qu’en 1970. Pour la 1ère fois de
l’histoire les Américains dépensent plus dans les bars et les
restaurants qu’au supermarché pour se nourrir.
L’évolution des comportements est aussi générationnelle.
Les « millenials » mangent en moyenne 3,4 fois par
semaine en dehors de chez eux, contre 2,8 fois par
semaine pour le reste de la population. Ils sont aussi les
premiers consommateurs de livraisons à domicile via leurs
smartphones.
Est-ce que la planète est capable d’accompagner
cette véritable révolution alimentaire ?
Les ressources sont indéniablement sous pression. Selon
l’ONG Global Footprint, ce 2 août 2017 représentait le jour
où nous avons consommé l’ensemble des ressources que la
planète peut renouveler en une année. Pour subvenir à nos
besoins actuels nous aurions ainsi besoin de 1,7 planète, ce
qui signifie que nous vivons déjà à crédit sur la planète alors
que les besoins à venir sont immenses.
D’ici 2030, 40% de la demande en eau pourrait ne pas être
satisfaite. 20% des terres arables sont déjà dégradées.
Sécheresses, inondations, tempêtes, canicules, le spectre
des catastrophes climatiques est large et les probabilités
d’occurrence augmentent.
Mais c’est dans ce contexte de réalité que devront se faire
les investissements nécessaires pour répondre à une
demande en forte croissance.


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