TOUS LES YEUX BRAQUÉS SUR L’ITALIE
Les mouvements sur la dette italienne ont été extraordinaires, notamment sur la partie
courte de la courbe des taux. Ainsi, entre le 28 et le 29 mai, le taux 2 ans italien a aussi bien été
valorisé à 0.28% qu’à 2.78%. Cependant, l’obtention d’un accord avec le président en faveur du
maintien de Paolo Savona au gouvernement à un autre poste que celui des finances, a permis
aux marchés financiers de retrouver des couleurs, le taux 2 ans italien clôturant cette folle
dernière semaine de mai à 1.07%.
La composition du nouveau gouvernement, regroupant aussi bien des personnalités
eurosceptiques que des personnalités constructives, a permis de rassurer les investisseurs,
en repoussant la perspective d’élections anticipées. Sans aucun doute, les marchés resteront
nerveux le temps de prendre la pleine mesure de cette nouvelle administration et la prime de
risque restera conséquente. La prochaine étape sera la préparation du budget qui devrait être
voté en octobre.
Les promesses électorales concernant une politique de relance de la part de la Ligue et du
Mouvement 5 étoiles ont été si ambitieuses que les discussions avec la Commission promettent
d’être tendues. Un consensus devrait malgré tout être trouvé. L’Europe entend évoluer sur
la question de la crise migratoire et pourrait éventuellement intégrer quelques propositions
italiennes, de même qu’il existe quelques marges de manœuvre budgétaires en Italie. En tout
état de cause, nous estimons que le risque d’Italexit reste contenu. Il n’a jamais été question de
quitter l’euro lors de la campagne électorale et les Italiens restent majoritairement attachés à
la monnaie unique.
En Espagne, la démission de Mariano Rajoy reste un événement politique local, n’étant pas de
nature à raviver la question indépendantiste.
LA BCE SOIGNE SA COMMUNICATION
Au-delà de l’Europe, les craintes de protectionnisme refont surface aux Etats-Unis. L’annonce
de taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium, l’enlisement des négociations avec la Chine
et le NAFTA, l’éventuelle surtaxe à l’importation sur l’automobile laissent craindre une
escalade de mesures protectionnistes au niveau des grandes puissances.
L’intensification de la
rhétorique protectionniste n’est qu’une demi-surprise à l’approche des mid-terms elections. Et
nous nous attendons toujours à une poursuite de gesticulations qui ne se traduiraient que par
une hausse mesurée du protectionnisme, loin de la guerre commerciale redoutée.
Dans cet environnement, la croissance mondiale demeure bien
orientée. Néanmoins, en Europe, le ralentissement engagé depuis
le début de l’année se poursuit, l’inflation européenne remontant
légèrement en avril.
Dans un contexte agité sur les spreads italiens
et un environnement économique certes favorable mais un peu plus
décevant qu’attendu, la BCE soigne actuellement sa communication
en vue de préparer les investisseurs à une annonce de fin du
quantitative easing pour cette année, lors du prochain comité de
politique monétaire du 14 juin. Le message envoyé est le suivant :
les aléas italiens ne remettront pas en cause la normalisation de la
politique monétaire prévue par la banque centrale, l’OMT devenant
désormais le principal outil pour lutter contre une crise locale. Si la
volatilité italienne devait se transformer en crise européenne, la BCE
n’aurait toutefois pas d’autres choix que d’abandonner son projet.
Concernant notre allocation d’actifs, nous avions pris quelques
profits en réduisant de moitié notre surexposition sur les actions
européennes et japonaises en milieu de mois.
Plus récemment,
nous avons de nouveau réduit la pondération sur les actions
japonaises, passant à neutre, de même que sur le dollar. La qualité
de l’environnement fondamental commande de rester bien investis
en actions (et nous restons marginalement surpondérés) mais les
derniers développements (retour de la thématique protectionniste,
persistance de la prime de risque italienne au moins jusqu’au budget
d’octobre, normalisation de la politique monétaire européenne
en perspective) militent pour davantage de volatilité sur les actifs
risqués ces prochaines semaines et donc un peu plus de prudence.
Nous entendons bien continuer à gérer cette année tactiquement.
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