Interview - Asset Management Interview (à classer)

Aude Lerivrain : « Peut-on investir sereinement sur le secteur bancaire chinois ? »

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Selon Aude Lerivrain, Responsable de l'Analyse et de la Stratégie Crédit chez CPR AM, nous retrouvons dans le système chinois beaucoup de prémices des crises bancaires majeures de ces dernières années (banques américaines, irlandaises et espagnoles).

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POURQUOI S’INTÉRESSER AUX BANQUES CHINOISES
AUJOURD’HUI ?

Aude Lerivrain: Les émetteurs bancaires chinois sont de plus en plus
présents sur les marchés obligataires internationaux, ce
qui nous a conduits à nous interroger sur la santé du secteur
bancaire chinois, qui est au coeur de cette économie en
pleine mutation.

Pour bien comprendre les rouages de ce système complexe,
il est important de revenir sur la singularité de son
développement : monopolistique et quasi inexistant avant
1978, il a été profondément remodelé par la politique de
réformes et d’ouverture de Deng Xiaoping avec la création
de 4 banques d’Etat, chacune bénéficiant d’un monopole
dans un domaine spécifique, infrastructures, industrie,
commerce extérieur et agriculture. La loi sur les banques
commerciales en 1995 a supprimé ce monopole pour les
banques d’Etat et a élargi le système avec la création
de 3 banques politiques en charge d’accompagner le
développement de certains secteurs sans objectif de
rentabilité et la création de banques à capitaux mixtes et
de banques locales. Le nombre de banques est ainsi passé
de 5 à plus de 30 000 en 20 ans, les bilans bancaires ont
été multipliés par 5 en 10 ans pour atteindre une taille
de 232 trillions de renminbi en 2016 (environ 32 trillions
d’euros) et 4 banques chinoises font aujourd’hui partie
des G-SIBs (Global Systemically Important Banks).
Cette
croissance vertigineuse s’explique par le fait que l’Etat
chinois s’est appuyé dans un premier temps sur les banques
pour financer le développement du pays et non sur les
marchés financiers.

Un financement de marché vers lequel
il se tourne désormais tant sur son marché domestique qu’à
l’international.

LES FAIBLESSES CONNUES DU SYSTÈME BANCAIRE
CHINOIS SONT-ELLES L’HÉRITAGE DE SON HISTOIRE ?

Aude Lerivrain: Il est tout à fait juste de dire que les faiblesses structurelles
des banques chinoises proviennent de la structure et
de l’évolution de l’économie chinoise. Le « tout étatique
et administré » qui laisse planer une garantie implicite
de l’Etat à tous les niveaux n’a pas incité les banques à
développer une culture du risque et du juste prix.

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POURQUOI PASSER DU TEMPS À ÉTUDIER UN DOSSIER DE PRÊTS SI
LA SOCIÉTÉ EST PUBLIQUE ET QUE L’ETAT SE PORTERA GARANT EN
DERNIER RESSORT ?

Aude Lerivrain: Les problématiques de fiabilité du cadre
légal et de l’information donnée, de corruption et encore du
bon fonctionnement économique des sociétés publiques
(mention aux « sociétés zombies » ou aux « groupes publics
morts-vivants » dont parle le régulateur bancaire) ont
encore exacerbé ce phénomène. Lorsque l’on ajoute à cela
la progression rapide des encours de prêts et la nature
cyclique de l’économie chinoise, il n’est pas étonnant que
le secteur ait été vite confronté à une forte hausse des
créances douteuses. Un problème auquel s’est attaqué
l’Etat chinois plusieurs fois dans le passé avec la création
de structures de défaisance mais qui reste d’actualité
puisque le flux de créances douteuses ne tarit pas, en
particulier dans les banques commerciales urbaines et les
coopératives de crédit !

Un autre facteur de risques auquel il faut prêter attention
concerne le shadow banking.

En effet, les banques ont
développé des activités hors-bilan ces dernières années
afin de contourner la réglementation qui les contraignait
dans leur croissance. Avec un encours hors-bilan qui peut
faire froid dans le dos (plus de 20 trillions de renminbi),
les wealth management products, substituts des dépôts bancaires, sont au coeur des inquiétudes. En effet, ils restent
des engagements implicites pour les banques car destinés
aux particuliers mais sans capital face à ces engagements :
ils sont investis dans des actifs traditionnellement plus
risqués que les produits au bilan et sont de courte maturité
avec nécessité d’être « rollés » très régulièrement… Les
problématiques de liquidité pourraient ainsi commencer
à toucher les banques chinoises alors que le financement
par dépôts (provenant des particuliers domestiques) était
l’une de ses principales forces et semblait écarter tout
risque de liquidité.

Ainsi nous retrouvons dans le système chinois beaucoup de
prémices des crises bancaires majeures de ces dernières
années (banques américaines, irlandaises et espagnoles).
Pouvons-nous alors espérer un atterrissage en douceur
du système financier chinois ? Rien n’est moins sûr sans le
soutien de l’Etat !

POURQUOI DANS CE CONTEXTE PRENDRE LE RISQUE
D’INVESTIR ?

Aude Lerivrain: L’Etat est omniprésent en Chine : les banques sont
étatiques, elles prêtent à des entreprises publiques, les
investisseurs autorisent les investissements sur des
arguments de soutien de l’Etat en dernier ressort…
Ainsi la
confiance donnée à l’Etat chinois pour tenir le « leverage »
du système financier, gérer la croissance économique
et les situations de surchauffe dans certains secteurs
est primordiale.

Et la volonté de l’Etat est sur ce point
indiscutable ! D’autant qu’il peut s’appuyer sur les forces
de son économie : une épargne domestique abondante,
des ressources budgétaires très importantes et une faible
dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers. Reste à
déterminer si cet argument est suffisant pour investir sur
les groupes bancaires chinois d’autant que les niveaux de
marché ne nous paraissent pas attractifs.

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