Si le marché des Green Bonds ne représente encore qu’une goutte d’eau face au
100 000 milliards de dollars que pèse le marché obligataire mondial, cette classe d’actifs à
revenu fixe, vieille de moins de dix ans, connaît un regain d’intérêt.
Dans cet entretien, le spécialiste des Green Bonds Christopher Wigley, gérant de portefeuille
chez Mirova – société de gestion dédiée à l’investissement responsable- évoque les raisons
du nombre croissant d’entreprises et de gouvernements se lançant sur ce marché, les
gisements de croissance et les caractéristiques particulières des obligations vertes.
En premier lieu, quelle
est la différence entre une
obligation classique et une
obligation verte ?
Une obligation verte est
structurée de la même manière
qu’une obligation classique. Elle
se négocie sur un spread par
rapport aux emprunts d’Etat et la
liquidité est la même. Cependant,
la caractéristique particulière
d’une obligation verte est qu’elle
vise à financer des projets
environnementaux, notamment
dans les domaines de l’efficacité
énergétique, les énergies
renouvelables et la gestion de
l’eau. L’autre particularité concerne
la communication d’informations
sur l’impact de ces projets,
généralement sous la forme d’un rapport annuel. Ainsi, les
obligations vertes ont globalement
un double impact, à la fois
financier et environnemental.
Comment ce nouveau marché s’est-il développé ?
La première obligation verte a
été émise en 2007 par la Banque
européenne d’investissement
(BEI). Durant les premières
années, les émetteurs étaient de
grandes banques d’investissement
multinationales comme la BEI ou
la Banque mondiale. À partir de
2012, le marché a véritablement
commencé à connaître une
croissance exponentielle, suite
à la crise financière mondiale.
La raison de cet essor est que les
émetteurs cherchaient à diversifier
leur clientèle d’investisseurs.
Depuis cette date, nous avons
observé un développement
important. Ainsi, tous les ans,
les volumes d’émission de Green
Bonds dépassaient le chiffre de
l’année précédente. 2016 a été
une année faste, avec plus de
49 milliards de dollars de nouvelles
émissions (pour des opérations
supérieures ou égales à
200 millions USD). La taille totale
du marché atteint aujourd’hui
environ 112 milliards de dollars
(là encore pour des opérations
supérieures ou égales à
200 millions USD).
Nous observons également
une évolution intéressante :
désormais un nombre croissant
d’entreprises émettent elles aussi
des Green Bonds. Ce n’est plus
seulement le cas des banques de
développement multinationales.
Globalement, nous constatons une
croissance généralisée, sachant
toutefois que la croissance la
plus forte concerne les émissions
d’entreprises. Les entreprises
constituent, désormais, le premier
type d’émetteurs, avec environ
28 % du marché.
Dans le secteur des services
pubics en particulier, les
entreprises opèrent une transition
vers un mode de développement plus durable. Elles sont à la
recherche de solutions qui
leur permettent de réduire
leur dépendance à l’égard des
énergies fossiles et de s’appuyer
davantage sur les énergies
renouvelables. En Europe par
exemple, des entreprises du
secteur des services publics de
l’Espagne, l’Autriche, l’Italie et des
Pays-Bas ont réalisé de nouvelles
émissions. Cette tendance se
retrouve également aux
Etats-Unis. En Novembre 2016, le
producteur d’électricité Southern
Power a ainsi lancé une opération
de 0,9 milliard de dollars, sa
septième émission de Green
Bonds, le groupe s’efforçant de
devenir un fournisseur majeur
d’énergies renouvelables.
Pour quelles raisons avons-nous
observé une forte
croissance en 2016 ?
L’une des grandes raisons de
l’envolée des volumes d’émission
en 2016 tient, selon moi, à la
dynamique engendrée par l’Accord
de Paris sur le climat, dans
lequel plus de 100 pays, dont les
trois plus grands émetteurs de
gaz à effet de serre que sont la
Chine, les Etats-Unis et l’Inde
ont convenu de maintenir le
réchauffement climatique sous
le niveau de 2 degrés Celsius.
Il existe désormais une volonté
politique affirmée de la part des
Etats.
L’Union européenne s’est engagée
à réduire ses émissions de CO2
d’au moins 40 % d’ici 2030 et les
Etats-Unis visent une réduction
de 26 à 28 % d’ici 2025. Certes,
pour le moment, ce ne sont là que
des annonces. Cependant, les ambitions sur lesquelles elles se
fondent sont désormais reconnues
comme étant nécessaires et
remportent l’adhésion des
populations, des gouvernements
et des entreprises.
Quels secteurs sont
susceptibles de connaître
la plus forte croissance à
l’avenir ?
Comme je l’indiquais, nous
sommes actuellement à un stade
important où les entreprises
s’orientent vers un mode de
développement plus durable.
Apple, la plus grande société au
monde en termes de capitalisation
boursière, a fait les gros titres
avec l’émission de Green Bonds
pour un montant de 1,5 milliard
de dollars en 2016. Il s’agit de la
plus grande émission d’obligations
vertes d’une entreprise
américaine. Le groupe consacre
les capitaux levés à cinq projets
de développement durable. Ils
servent notamment à financer
des projets en lien avec leur
entreprise, dans les domaines
des énergies renouvelables,
de l’efficacité énergétique et
de la gestion durable de l’eau.
Une partie des capitaux est par
ailleurs consacrée à la recherche
de matériaux durables ainsi
qu’au recyclage des téléphones
portables.
Je pense que l’importance
accordée à la transition
énergétique est justifiée face
à l’environnement en pleine
mutation que connaissent les
entreprises. Leur incapacité
à s’adapter aux nouveaux
paradigmes peut très rapidement
conduire une entreprise à péricliter. Alors que les obligations
vertes jusqu’ici ont globalement
été consacrées au financement
de projets dans les domaines de
l’efficacité énergétique et des
transports, elles visent désormais
de plus en plus des projets
d’adaptation au réchauffement
climatique.
Où se situent les Etats-Unis
par rapport au reste du
monde dans l’adoption des
Green Bonds ?
L’élément le plus important à
prendre en considération est
que les émissions en dollars
US constituent la principale
composante du marché des Green
bonds. Elles représentent environ
40 % du marché.
Les Etats-Unis constituent ainsi une part très
importante du marché mondial, et
offrent selon moi les perspectives
les plus prometteuses à l’heure
actuelle. Le potentiel de voir
des entreprises américaines
émettre des obligations vertes
comme l’a fait Apple me semble
considérable.
Les pays émergents sont à leur
tour touchés par cette « fièvre »
verte. Les banques chinoises
ont ainsi émis des obligations
tant en RMB qu’en USD. Par
ailleurs, des émissions en
provenance d’Inde commencent
à apparaître sur le marché. En
mars 2016, la Bourse mexicaine a
organisé une conférence sur les
obligations vertes qui a attiré un
nombre étonnamment important
d’investisseurs et d’entreprises.
Au Brésil, le régulateur bancaire
national a établi des directives
pour les émissions de Green
Bonds par les entreprises.
Les maturités sont-elles
similaires à celles des
obligations classiques ?
A leurs débuts, les Green Bonds
étaient en général assorties de
maturités relativement courtes.
Mais à mesure qu’elles gagnent
la confiance des investisseurs, les
maturités s’allongent. La Banque
européenne d’investissement a
par exemple émis récemment
des Green Bonds assorties de
l’échéance la plus longue jamais
vue jusqu’ici, soit 21 ans. Cette
échéance est légèrement plus
longue que celle de l’émission de
l’opérateur de réseaux électriques
TenneT, qui avait procédé à
l’émission d’une obligation
de 20 ans mi-2016.
Comment savoir qu’une
obligation est effectivement
« verte » ?
Les « Green Bond Principles»
(GBP) ont été lancés par un
consortium de banques pour
fournir des directives et une
check-list dans le cadre de
l’émission d’obligations vertes.
Cette check-list décrit les étapes
essentielles que doit suivre un
émetteur et s’adresse également
aux investisseurs en quête
d’informations leur permettant
d’évaluer l’impact environnemental
de leur investissement. Les
GBP regroupent environ
120 signataires, constitués
de banques, d’émetteurs et
d’investisseurs. Ils s’efforcent tous
les ans de renforcer les normes, sans les rendre excessivement
restrictives afin de ne pas
pénaliser la croissance du marché.
A l’heure actuelle, les Green
bonds doivent respecter
quatre piliers : l’utilisation des
capitaux levés, le processus
d’évaluation et de sélection des
projets, la gestion des fonds
à destination des projets, et
le reporting. Globalement, le
manque de transparence de
la part d’un émetteur peut
l’amener à être exclu de l’univers
d’investissement.
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