Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

L’épisode chypriote est vecteur de volatilité, mais il ne remettra pas en cause la convergence baissière des taux d’emprunt européens

Les courbes de taux obligataires des pays européens pourraient bien connaître quelques secousses au fil des prochaines séances, en raison des conséquences déjà perceptibles du plan de sauvetage de Chypre.

Outre un certain regain de volatilité attendu sur les marchés financiers, miroir d’une
nouvelle réaction de crispation des investisseurs, les taux de rendement revendiqués par ces derniers
pour prêter aux États devraient légitimement se tendre à court terme. Évidemment, rien de
comparable avec les phases de stress aigu qui avaient fait vaciller les marchés aux printemps 2010 et
à l’été 2011. Néanmoins, le dégonflement significatif du coût de financement des États de la zone
Euro, encouragé à grand coup d’assouplissement monétaire par la Banque Centrale Européenne, a
de quoi marquer le pas. Temporairement.

À l’heure où le Parlement chypriote doit se réunir pour accepter ou non la ratification du fameux
plan d’aide européen, le risque systémique refait surface. Mis à disposition d’un pays de la zone Euro
pour la cinquième fois (après la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne), le plan de sauvetage vise à
assurer la solvabilité de l’île et lui éviter ainsi de faire défaut. Seulement voilà, l’un des aspects du
dispositif est en mesure de réveiller l’aversion au risque des investisseurs. Depuis quelques jours,
l’hypothèse d’imposer une taxe sur les dépôts bancaires des Chypriotes (de 6.7% pour les dépôts
inférieurs à 100 000 euros et de 9.9% au dessus) pour contribuer au renflouement du pays a non
seulement défrayé les craintes des épargnants, mais aussi des marchés financiers. À tel point que les
ménages chypriotes se sont rués sur les distributeurs pour protéger leurs actifs, avant que le
gouvernement ne décide de maintenir fermées les banques du pays pour contenir tout mouvement
de panique.

Sur les marchés, le scénario d’une crise de liquidité par contagion, déjà éprouvée par le passé, n’a
pas manqué de refroidir les indices boursiers. Dans une moindre mesure, les marchés obligataires
ont aussi réagi.
Mécaniquement, les taux d’emprunt des pays « périphériques » se sont accrus,
modestement concernant les dettes espagnole et italienne (moins de 5 pdb sur le taux à dix ans),
plus significativement sur les dettes portugaise et grecque (près de 10 pdb pour la première, 50 pdb
pour la seconde). De leur côté, les rendements à dix ans des emprunts allemand et français se sont
repliés, preuve que leur statut de « valeur refuge » reste apprécié des investisseurs dans les phases
d’incertitude.

Dans ce contexte, la tendance de fond favorable à la convergence (baissière) des taux longs des pays
européens est-elle pour autant menacée ? Pas vraiment, en ce qui concerne l’Italie et l’Espagne, dans
la mesure où la Banque Centrale se tient prête à garantir, en dernier ressort, la liquidité des marchés
via d’éventuels rachats d’actifs.

Les conditions de financement des États périphériques de la zone
Euro sont sans commune mesure avec ce qu’elles étaient il y a encore un an. La preuve que les
dispositions monétaires ultra-accommodante et le programme LTRO de la BCE ont procuré, si ce
n’est un impact notable sur l’économie réelle, une contribution salutaire pour rendre bien plus
soutenable le financement des États.

La situation est par contre plus critique pour l’Irlande, compte tenu de la montagne de dette déjà
constituée, il est sans doute déjà trop tard pour pouvoir échapper, à terme, à une restructuration de
la dette.

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