Deflation or not deflation?
La déflation ne se limite pas à la seule baisse des prix des biens et services, mais se définit
comme la baisse du niveau général des prix. Donc, pour aboutir à un diagnostic sur la
déflation, il convient d’analyser l’évolution des prix sur tous les marchés.
Notre analyse d’une batterie de statistiques de prix (sur les biens et services, salaires,
immobilier, marchés d’actions, taux de change) et d’indicateurs avancés des prix (écart de
production, crédit) nous conduit à raisonnablement conclure qu’il n’y a pas de déflation dans
la Zone euro considérée dans sa globalité, mais qu’il y a bien en revanche une déflation en
Espagne, Portugal et Grèce.
Pour les pays cités, la sortie de la déflation sera d’autant plus longue que :
- les conditions monétaires sont insuffisamment accommodantes ; en effet,
l’évolution de leur croissance nominale justifierait depuis longtemps des
politiques monétaires spécifiques bien plus accommodantes que celle définit
pour la Zone euro dans son ensemble ; - le processus de désendettement public et privé a peu progressé. Par
exemple, pour l’Espagne, le ratio de dette publique rapportée au PIB s’établit
à 94% en 2013 (contre 40% en 2008) ; l’endettement des ménages est
désormais de 80% (84% en 2008) et celui des entreprises à 129% (136% en
2008). Face à des endettements toujours élevés, l’ajustement à venir des
bilans devrait soutenir l’épargne, peser sur la demande (consommation,
investissement et dépenses publiques), et constituer une pression toujours
baissière sur les prix.
Au total, le mouvement sur les émergents n’est pas systématique et concerne, pour
l’essentiel, les pays du troisième groupe.
L’ajustement à la baisse des prix fait partie d’un processus de rééquilibrage des
Economies
Pour autant, on ne peut pas d’un côté regretter ces baisses de prix, et d’un autre côté, les
considérer comme nécessaire dans un processus de rééquilibrage des économies. Dans un
environnement où le rééquilibrage ne peut plus s’effectuer par la dépréciation de la devise, il
s’effectue alors entièrement par la dévaluation domestique.
Dit autrement, si on peut
regretter les baisses de salaires, elles sont aussi nécessaires pour regagner en compétitivité
et permettre aux balances courantes de revenir vers l’équilibre.
Il est nécessaire que les baisses de prix ne se diffusent pas
Pourtant, il peut venir un moment où ces baisses de prix aujourd’hui « souhaitables »
deviennent demain, dangereuses. Et c’est la menace d’un processus déflationniste.
En fait, la déflation devient dangereuse lorsqu’elle se diffuse. Elle peut se diffuser de deux
façons, géographiquement et/ou dans le temps :
- la diffusion géographique intervient lorsque la baisse des prix se propage à des pays
qui ne sont pas initialement concernés. C’est pourquoi, il est nécessaire de suivre
des indicateurs de diffusion géographique. Pour le moment, cette diffusion spatiale
reste contenue ; - la diffusion dans le temps intervient lorsque les baisses courantes de prix alimentent
des anticipations de baisse future. Dans ce cas, la déflation devient un processus
auto-réalisateur. En effet, l’anticipation d’une poursuite de la baisse des prix conduit
les agents à reporter leurs projets de consommation et d’investissement, si bien que
la compression de la demande valide in fine la baisse des prix qui alimente à son tour
les anticipations, etc … C’est pourquoi, il convient de surveiller très étroitement les
anticipations d’inflation dans les enquêtes de conjoncture telles que la perception de
prix des ménages ou des industriels, les perspectives d’achat des ménages, les
points-mort d’inflation et les indicateurs de diffusion dans les postes de
consommation. Dans l’ensemble, ces indicateurs ont plutôt tendance à légèrement se
détériorer depuis 4/5 mois sans que cela soit, pour le moment, alarmant.
En tout état de cause, il va falloir s’habituer à la menace déflationniste. Elle va persister : les
niveaux toujours élevés d’endettement font peser durablement un risque de processus
déflationniste en Zone euro. Nul doute que si ces anticipations se dégradaient, la BCE n’aura
plus aucun tabou : parce qu’elle agira dans son mandat de stabilité des prix, sa politique
monétaire sera plus durablement et plus fortement accommodante. Et comme elle l’a
souligné à plusieurs reprises, l’institution européenne saura trouver les instruments adaptés
à son mandat pour poursuivre sa politique monétaire non conventionnelle.
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