Des facteurs de soutien forts, mais des risques persistants
La politique d’assouplissement monétaire initiée en janvier dernier par la BCE, en entretenant la baisse
des taux de la zone euro et le maintien de rendements obligataires très faibles, est aujourd’hui un soutien
majeur pour les marchés d’actions. « En quête de rendement, les investisseurs se tournent vers les
actions et ont de plus en plus tendance à les considérer comme des obligations perpétuelles, où le
coupon est remplacé par le versement d’un dividende régulier » explique Catherine Garrigues,
responsable de la gestion Actions chez AllianzGI.
Par ailleurs, la faiblesse du prix du pétrole et la chute
de l’euro favorisent les entreprises européennes, notamment allemandes. La mise en place du plan
d’investissement dans les infrastructures devrait également soutenir l’économie européenne.
Néanmoins, malgré ces facteurs de soutien évidents, des risques persistent, liés en partie à la faiblesse
de la croissance et à l’augmentation des incertitudes politiques. Un autre risque majeur provient de la
corrélation entre les marchés européen et américain, à un moment où les actions américaines pourraient
souffrir de l’inflexion de la politique de la Fed, des effets de change négatifs dus à l’appréciation du dollar
et d’un transfert massif de flux vers les actions européennes. « Il est aujourd’hui difficile de mesurer
l’impact que pourrait avoir une correction des marchés américains sur les actions européennes » note
Catherine Garrigues.
Encore du potentiel de revalorisation sur certains secteurs
« Aujourd’hui, la plus grande difficulté des gérants est d’avoir une vision claire sur la manière de valoriser
les actions européennes, ajoute Catherine Garrigues. En effet, sur la base du P/E ratio ou de l’EV/Ebitda
ratio, les marchés d’actions paraissent bien valorisés. Mais, si on prend en compte d’autres paramètres,
comme l’actualisation des cash flows futurs, l’environnement actuel de taux très bas peut justifier encore
un potentiel d’appréciation pour une partie de la cote européenne.»
Malgré la hausse des marchés, la thématique du rendement reste attrayante, mais nécessite une grande sélectivité. Ainsi, les utilities et les pétrolières, qui sont des secteurs traditionnellement pourvoyeurs de
dividendes, subissent encore une décote historique, liée au contexte déflationniste et au doute sur la pérennité de leurs versements de dividendes, qui ne sont plus couverts par les flux de trésorerie (free cash flows).
Par ailleurs, les équipes d’AllianzGI pensent que les télécoms pourraient bénéficier d’une conjoncture
beaucoup plus favorable : la pression des régulateurs s’atténue, les opérateurs se remettent à investir
et la demande des clients s’améliore.
Enfin, « le secteur bancaire retrouve quelques couleurs, avec une meilleure gestion des coûts et la
baisse des provisions à l’horizon 2015-2016, mais il faut rester prudent en raison de la faible croissance
dans la zone euro et des taux d’intérêt durablement bas, conjugués à un environnement réglementaire
qui se durcit », précise Catherine Garrigues. « A l’horizon 2016, le secteur devrait à nouveau susciter
l’intérêt des investisseurs en raison de la hausse des profits et du taux de distribution du dividende »
En conclusion, poursuit Catherine Garrigues : « Le potentiel de hausse des actions européennes est
encore réel et substantiel, porté par les flux, si l’on considère que la BCE ira jusqu’au bout de son
programme de quantitative easing, mais toute hausse significative à partir des niveaux actuels risque de
favoriser l’éclosion d’une bulle ».
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