Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

DOT COM : Une communication au(x) petit(s) point(s)

rythme_approprie_du_relevement_du_taux.jpg
Selon Philippe Weber, Responsable Etudes et Stratégie chez CPR AM, le premier mouvement de hausse des taux aura lieu l’été prochain, d’autant que certains membres du FOMC s’étonnent et s’inquiètent de ce que les marchés n’aient pas la même anticipation que le FOMC lui-même...

« Maintenant pourrait être le bon moment pour
commencer la normalisation de la politique monétaire
américaine de sorte qu’elle soit appropriée pour une
économie qui s’améliore dans les deux prochaines
années » M. James Bullard, Président, Banque De Réserve
Fédérale de St. Louis
(plutôt « colombe »)

Le dernier communiqué du fomc signifie-t-il un report
de la hausse des taux des fonds fédéraux ?

Philippe Weber: Je ne crois pas.
N’oublions pas que le principal changement a été la suppression de la
mention que le comité serait « patient » : c’est donc que la hausse des
taux est (presque) imminente. C’est le communiqué qui devrait faire
foi, alors que la réaction des marchés est venue plutôt du graphique en
points (« dots ») qui accompagne les prévisions trimestrielles. Sur ce
graphique, chaque point indique le taux des fonds fédéraux valeur que
chaque participant juge être approprié à la fin de la période. Chaque
participant, votant ou non, envoie son estimation avant la réunion du
FOMC. Certes, le maximum de la distribution est à 0,75 % pour la fin de
2015, la médiane à 0,75 % également contre 1,25 % un trimestre plus
tôt. Mais 7 membres ont voté pour un taux supérieur ! De plus, tous les
membres du FOMC participent, y compris les non votants : il est donc
excessif de conclure que le FOMC a voté, ou décidé, d’une remontée des
taux plus tardive ou plus limitée. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que
le rythme de hausse pour les années suivantes semble avoir été revu
très sensiblement à la baisse – mais il suppose quand même 100 points
de base de hausse en 2016 et plus encore en 2017. Sans compter que
les discussions lors de la réunion ont pu infléchir certains participants
– on a tout de même enlevé le mot « patient » !

On dit pourtant qu’il y a une majorité de « colombes » au
FOMC!

C’est vrai ; personne, bien sûr, n’a d’étiquette officielle, mais
on peut, par exemple, déduire des déclarations et des votes que M.
Williams (San Francisco) est nettement « colombe » alors que Mme
George (Kansas City) est plutôt « faucon ». Toutefois, le fait qu’il
semble y avoir une majorité de « colombes » ne signifie pas qu’on
restera éternellement au taux zéro ! Etre « colombe », c’est ne pas
réagir trop fortement à des risques d’inflation, ou accorder à l’emploi
un poids plus important que ne le font les « faucons ». Mais, après
six ans de taux zéro, une croissance nominale qui devrait s’établir
au-dessus de 3 %, un taux de chômage proche, à 5,5 %, de son niveau
d’équilibre, même une « colombe » songera à relever le taux directeur.
Le FOMC a cessé d’être patient, c’est lui qui le dit !

Quand attendre cette première remontée ?

Je persiste
à penser que ce premier mouvement aura lieu l’été prochain, par
exemple à la réunion de juin – d’autant que certains membres du FOMC
s’étonnent et s’inquiètent de ce que les marchés n’aient pas la même
anticipation que le FOMC lui-même. Il y a des risques à rester trop bas
trop longtemps, le taux directeur devrait être proche de la croissance
nominale, les règles de Taylor suggèrent qu’il faudrait déjà avoir
remonté, il faut monter afin de pouvoir baisser en cas de besoin, la
politique restera très accommodante… les arguments ne manquent
pas. Mais, tous les dirigeants le répètent, les mouvements dépendront
des données et les taux seront relevés moins vite et moins haut que
d’habitude. Si l’on résume, l’hypothèse d’une hausse tous les deux
FOMC semble raisonnable !

Et quelle réaction des marchés ?

Même si tout est assez bien
anticipé, on aura sûrement quelques turbulences. On touche sans
doute désormais les limites du guidage prospectif : on commence
d’ailleurs à voir apparaître, de la part même de certains banquiers
centraux, des doutes sur la nécessité ou l’utilité de cette procédure ;
certains souhaitent même qu’on n’y recoure plus, pour redonner à la
banque centrale la flexibilité nécessaire et réintroduire suffisamment
d’incertitude dans les marchés pour éviter la constitution de bulles
et limiter les prises de position que le guidage prospectif rend
insuffisamment incertain.

rythme_approprie_du_relevement_du_taux.jpg

Catégories