Les actions en zone euro ont progressé de plus de 20% depuis la fin de
l’année dernière. Les investisseurs sont en droit de se demander s’il existe
encore une marge de progression après une performance aussi
tonitruante. Si l’on s’en tient aux perspectives de croissance en zone euro, le PIB
attendu devrait progresser de 1.5% dès cette année et pourquoi pas revenir au
voisinage des 2% de croissance l’année prochaine. Même si ces perspectives sont
peut-être trop optimistes, la croissance en zone euro devrait évoluer au-dessus
des taux d’intérêt de long terme ce qui est souvent un facteur décisif pour lancer
un mouvement auto-entretenu sur le plan conjoncturel.
Si tel est le cas, il ne serait pas anormal que les actions européennes comblent
leur retard par rapport aux actions US, qui ont effectué un parcours exceptionnel
depuis 6 ans. Du reste, l’écart entre les profits des entreprises américaines et de
leurs homologues européens n’a cessé de se creuser depuis la crise de l’été 2011
en zone euro, et les évolutions macro-économiques pourraient se transmettre
dans les comptes des entreprises et légitimer la hausse actuelle.
Naturellement, nous ne sommes qu’au début de cette éventuelle reprise. Ce sont
d’abord les données d’enquête qui frémissent, la confiance des agents, les
intentions d’investissement et la consommation, les indicateurs d’activité puis la
profitabilité et enfin l’emploi. Si cette séquence devait se réaliser, et les
entreprises européennes rattraper leur retard en matière de profits, le marché qui
apparaît relativement cher aujourd’hui (PER anticipé autour de 16) pourrait alors
progresser sans observer de réelle expansion de multiple puisque le dénominateur
augmenterait en rapport. Les investisseurs ont certainement provoqué une vague
suffisante d’expansion des multiples et attendront probablement d’y voir plus clair
sur des résultats en hausse avant de renforcer leurs positions sur le marché euro.
Est-ce à dire que la hausse est donc terminée pour le moment ? Il s’agit toujours
d’une question difficile mais disons que les actions devraient temporiser. Cela
étant, les alternatives sont plus que restreintes. Les actions américaines font du
sur-place et sont vraiment très chères, les économies émergentes sont toujours
en difficulté et les taux d’intérêt rémunèrent moins que les dividendes. Les actions
demeurent donc un actif relativement en retard dans une zone où les choses
semblent aller dans le bon sens, au moins avec un euro qui a faibli, des mesures
d’austérité moins contraignantes et une banque centrale qui va continuer
d’alimenter la liquidité.
Une position plus intermédiaire consisterait donc à rester investi par le biais
d’options, ou de couvrir son portefeuille, même si la volatilité de marché a un peu
remonté. Une autre façon de réduire sa sensibilité au marché consiste également
à réduire son exposition cyclique (ou son biais géographique en actions
allemandes également) qui ont très largement tiré le marché en ce début d’année.
Des sociétés davantage tournées vers la croissance domestique ou même le
secteur bancaire peuvent compléter le mix. Le crédit devrait progressivement
reprendre en zone euro et les banques de détail devraient également en profiter,
les stress tests ont été passés avec succès et un assouplissement de la
règlementation en Italie devrait permettre des opérations dans le secteur. Sans
rechute de la crise grecque le secteur financier semble protégé.
Il est évident que la forte progression des indices boursiers en zone euro appelle
beaucoup d’interrogations. Compte tenu du contexte très particulier, cette année
pourrait être celle des exceptions sur ce marché. A défaut de prendre des profits
sur une partie significative des portefeuilles, l’heure est sans doute venue de
s’interroger sur une construction un peu différente, privilégiant les secteurs en
retard et laissant de côté les secteurs les plus sensibles au cycle qui ont déjà pris
beaucoup d’avance.










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