Quels sont les effets d’une remontée des taux pour le marché des actions ?
Régis Bégué, Associé-gérant, Directeur de la gestion et de la recherche actions: Il convient de distinguer trois situations
possibles dont chacune peut avoir des
conséquences diff érentes sur les actions :
1. Une hausse des taux longs (dépendant des
anticipations de marché sur la croissance et
l’infl ation) ;
2. Une hausse des taux courts (plus à la
merci des décisions des banques centrales) ;
3. Une pentification de la courbe (qui
représente l’écart entre les deux).
Les effets d’une remontée des taux sur les
actions sont de deux ordres : l’effet le plus
immédiat est un impact sur la valorisation,
le second est un impact sur le résultat en
raison d’une hausse du coût de financement.
L’impact sera plus ou moins important selon
la situation bilancielle de l’entreprise.
L’impact sur la valorisation des entreprises est-il le même pour toutes les entreprises ?
Dans le cas des valeurs dites « de croissance »,
le taux d’actualisation choisi est
extrêmement important pour calculer
la juste valeur d’un tel profil. A l’inverse,
le niveau du taux d’intérêt est de moindre
importance dans la détermination
de la juste valeur d’une société
considérée comme « cyclique ».
Les débouchés étant plus cycliques et sensibles
à la conjoncture économique, une telle
société aura tendance à être évaluée sur sa
génération de trésorerie à un horizon proche.
Pour résumer, dans une période de hausse
des taux, les actions dont l’activité bénéficie
d’une bonne conjoncture sont d’autant
mieux valorisées et ont tendance à mieux
performer que les valeurs dites
« de croissance »
Les valeurs à haut rendement ont surperformé ces dernières années.
Comment réagiront-elles à une hausse des taux ?
La période que nous traversons depuis 2011
a débouché sur une situation unique dans
l’histoire récente, où le rendement
des actions est devenu supérieur à celui
des obligations d’État. Les investisseurs,
en quête de rendement, ont eu tendance à
privilégier les sociétés offrant des dividendes
réguliers et généreux comme dans le secteur
des infrastructures, de l’assurance, ou encore
de l’immobilier coté.
Dans un contexte de
tension sur les taux, ces valeurs devraient
faire l’objet de prises de bénéfices.
Qu’en est-il de la valorisation du passif ?
Si la dette financière n’offre pas matière
à débat, la dette non financière fait en
revanche l’objet d’une actualisation.
Les entreprises dotées de passifs importants
de cette nature ont été pénalisées par le niveau
très bas des taux d’intérêt. Une normalisation
des taux longs, avec une inflation contenue,
devrait permettre aux titres chargés en dettes
non financières de retrouver des couleurs.
Quel sera l’impact d’une hausse des taux
sur la rentabilité nette des entreprises ?
L’impact sera d’autant plus important que
l’entreprise est endettée financièrement
(auprès des banques ou par l’intermédiaire
d’obligations émises dans le marché), mais
aussi par l’intermédiaire de son activité
propre.
Dans le cas de l’assurance-vie, la part du
résultat financier est considérable. Plus le
rendement des primes encaissés est élevé,
meilleur est le résultat financier. À l’inverse,
une entreprise fortement endettée verra, au
fur et à mesure, son coût de financement
augmenter avec le renouvellement de ses
échéances. Dans le cas des placements
monétaires ou de l’assurance-vie (assurance-vie
à taux garanti), plus le taux servi est élevé,
plus la banque ou la compagnie d’assurance
peut se permettre de prélever une marge
importante.
Pour conclure, le marché d’actions
adoptera, dans l’éventualité d’une reprise
des taux d’intérêt, un comportement très
différent de celui qu’il a connu depuis
2008. Dans certains cas, ces effets vont
dans le même sens, doublement positifs ou
doublement pénalisants, mais dans d’autres
ils s’opposent. C’est le rôle de l’analyste
financier d’en mesurer l’ampleur et d’en
tirer les conséquences sur le parcours
boursier.
Ajouter un commentaire