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Indéniablement, l’évolution en matière de santé a fait depuis
le siècle dernier un bond spectaculaire. L’allongement de la
durée de vie en est un bon indicateur. Si elle ne dépassait
pas 46,6 ans en moyenne dans le monde au milieu des
années 1950, elle était de 71,4 ans en 2015[[Chiffres ONU.]] et pourrait
même atteindre 90 ans chez les femmes de certains pays
en 2030[[ Etude d’une équipe de l’Imperial College de Londres parue dans la revue médicale The Lancet.]]. L’amélioration générale des conditions de vie
explique en partie cette longévité. Mais elle tient surtout
aux progrès réalisés ces dernières décennies dans le
domaine de la recherche médicale.
A l’instar d’autres secteurs, ces avancées s’appuient sur
celles réalisées par ailleurs dans les hautes technologies.
L’interaction de ces deux univers a permis d’importants
progrès dans le traitement de certaines maladies. Biotech,
immunothérapie, medtech…
De nouvelles disciplines
se sont ainsi substituées à la médecine et la recherche
traditionnelles, mettant en évidence la disruption que
connaissent depuis peu la santé et les sciences de la vie.
« Cette évolution est dictée par des contraintes de coûts et
de demande », résume Estelle Ménard, Responsable adjointe
de la gestion thématique chez CPR AM. « Les dépenses
de santé sont sur une trajectoire insoutenable en raison
des tendances démographiques et du vieillissement de la
population ». En moyenne, elles représentent 10 à 12 %
du PNB des pays de l’OCDE. Aux États-Unis, elles ont
atteint 17,8 % en 2015, soit 3 200 milliards de dollars. Sur
ce marché, le coût des médicaments représente à lui seul
315 milliards de dollars, soit 9,8 % du total des dépenses
de santé ! « Nous sommes progressivement en train de
changer de mentalité », explique Marie-Hélène Leopold, Analyste santé et pharmacie chez Amundi. « L’idée n’est plus
de prescrire davantage de médicaments mais, au contraire,
d’éviter la multiplication des prises en charge en améliorant
la qualité des soins et l’efficacité des médicaments ». Les
avancées réalisées ces dernières années tendent en ce sens
à développer un système de santé plus personnalisé et, de
fait, moins coûteux. Par ailleurs, les forces disruptives
actuelles orientent la médecine traditionnellement
« réparatrice » vers une démarche plus préventive.
Ces axes de développement tiennent à plusieurs
facteurs. Tout d’abord, à l’essor exponentiel des données
exploitables, le big data.
L’émergence d’acteurs d’envergure,
avec la consolidation du secteur de la santé, conjuguée à
l’élargissement de la couverture sociale a donné lieu à une
collecte plus abondante d’informations.
Par ailleurs, les
laboratoires historiques ont renforcé leur collaboration
avec les biotechs plus innovantes dont le développement
est plus axé sur le traitement de ces données. L’amélioration
quantitative et qualitative des informations recueillies
s’est, enfin, traduite par une analyse plus poussée. Dès
lors, ces avancées significatives en termes de recherche
ont permis aux laboratoires de se concentrer sur la
prévention des maladies. Au-delà, c’est aussi la rapidité
d’analyse qui a progressé. Grâce au développement de
l’intelligence artificielle, des algorithmes et aux capteurs
toujours plus perfectionnés des objets connectés, le
rendu des diagnostics – et donc des prescriptions qui en
découlent – a été considérablement amélioré. Il y a un an, un
acteur comme BioFire (Biomérieux) s’est ainsi distingué en
lançant un test permettant de savoir en moins d’une heure
si une méningite est virale ou bactérienne. « D’une façon
générale, la digitalisation du secteur permet aujourd’hui de
monitorer la santé d’un individu en temps réel et de prévenir
les risques de maladies chroniques comme l’hypertension »,
résume Wesley Lebeau, gérant du fonds CPR Invest – Global
Disruptive Opportunities. « L’objectif est de mieux anticiper
et gérer les soins en conséquence ». Algorithme, objets
connectés, traitement des données…
Le champ des possibles est tel que des géants informatiques
comme Google ou Apple ont pleinement investi le terrain de
la santé et récemment signé des accords avec de grands
laboratoires.
Au-delà, c’est l’amélioration de la qualité même des soins
qui caractérise le bouleversement actuel. Si, hier, le
recours à un antibiotique à large spectre était un préalable
nécessaire avant d’administrer la bonne molécule, le
procédé est aujourd’hui simplifié. Les avancées réalisées en
matière de recherche par les sociétés biotechnologiques,
notamment en matière de thérapies ciblées, sont en ce sens
significatives. « L’Herceptine permet aujourd’hui de traiter
un type spécifique de cancer du sein qui était encore l’un
des plus mortels il y a dix ans », souligne ainsi Marie-Hélène
Leopold. Outre l’immuno-oncologie, certains domaines
connaissent de vraies révolutions ces dernières années à
l’instar de la génomique ou de la microbiote. Les enjeux sont
colossaux et aiguisent l’appétit des grands laboratoires.
A l’image de Roche qui, en rachetant la société Genentech
en 2009, a considérablement renforcé son portefeuille de
produits – et de brevets.
Plus simple, plus rapide et plus effi cace, la santé
« disruptée » répond surtout à un impératif de coûts.
« Les solutions offertes par les biotech restent onéreuses,
reconnaît Marie-Hélène Leopold. Mais de nouvelles
technologies, comme l’impression de tissus en 3D, se mettent
en place pour en réduire le coût ». Par ailleurs, la pression
sur les budgets de R&D des laboratoires et l’explosion
des données disponibles améliorent, parallèlement, la
productivité de la recherche. Certaines estimations font
état d’économies à venir de l’ordre de 5 % des dépenses
sur le marché américain, soit 20 milliards de dollars.
Plus
généralement, la digitalisation pourrait ainsi réduire à la
fois le coût total d’un médicament approuvé – actuellement
de 2,6 milliards de dollars – mais en augmenter par ailleurs
le nombre.
« Alors qu’en moyenne, sur les dix dernières
années, 28 médicaments recevaient le feu vert de la FDA
chaque année, ce chiffre pourrait passer à 33, voire plus,
grâce à la digitalisation », souligne Marie-Hélène Leopold.
Les perspectives offertes par la disruption sont d’autant
plus importantes que le secteur de la santé est vaste.
« Notre approche prend en compte cinq sous-dimensions »,
précise Wesley Lebeau. « La biotech, les medtech,
l’immunothérapie, l’e-santé ainsi que les sciences de la vie et
diagnostics ». Sans distinction, le fonds CPR Invest – Global
Disruptive Opportunities couvre ainsi à la fois les pureplayers
et les laboratoires historiques qui se réinventent
afin de prendre part à la révolution en cours.


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