Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

La difficile transition vers un nouveau régime

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Il n’est jamais facile de s’adapter à une ère d’accélération de la croissance et de hausse des taux ainsi que de l’inflation, même si les fondamentaux des marchés sont solides.

La correction boursière de la première
quinzaine de février a été le
signe jusqu’à présent le plus visible d’un
changement vers un nouveau «régime»
de marché et de politique économique.

Le régime précédent, en place
depuis la fin de la crise financière, était
marqué par une croissance et une inflation
faibles (voire de la désinflation),
des banques centrales accommodantes
et, par conséquent, des taux d’intérêt
faibles (voire négatifs). Or, nous entrons
désormais dans une nouvelle ère, caractérisée
par une croissance plus forte
ainsi que par une inflation et des taux
d’intérêt en hausse.

Tant les investisseurs que les
banques centrales cherchent à s’adapter
à ce nouveau régime. Pour les investisseurs,
il s’agit d’anticiper la réaction
des banques centrales à l’accélération
de la croissance et de l’inflation. Parallèlement,
les marchés financiers sont
confrontés à la nécessité de décrypter
les conséquences des profonds changements
en matière d’économie politique,
notamment aux Etats-Unis où l’administration
Trump s’est lancée dans un exercice de pure stimulation de l’offre au
travers de réformes fiscales novatrices,
tout en s’attaquant au libre-échange.
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Les transitions d’un régime à un
autre se déroulent rarement de manière
fluide. Et tel est le cas cette fois encore,
comme l’a montré la récente correction
boursière. La transition pourrait
durer quelque temps, et avant que les
investisseurs et les banques centrales
ne trouvent leurs marques, la moindre
donnée sera disséquée par le menu afin
de détecter de nouvelles tendances.

Durant cette période, des accès de volatilité
sont susceptibles d’être renforcés
par des programmes de transactions
automatiques et les stratégies
momentum ou risk-parity, comme expliqué
dans d’autres articles de cette édition.
Au mieux pourrions-nous voir
des marchés latéraux au cours de cette
période de transition.

Mais il est important de faire la part
entre l’impact des flux à court terme
et la situation dans son ensemble. La
récente vague de ventes était largement
due à la réaction paniquée des positions
courtes sur la volatilité face à la hausse
rapide des rendements obligataires.
L’envolée des rendements obligataires
(conjuguée à des banques centrales
moins accommodantes) ne constitue
toutefois que le reflet d’une période de
plus forte croissance synchronisée, raison
pour laquelle nous restons fondamentalement
haussiers face aux actifs
risqués. Il est inévitable et sain qu’une
telle croissance s’accompagne d’une
remontée de l’inflation. Par ailleurs,
la volatilité – bien que perturbante –
devrait contribuer à dégonfler l’excès
de confiance au sein des marchés. Elle a
d’ailleurs d’ores et déjà tiré les valorisations,
démesurées, vers le bas.

Mais les investisseurs doivent
tenir compte de certains risques.
Ainsi faudra-t-il surveiller l’augmentation
procyclique du déficit budgétaire
aux Etats-Unis. La détermination
de Jerome Powell, nouveau
président de la Fed, pourrait rapidement
être mise à l’épreuve après une
longue période de politique moné-
taire accommodante.

Mais cela ne signifie pas que l’inflation
soit hors de contrôle ou que la
Fed soit déjà en «retard sur la courbe».
Loin de là. Après une hausse d’un
quart de point en mars, nous attendons
encore quatre relèvements de
taux par la Fed cette année et deux en
2019. Mais les récentes augmentations
de salaires devraient mettre du temps
à déboucher sur des hausses de prix.

Notre scénario central s’articule donc autour d’une expansion simplement
modérée des dépenses de consommation
des ménages (personal consumption
expenditure/PCE, la mesure préférée de
la Fed), à 1,9% cette année.

En bref, les marchés devraient être
apaisés par l’amélioration de la qualité
des fondamentaux des entreprises et
la croissance. L’inflation devrait ainsi
naturellement progresser, mais être
maîtrisée par des banques centrales
vigilantes. Nous restons cependant
convaincus que ces dernières poursuivront
leur politique relativement favorable
au marché.
Nous continuons donc
de privilégier les actions par rapport aux
obligations souveraines, tout en anticipant
la possibilité de nouveaux épisodes
de volatilité à court terme, compte
tenu de la nécessité pour les marchés de
s’adapter à un nouveau régime.

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