Faut-il se focaliser sur ces
éléments de risque ?
à la première lecture des performances depuis le début de l’année,
nous pourrions avoir le sentiment d’un grand calme : les performances
des principaux indices obligataires et actions sont en effet
proches de 0, ce qui paraît logique après plusieurs années de
performances très intéressantes sur ces deux principales classes
d’actifs. Mais, en réalité, la volatilité est bel et bien revenue et les
investisseurs sont confrontés à un environnement marqué par
une succession de facteurs de risque.
1 – LE RALENTISSEMENT DU « MOMENTUM »
MACROÉCONOMIQUE
Les indices de surprise économique ont rebaissé très sensiblement
ces dernières semaines. Cela est logique. Ils sont naturellement
construits pour varier beaucoup. Par ailleurs, il est difficile pour
l’économie mondiale de maintenir l’accélération constatée au
dernier trimestre 2017… Et il n’y a pas de facteurs trop négatifs à
ce stade.
D’ailleurs, le FMI vient de confirmer sa vue globalement positive
sur l’économie mondiale, avec une prévision de 3,9 % pour cette
année et l’année prochaine, avec + 2,4 % pour la zone Euro.
Il convient toutefois de remarquer que l’indice PMI manufacturier
Monde se replie pour le troisième mois consécutif, à 53,4. Il reste
cependant au-dessus du seuil de 50 qui suggère une poursuite de
l’expansion et, en moyenne, il est proche de celui du T4 2017. Dans
le fond, le dynamisme de la demande finale reste globalement bon,
soutenu par la consommation en liaison avec la baisse du chômage
un peu partout, et par l’investissement. En réalité, la perception
d’ensemble est altérée par le contexte de guerre commerciale
potentielle et, pour l’Europe, par la force de l’euro vis-à-vis du dollar.
Aux États-Unis, la croissance du premier trimestre a tourné autour
de 2,0 %, contre 2,9 % au trimestre précédent. Comme souvent,
les statistiques du premier trimestre sont difficiles à lire compte
tenu des aléas climatiques. La consommation et le secteur immobilier
ont faibli, ce qui a été compensé, partiellement, par la
bonne tenue de la production manufacturière. Mais les créations
d’emploi restent élevées à ce stade du cycle, avec une moyenne
de près de 200 000 créations par mois sur le trimestre, ce qui
donne de l’espoir.
En zone Euro, les indices PMI manufacturiers ont également beaucoup
baissé et se situent à leurs niveaux de juillet dernier. Mais, en
absolu, ce niveau reste largement au-dessus de sa moyenne de
long terme (56,6 contre 51,8). Là aussi, il s’agit à notre sens plutôt
d’une consolidation dans une tendance globalement positive. La
conjonction d’une demande mondiale assez dynamique et d’un
taux d’utilisation des capacités industrielles élevé devrait inciter
les entreprises à investir.
En Chine, pays qui a une énorme influence sur la croissance mondiale,
les derniers chiffres sont plutôt bons : le rythme de croissance
se situe à 6,8 %, soit au-dessus des attentes. Ces bons résultats sont
liés à un rebond très net du commerce extérieur, ce qui peut être
problématique en cas de guerre commerciale avérée.
2 – GUERRE COMMERCIALE POTENTIELLE
À ce stade, nous pensons que le scénario le plus probable est
qu’une guerre commerciale de grande ampleur sera évitée,
personne n’y a vraiment intérêt car les conséquences seraient
négatives pour tout le monde. Nous pensons que les déclarations
américaines et chinoises, fermes de façade, sont le prélude à
une phase de négociations qui conduira à de nouveaux accords commerciaux. Cela est légitime d’un certain point de vue car le
marché chinois n’est pas vraiment le plus ouvert alors que le pays
a largement bénéficié de son entrée dans l’OMC (Organisation
Mondiale du Commerce) en 2001. D’ailleurs, le secrétaire américain
au Trésor a annoncé son intention de se rendre à Pékin… Mais si
les choses se passent mal, les conséquences seraient très négatives
et c’est ce scénario qui pèse sur les marchés : selon des calculs du
FMI, une augmentation des droits de douane américains de 10 %,
associée à une surtaxe sur les exportations américaines appliquée
par les partenaires commerciaux américains, entrainerait une
baisse de 1,0 % du commerce international, ce qui correspond à
une baisse de 0,5% du PIB mondial. Dans ces conditions, l’inflation
augmenterait, ce qui se répercuterait négativement sur les comptes
des entreprises. Selon diverses estimations élaborées par d’autres
économistes, l’impact pourrait aller de 0,25 % de perte de PIB
mondial en cas de guerre commerciale légère à plus de 2,00 % en
cas de guerre « dure ». Pour l’instant, les effets d’annonce semblent
plus importants que la réalité.
L’ensemble des mesures tarifaires
prises par les états-Unis dépasse à peine 4 % des importations
totales américaines, et sur des produits « choisis » qui impacteraient
peu l’économie américaine : télévisions, voitures principalement.
Et les mesures de rétorsion chinoises sont également modérées
et ne concernent que 50Mds de dollars d’exportations américaines
et se concentrent essentiellement sur deux secteurs : les véhicules
et certains produits agricoles.
3 – FIN DES POLITIqUES MONÉTAIRES ULTRA ACCOMMODANTES
Le temps de la « normalisation » des politiques monétaires est
venu, surtout aux états-Unis qui sont en avance de cycle. Les
marchés devront donc composer avec des vents qui seront moins
favorables de ce point de vue. La position de la Reserve Fédérale
apparaît la plus délicate : il lui faut maintenir une bonne communication
avec les marchés et ne pas être « behind the curve » à l’heure
où la question d’une résurgence de l’inflation se pose. Jusqu’à présent,
la « nouvelle Fed » (5 nouveaux membres ont été nommés
par l’administration Trump), sous l’autorité du nouveau Président
Jerome Powell, a plutôt réussi : il a été clair sur sa stratégie. Les taux
des Fed Funds seront relevés tant que la croissance reste forte
et que le rythme de création d’emplois se maintient autour de
200 000 par mois sur un trimestre. Le rythme annoncé est
de deux hausses supplémentaires de 25 pb cette année, ce qui
porterait les Fed Funds dans la fourchette 2,00 %/2,25 %, et de trois
hausses de même ampleur l’année prochaine. En fin de compte,
le niveau des taux monétaires serait de l’ordre de 3,00 %/3,25 %
mi 2020. Quand nous savons que statistiquement les récessions
surviennent en moyenne 1 an après la dernière hausse des taux,
cela laisse augurer quelques années de croissance supplémentaires.
Seule une inflation supérieure à ce qui est anticipé pourrait
remettre en cause ce scénario et, de fait, provoquer une hausse
significative des taux obligataires.
Pour l’instant, l’inflation publiée
reste assez contenue avec un CPI[[Indice des prix à la consommation]] à 2,4 %. Mais certains économistes
soulignent que les effets de base, conjugués à des facteurs
plus structurels, pourraient exercer des pressions et que l’inflation
« CPI » pourrait dépasser 3 % dès cet été, lié à un « effet de base »
de 2,1 %. La Fed pourrait être tentée dans ce cas par une hausse
supplémentaire, ce qui calmerait les marchés obligataires.
En zone Euro, il n’y aura pas de modification de la politique monétaire
à court terme. L’Eonia restera en territoire négatif. Nous
anticipons une séquence classique inspirée de celle de la Fed et des indications données par la BCE : dans un premier temps, une
remontée du taux de dépôt, qui passerait de – 0,4 % à – 0,2 % au
cours du premier trimestre 2019. Les taux seraient ensuite ramenés
en territoire positif durant l’été, avant la passation de pouvoirs
de Mario Draghi dont le mandat prend fin en novembre 2019.
Entretemps, le programme de « Quantitative Easing »[[Quantitative Easing : rachats massifs de titres de dettes par une Banque Centrale]] d’achat
de titres se sera terminé à la fin de l’année et la BCE s’en tiendra
à des achats de renouvellement de tombées uniquement. La
question de la succession du Président de la BCE se posera plus
précisément d’ici un an et pourrait avoir un impact sur les marchés
selon le nom de son successeur. Un Président à l’orthodoxie
« allemande » provoquerait des remous probablement sur les
spreads périphériques…
4 – « TWIN DEFICITS » AMÉRICAINS
Cette thématique des « twin deficits » doit sonner aux oreilles
de ceux qui ont expérimenté les marchés financiers dans les
années 80, et particulièrement en 1987. Théoriquement, une telle
situation (aggravation des déficits commerciaux et budgétaires
conjointement) doit induire une baisse du dollar et une hausse
des taux d’intérêt obligataires. C’est l’analyse primaire, mais les
situations économiques et financières sont tellement complexes
que ce qui est pressenti ne se produit pas toujours. Les chiffres sont
toutefois éloquents : après les mesures de baisse des impôts et de
relance de programmes de dépenses d’infrastructures, le déficit
budgétaire américain va passer de 3,5 % en 2017 à 4,0 % cette
année et à 4,6 % en 2019. Et le « Congressional Budget Office »
anticipe un chiffre de 5,4 % en 2022. Parallèlement, la dette rapportée
au PIB devrait continuer à progresser et atteindre 100 %
du PIB assez rapidement.
Il n’y a pas, historiquement, de relation claire entre le niveau des
taux d’intérêt et le niveau de dettes. Les excédents commerciaux
chinois et pétroliers des pays du golfe vont naturellement s’investir
en dollars, et donc en dette américaine, surtout à l’heure où l’offre
de dettes souveraines de la zone Euro commence à baisser : le
déficit public de la zone a été ramené à 0,9 % du PIB l’an dernier,
après 1,5 % en 2016. La dette a également reculé à 86,7 % du PIB
en 2017 contre 89,0 % en 2016. Cette amélioration est principalement
due à l’Allemagne qui est en excédent budgétaire de 1,3 % du
PIB et qui a ramené sa dette à 64,1 % du PIB, ce qui est loin d’être
le cas de la France (déficit de 2,7 % et dette / PIB proche de 100 %
à 97 %…).
Si ce risque de forte baisse du dollar et de remontée excessive
des taux américains existe, il ne semble pas dans l’actualité du
marché : le dollar a plutôt tendance à se stabiliser après une année
de baisse contre toutes devises.
Au premier trimestre de 2017, il a
oscillé entre 1,05 et 1,07 contre la monnaie unique alors que,
cette année, il s’est stabilisé sous le seuil de 1,25. Il semble qu’une
majorité d’investisseurs ait pris des positions prudentes sur le dollar,
et bien souvent dans des marchés où tout le monde est dans le
même sens, il peut y avoir des mouvements de contre tendance,
et donc une stabilisation/légère reprise du dollar.
5 – LE CAS DES GAFA[[Google, Amazon, Facebook, Apple]]
Ces valeurs ont stimulé les indices actions américaines depuis 5 ans.
à juste titre ? Difficile à estimer, mais nous ne sommes pas en zone
d’excès de valorisation comme à la fin des années 90. Ces valeurs
délivrent des bénéfices (près de 100 Mds$ en 2017, avec Microsoft).
En revanche actuellement, il y a des mouvements visant à réglementer leurs activités et surtout, à leur faire payer davantage
d’impôts. Dans ces conditions, il est logique qu’une phase de
consolidation se produise, et elle pourrait peser sur les indices
américains.
Mais de là à imaginer le déclencheur d’un « vrai » Bear
Market, il y a un pas que nous ne franchissons pas.
6 – RISQUES GÉOPOLITIQUES ET HAUSSE DE PÉTROLE
Nous n’avons pas d’analyse particulière de ce point de vue.
Nous pensons que le pétrole sera capé à terme par la remise
en production des gisements de schiste américains, même si cela
peut prendre un peu de temps car il y actuellement beaucoup
de problèmes opérationnels et également de qualité du pétrole
produit. Autour de 70/80 dollars, nous pensons que ces niveaux
constituent un équilibre idéal pour l’économie et les marchés : pas
trop chers pour entraver la croissance et assez élevés pour éviter
des crises majeures dans les pays producteurs, et plus généralement,
pour éviter une suspicion sur les marchés émergents. Une
hausse intempestive au-dessus de ces niveaux serait négative pour
l’économie mondiale et les marchés.
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