Les performances des marchés cet été ont été plus disparates
que d’habitude mais toujours portées par la poursuite de
l’ascension du marché leader, à savoir le marché américain. Il est
vrai que la saison de publication des résultats des entreprises
américaines a été particulièrement satisfaisante (même si la
hausse du marché reste très concentrée sur quelques valeurs,
comme Apple et Amazon qui ont progressé de pratiquement
20% et 14% en août respectivement). Elle a probablement aidé
les investisseurs à ignorer un environnement plus compliqué du
fait de la montée des risques politiques et des soubresauts des
devises émergentes.
La phase de publications des entreprises
étant close, les marchés vont
probablement revenir aux préoccupations
du moment :
- Les méandres du risque protectionniste
américain sont actuellement
aussi fluctuants qu’imprévisibles.
A l’heure où nous écrivons,
les Etats-Unis s’apprêtent de façon
imminente à taxer à hauteur de 25%
un ensemble de produits chinois
atteignant actuellement 200 milliards
de dollars d’importations.
- Le ralentissement économique
chinois se poursuit et le gouvernement
tente de le contenir avec
une série de mesures plus ou moins
importantes au fil de l’eau. Il y a
tout de même deux facteurs de
ralentissement actuellement dans
ce pays. Le premier est issu des
mesures antérieures visant à tasser
la dynamique du crédit. Le second
relève de la dégradation des
relations commerciales avec les Etats-Unis. Nous n’anticipons pas
de rupture de l’économie chinoise
et restons convaincus de la capacité
des autorités à maintenir la
croissance à bon niveau. Mais on
ne peut complètement exclure que
le marché s’interroge sur ce point.
- La liquidité mondiale ralentit, la
contraction du bilan de la Fed étant
pour l’heure la principale raison de
ce processus, ce qui n’est pas sans
expliquer une partie de la forte
volatilité des devises émergentes
et de façon plus anecdotique des
crypto-monnaies. Les crises en
Argentine et en Turquie affectant
leurs actifs, dont les origines
sont à la base purement locales,
ne peuvent pourtant pas être
uniquement considérées comme
l’addition de phénomènes séparés
: ces deux pays par ailleurs si
différents partagent d’importants
déficits de la balance courante et
représentent la fragilité intrinsèque
des pays émergents.
Dans un contexte monétaire américain qui se tend et
avec un dollar qui se renforce, les pays émergents les
plus déséquilibrés sont en première ligne. Etant donné
que la poursuite du resserrement monétaire américain
semble solidement ancré pour les prochains mois, la
question de l’irruption d’une « crise émergente » se
pose.
Depuis que la Réserve Fédérale a annoncé en
2013 le changement d’orientation de politique monétaire
(taper tantrum), beaucoup de pays émergents
ont engagé une réduction de leurs déséquilibres au
point d’afficher désormais une situation assez saine,
surtout à ce stade du cycle.
On ne peut donc exclure
davantage de volatilité (du fait par exemple de dégagement
sur la classe d’actifs émergente après un repli
significatif dans un contexte où l’environnement restera
sous pression) mais beaucoup plus difficilement une
crise émergente classique, avec la nécessité absolue
de réparer en urgence de considérables déséquilibres
macroéconomiques.
- Le volet politique. Les négociations sur le Brexit, qui
seront au cœur du sommet européen du 18 octobre, et
dont l’issue reste pour l’heure très incertaine, peuvent
à nouveau réinjecter un peu plus d’incertitude sur le
marché alors que l’échéance du Brexit se rapproche
à grand pas. De même, la constitution du prochain
budget italien, les élections parlementaires américaines
ainsi que l’élection présidentielle brésilienne sont de
nature à créer elles aussi de l’agitation.
Cette longue liste des risques pourrait laisser penser qu’il
vaut mieux se détourner des marchés ces prochaines
semaines. Loin s’en faut selon nous. Tout d’abord, ils sont
déjà bien identifiés et en partie intégrés dans les cours.
Par ailleurs, l’environnement fondamental reste solide,
quelques indicateurs macro-économiques plaidant même
pour une accélération prochainement dans les pays développés
après des signes de ralentissement.
En revanche,
nous réduisons tactiquement la voilure en termes de budget
de risque. Ainsi, nous neutralisons nos expositions sur
les actions et passons même légèrement sous-pondérés
sur les actions émergentes.
Réduction de la voilure
On n’est jamais trop prudent, c’est vrai que ça commence à sentir le roussi un peu partout….