Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

Perspectives 2019 : un pessimisme rassurant

Les marchés actions européens finissent l’année en forte baisse : avec un effondrement des indices de 10% à 20%, 2018 devient officiellement la pire année depuis la crise financière.

2018, le scénario catastrophe

Les sujets d’inquiétude n’ont pas manqué.
Leur accumulation a contribué à l’installation d’un climat de morosité
généralisé, contrastant radicalement avec l’optimisme qu’affichait en début
d’année la communauté financière. Même Wall Street a subi un atterrissage
brutal, accentué par des prises de profit par les investisseurs qui se sont retirés
après presque 10 ans de hausse ininterrompue des marchés. Les sociétés les
plus internationales, celles qui anticipaient les croissances les plus fortes – les
valeurs technologiques par exemple – ont particulièrement souffert au dernier
trimestre.

Certes, cette hausse de l’aversion au risque sur fond de baisse généralisée du
prix des actifs risqués est caractéristique des fins de cycle. Elle reflète les
craintes d’un ralentissement économique mondial alors même que les
politiques des banques centrales deviennent moins accommodantes. En
effet, dès juin 2017, la Fed a refermé progressivement le robinet du crédit bon
marché, créant chez les investisseurs un sentiment de fin d’âge d’or. En 2018,
les taux ont augmenté, quatre fois, d’un quart de point. L’impact se fait
traditionnellement sentir avec un délai de 12 à 18 mois. Toutefois, la fin de
cycle n’explique pas tout : de nombreux autres facteurs alimentent le
pessimisme ambiant.

La fin de cycle n’explique pas tout : de nombreux autres facteurs alimentent le pessimisme ambiant. Il semblerait que le pessimisme généralisé soit finalement devenu un facteur de soutien aux valorisations actuelles.

Entre tensions et incertitudes

La guerre commerciale initiée par Donald Trump entre les États-Unis et la
Chine, voire le reste du monde, commence à produire ses effets néfastes sur
les indicateurs macro : baisse de confiance des entrepreneurs, baisse des
investissements, baisse des composantes nouvelles commandes des
indicateurs PMI, etc.

Par ailleurs, les inquiétudes demeurent fortes à propos de la croissance
chinoise. Le marché s’interroge sur l’ampleur du ralentissement chinois,
certes attendu, puisqu’annoncé dans le cadre d’un quasi « Gosplan », mais
dont la concomitance avec les tensions commerciales fait craindre un
atterrissage plus violent qu’escompté.

Enfin, la zone euro est prise en étau entre tensions commerciales et
incertitudes politiques. L’Allemagne, qui tirait la croissance depuis plusieurs
années, montre des signes de faiblesse liés à la dégradation du secteur
automobile. Cette industrie est non seulement confrontée à la montée du
protectionnisme, mais elle est aussi secouée par les transformations
technologiques nécessaires à la transition vers une économie bas carbone, qui
nécessite notamment d’investir massivement dans le véhicule électrique. Côté
politique, les débats autour du Brexit ou de l’Italie, les difficultés à anticiper
l’issue des élections européennes au printemps dans un contexte de montée
des populismes, ou encore le mouvement de protestation en France, sont
autant de sujets sur lesquels les investisseurs restent fébriles et manquent de
visibilité.

La nervosité s’est donc installée sur les marchés. En cette fin d’année 2018 les investisseurs ont anticipé – trop rapidement ? – une fin de cycle alimentée par une perte de confiance des acteurs économiques sur fond de poursuite des conflits commerciaux, de resserrements inéluctables des bilans des banques centrales avec comme conséquence un atterrissage brutal des croissances chinoise et américaine dès 2019-2020.

L’économie mondiale se trouve dans une situation comparable à celles de
2011 et 2016. A l’époque, une politique plus accommodante de la banque
centrale américaine et des plans de relance massif en Chine avaient permis le
retour de la confiance. Sans nécessairement tabler sur un scénario similaire,
nous pensons que la Fed fera à nouveau preuve de pragmatisme et
adaptera sa politique aux conditions économiques.
De plus, des signaux
positifs émergent et laissent entrevoir une accalmie sur le front des tensions
commerciales sino-américaines. Pour ces raisons, nous ne tablons pas sur
une récession aux États-Unis en 2019, ni sur une forte décélération de la
croissance chinoise.

Compte-tenu des valorisations des marchés actions européens, qui anticipent
déjà un fort ralentissement économique et des primes de risque élevées, nous
sommes plutôt confiants dans la performance des actifs risqués en 2019. Il
semblerait que le pessimisme généralisé soit finalement devenu un facteur de
soutien aux valorisations actuelles.

Patienter et voir loin

Nous restons néanmoins vigilants sur la dynamique macro qui peine à se
stabiliser et n’anticipons pas de fort rebond, dans la mesure où les risques
politiques restent importants. Et, comme en 2018, nous estimons que la
meilleure stratégie d’investissement consistera à sélectionner les entreprises
les mieux positionnées dans le grand mouvement de transitions qui est à
l’œuvre : transition socio-démographique, transition technologique, transition
écologique et transition des modèles de gouvernance, où les entreprises sont
appelées à jouer un rôle crucial dans l’atteinte des objectifs d’intérêt général
matérialisés par les ODD (objectifs de développement durable).

En tant qu’investisseur, notre rôle ne se limite pas à être un simple observateur avisé, intéressé par ces transitions à l’œuvre. Nous nous devons d’y prendre toute notre part : par nos décisions d’allocation de capital, par notre politique de vote et d’engagement auprès des entreprises ou, plus globalement, par nos prises de positions sur la place économique et financière. Car ne nous y trompons pas, au-delà des péripéties de court-terme, les transitions à l’œuvre nous font courir de graves périls. Si nous ne parvenons pas à adresser la question climatique, si nous échouons à résoudre la crise de la mondialisation matérialisée par une augmentation phénoménale des inégalités, les rendements de moyen et long terme seront compromis !

Il s’agira, plus que jamais, en 2019, d’investir dans et pour une économie plus durable et nous sommes fiers de vous voir toujours plus nombreux et engagés dans cette voie.

En tant qu’investisseur,
notre rôle ne se limite
pas à être un simple
observateur avisé,
intéressé par ces
transitions à l’œuvre.
Nous nous devons d’y
prendre toute notre part.

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