Le cadre
Pour la première fois, un véritable débat sur l’Europe et son orientation a lieu sur le
continent. Voici quelques preuves anecdotiques mais évidentes :
C’est la première fois qu’un dirigeant européen, par un message direct, s’adresse non
seulement à son électorat national, mais également à l’ensemble des citoyens européens.
Je me réfère à la lettre du 4 mars du président français Emmanuel Macron aux citoyens
européens exposant un plan pour le renaissance de l’Europe et commençant par la phrase
«Citoyens de l’Europe, si je me permets de m’adresser directement à vous…».[[https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/03/04/for-european-renewal.en.]] Cette lettre
a été traduite en 22 langues.
Selon nous, il n’y a jamais eu autant d’interaction entre les politiques nationales et la
thématique européenne dans la campagne électorale. Les partis de différents pays se
positionnent par rapport aux groupes parlementaires européens et les dirigeants nationaux
en parlent dans le cadre de leur campagne.
De nouvelles alliances sont proposées et une
refonte majeure de la politique du Parlement Européen est envisagée; Ces questions ont
été abordées ouvertement lors d’une récente conférence de presse à Budapest avec le
Premier ministre hongrois Victor Orbán et le Vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini.[[https://www.ft.com/content/f915a13a-6cf4-11e9-80c7-60ee53e6681d]]
Les élections nationales – même dans des pays plus petits tels que la Slovaquie ou la
Finlande, ou des élections partielles dans certaines régions du sud de l’Italie ou en
Angleterre pour les conseils locaux – reçoivent un niveau d’attention nouveau en ce qui
concerne l’Europe, comme si l’avenir du continent dépendait du désassemblage et du
réassemblage de toutes ces pièces issus de ces résultats locaux. Les affirmations de
certains partis à la place d’autres sont scrutées comme des indicateurs du déclin ou de la
montée de l’euroscepticisme sur le continent.
Cette nouvelle attention portée à la politique européenne trouve
ses racines dans le développement récent de sujets tels que le
Brexit et la montée des mouvements populistes dans la plupart
des pays européens. Le Brexit privera l’Union de l’un de ses
membres clés et la poussée populiste est teintée de nuances
différentes selon le degré d’euroscepticisme; leur effet combiné
secoue profondément l’Union européenne (UE).
Un nouveau «déficit de justification» du projet européen semble
émerger. De nombreux citoyens semblent ne plus comprendre
clairement la raison d’être de la construction européenne et en
particulier la raison pour laquelle «plus d’Europe» serait
nécessaire. Les élections de cette année sont considérées par
beaucoup comme l’occasion de s’attaquer à ce problème, peut-être
pour la première fois. Les partis pro-européens sont appelés
à expliquer pourquoi une plus grande intégration est nécessaire.
A l’inverse, les mouvements souverainistes doivent exprimer
ouvertement leur vision d’une «Europe différente / moins
d’Europe» et la manière d’y parvenir.
Quels sont les enjeux ?
Cette année, les postes clés dans l’UE vont tous être renouvelés.
Le président du Parlement Européen, de la Commission et du
Conseil seront nommés, mais également le président de la
Banque Centrale Européenne (BCE). Les marchés suivront de près
ces rendez-vous et se concentreront particulièrement sur qui
dirigera la BCE, après le mandat de huit ans de Mario Draghi.
Bien que le Parlement Européen ne joue pas un rôle important
dans la nomination du président de la BCE, les élections
européennes pourraient avoir un impact conséquent sur le choix
effectué par les dirigeants de la Zone Euro.
La sélection pour des postes européens clés est un véritable
casse-tête dans lequel l’affiliation politique, généralement à l’une
des deux principales familles politiques, le mélange de
nationalités et l’expérience politique jouent tous un rôle. La
Présidence de la BCE n’est que partiellement à l’abri de cet
exercice; la recherche d’un équilibre entre nationalité deviendra
un facteur pressant dans tous les choix, en particulier une fois
qu’un accord aura été trouvé pour certains postes. Par exemple,
si – comme nous le pensons probablement – le Parti Populaire
Européen détient le plus grand nombre de sièges au Parlement et
si le principe du Spitzenkandidaten est retenu, le président de la
Commission sera Manfred Weber, un allemand. Ce résultat
réduira considérablement les chances d’avoir un autre
ressortissant allemand aux commandes de la BCE.
Ceci n’est cependant qu’un exemple et il reste encore trop
d’inconnues dans une équation politique très complexe pour
permettre des prédictions significatives. Les résultats des
élections fourniront quelques indications, mais seules les
négociations de fin de soirée au Conseil Européen des 20 et 21
juin conduiront à des décisions quant à savoir qui occupera les
postes les plus importants à la Commission et à la Banque
Centrale.
L’impact sur le marché
L’UE est le plus grand bloc économique du monde et ses
politiques économiques ont un impact considérable sur les
marchés. Cependant, le rôle du Parlement Européen est en
quelque sorte limité.
Le Parlement ne joue aucun rôle dans la politique monétaire,
domaine dans lequel la BCE est «souveraine» et indépendante. De
même, les politiques budgétaires de la Zone Euro sont régies par
les «règles de croissance et de stabilité» définies par les pays
membres et mises en oeuvre par les gouvernements nationaux
sous le contrôle de la Commission.
A la place, le Parlement Européen joue un rôle de codécideur en
définissant le cadre des politiques structurelles relevant de la
compétence de l’UE, telles que la concurrence, le commerce et,
dans une certaine mesure, l’industrie et l’innovation. Cependant, les
réformes structurelles ont des impacts à plus long terme sur lesquels
les marchés ne sont généralement pas concentrés.
Les marchés observeront les résultats des élections européennes,
mais uniquement dans le but de déterminer les risques de perte et
en particulier les risques extrêmes.
Selon nous, la croissance de la popularité d’un parti souverainiste
dans les prochains scrutins ne fera pas trembler les marchés. Des
gains importants sont déjà pris en compte par ces mouvements, de
même que les chances d’un parlement plus fragmenté au sein duquel
les deux plus grands groupes traditionnels – Populaire et Socialiste –
ne pourront pas former une majorité stable mais devront trouver des
alliances avec les Libéraux Démocrates et peut-être les Verts. Seul
le cas dans lequel les eurosceptiques seraient capables de bloquer
les travaux du Parlement et, par exemple, la nomination d’une
nouvelle Commission effrayerait les marchés. La plupart des
observateurs considèrent cet événement peu probable… comme un
risque extrême.
Les marchés seront également attentifs aux développements des
politiques nationales que les élections pourraient déclencher. Les
élections pourraient en effet être le catalyseur de changements
dans ces politiques, en particulier dans les pays où les coalitions
gouvernementales semblent instables.
L’impact sur le Brexit pourrait également être important. La
participation des électeurs britanniques aux scrutins, résultat de
«l’absence de Brexit» et les perspectives pour les députés
britanniques sont incertaines. Cela pourrait être un moment
révélateur du point de vue de l’opinion de l’électorat sur le Brexit.
Les marchés ne seront pas choqués par ces résultats, à moins qu’ils
ne conduisent, par accident ou volontairement, à un Brexit sans
négociation. Est-ce là aussi un autre risque extême ?
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