N’en déplaise aux Cassandres qui annoncent régulièrement sa mort prochaine,
le commerce de centre-ville a encore de beaux jours devant lui dans les grandes
agglomérations. Il pourrait même surprendre à s’imposer comme un canal incontournable
pour répondre à l’évolution des modes de vie et de consommation.
De nombreux facteurs structurels concourent à assoir l’attractivité du commerce
de centre-ville comme outil commercial dans les grandes agglomérations, au premier
rang desquels la valeur croissante de la proximité.
Un canal privilégié pour de nombreux consommateurs…
Dans un pays caractérisé par le vieillissement
de sa population, les consommateurs
âgés acceptent de payer plus
chers des biens et des services proposés
à proximité de leur domicile. La
conscience écologique incite aussi de
plus en plus de consommateurs, tout
âge confondu, à utiliser de moins en
moins leur voiture dans les grandes
agglomérations.
Ces nouveaux modes de consommation
ne se limitent pas à la seule ville de
Paris. Les flux structurels de population
font progresser, année après année, la
population aussi bien des Séniors que
des jeunes actifs dans les grandes agglomérations
de régions jugées attractives
pour leur qualité de vie dans le
Sud-Est, le Sud-Ouest et l’Ouest de la
France.
Les grandes enseignes alimentaires
ne s’y sont d’ailleurs pas trompées
avec une stratégie de reconquête
des centres-villes au travers de formats
de proximité aujourd’hui très prisés
des citadins.
Ces régions sont aussi des destinations
convoitées par les touristes. Or, le tourisme
concourt à renforcer l’attractivité
du commerce de centre-ville, avec là
encore un fort potentiel de croissance
dans les grandes agglomérations.
Car si la France est la première destination
touristique mondiale, avec plus
de 85 millions de visiteurs par an, elle
ne se situe qu’au 9e rang en montant de
dépenses par touriste.
… et complémentaire du e-commerce
Il convient aussi de s’affranchir des
idées reçues sur la cannibalisation du
commerce physique par le e-commerce.
Loin d’être une menace pour les
surfaces de centre-ville, le commerce
électronique s’avère complémentaire.
Les grands acteurs du e-commerce
sont aujourd’hui les leaders du commerce
physique et souvent de proximité.
Les « pure-players » du e-commerce
se positionnent aussi dans les
centres-villes des grandes agglomérations
pour renforcer leur image mais
aussi accroître la distribution de leurs
produits.
Les consommateurs sont aujourd’hui
très familiers de l’omnicanal
et n’hésitent pas à utiliser les passerelles
entre le commerce physique et le
e-commerce pour faire leur sélection et
finaliser leurs achats.
Les ressorts structurels du commerce
de centre-ville sont donc nombreux.
L’innovation dont fait preuve le commerce
physique pourrait même accélérer ses perspectives de croissance.
Des enseignes créatives et
dynamiques
La créativité et le dynamisme du commerce
physique participent à son maintien
comme canal commercial incontournable.
La très forte fragmentation des familles de
produits, pour répondre toujours mieux
aux besoins spécifiques de tel ou tel pro-
fi l de consommateurs, fait constamment
émerger de nouvelles offres. Les consommateurs
se voient aussi régulièrement
proposer de nouveaux concepts, de nouvelles
enseignes. Or, seules des surfaces
« physiques » dans les centres-villes des
grandes agglomérations assurent la visibilité
nécessaire au lancement de ces nouvelles
offres. C’est également par ce canal
qu’apparaissent des formats très innovants
comme les « pop-up stores » de marque ou
les « boutiques éphémères » autour d’un
produit ou d’une marque.
Le commerce physique 2.0
Le développement de ce qui est désormais
appelé « l’expérientiel » pourrait même
permettre au commerce de centre-ville
de s’imposer sur le e-commerce. Avec la
montée en puissance des objets connectés
et de la géolocalisation, les commerces physiques de centre-ville vont progressivement
s’emparer des outils numériques
de fidélisation développés par les acteurs
du e-commerce. À proximité d’une boutique,
le client potentiel se verra proposé
par voie électronique avec une offre
commerciale personnalisée afi n de susciter
un achat d’impulsion. Pour reprendre
un terme très en vogue, « l’ubérisation »
du commerce physique va faire émerger le
« magasin connecté », capable de communiquer
intelligemment avec les clients pour
les fi déliser ou en attirer de nouveaux.et
ce, d’autant plus facilement que les clients
pourront concrètement matérialiser le produit,
l’essayer et obtenir des conseils personnalisés.
Cette « nouvelle génération »
de commerce physique pourrait imposer le
commerce de centre-ville comme un canal
durablement incontournable et assoir un
peu plus ses perspectives de croissance
dans les grandes agglomérations. Faisons
même le pari que ce commerce physique
2.0, qui proposera le meilleur des deux
mondes, devienne le canal privilégié de
consommateurs désireux d’utiliser de manière
plus raisonnée la dématérialisation de
nos économies et modes de vie.
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