Marchés Privés

Brexit : Bye Bye Fintech, I love you not

La décision britannique de sortir de l’Union Européenne marque la fin d’un règne pour les startups londoniennes spécialisées en Finance. Jusqu’ici en position dominante elles devront entâmer une processus d’acquisition massif ou céder la place au Fintech parisiennes en pleine ascension. L'analyse de Cédric Teissier et Arthur de Catheu, co-fondateurs de Finexkap...

« Si les britanniques choisissent le Brexit, le Royaume Uni souffrira, et l’Europe aussi »,
déclarait jeudi 23 juin, Taavet Hinrikus, co-fondateur et CEO de la plate-forme de
changes TransferWise, une des Fintech londoniennes les plus prometteuses d’Europe.
Il se faisait là le porte parole de près de 80% de ses consoeurs, nombreuses donc, à
s’être réveillées aujourd’hui avec la gueule de bois. Clairement, pour les startups
londoniennes, cette sortie sonne la fin d’un règne avec l’arrivée de nouveaux
obstacles assez conséquents. Tout d’abord une européanisation fortement remise en
question. Les petites anglaises seront effectivement confrontées à de nouvelles
contraintes réglementaires, forcées d’ouvrir des filiales, d’obtenir de nouveaux
agréments, etc. « Les fintech britanniques pourraient, comme le rappelait Philippe
Gelis, CEO de Kantox, la semaine dernière à MoneyConf, avoir besoin de nouveaux
sièges sociaux dans les autres pays de l’Union Européenne. »
D’autre part, d’un point
de vue macro-économique, un contexte volatile, incertain et complexe ne peut pas
faire de bien à ce marché, déjà truffé d’embuches. Enfin, l’effet domino est largement
redouté, particulièrement au sein des pays d’Europe du Nord et d’Europe Centrale.

Paris, future place de référence de la zone euros ?

Côté français, le ministre des finances Michel Sapin souhaite ainsi faire de Paris « la
place de référence de la zone euro » pour les financements de marchés des
entreprises de « la finance dite intelligente ». En d’autres termes la finance verte, les
investissements socialement responsables ou encore le financement de projets
d’infrastructures. « Tous doivent trouver à Paris des financements adaptés et
performants »
, a-t- il indiqué. Le ministre a ensuite souhaité rappeler l’importance du
développement à Paris des Fintech (sociétés qui développent des technologies
innovantes dans la finance) et « des initiatives technologiques en dialoguant avec les nouveaux entrants, en identifiant de façon active d’éventuelles limites réglementaires
non justifiées. » Enfin, Bercy souhaite que la place financière parisienne fournisse « aux
entreprises et aux intermédiaires financiers les infrastructures de marché et les
fonctions support les plus performantes possible. » Le lancement prochain du Forum
Fintech sous la supervision de l’Autorité des marchés financiers et de l’Autorité de
contrôle prudentiel et de révolution, et qui réunira l’ensemble des acteurs publics et
privés du secteur, devrait permettre de dynamiser rapidement le marché français, et
accroître rapidement l’attractivité de Paris pour l’écosystème mondial.

Une vague de consolidation à prévoir

Historiquement, les startups londoniennes ont bénéficié de financements supérieurs à
celles d’autres pays en vue d’obtenir une position dominante en Europe. Avec ce
résultat, il est facilement imaginable que la solution la plus rapide soit d’entrer dans
une phase de rachats de sociétés locales. Nul doute que certaines des sociétés
françaises de crowdlending vont devenir rapidement des cibles évidentes pour des
acteurs tels Funding Circle, Zopa ou Ratesatter. Et cette perspective semble d’autant
plus imminente pour les acteurs du paiement, qui pour la plupart ont besoin d’une
capacité réglementaire à opérer dans plusieurs juridictions. Attendons-nous à ce
qu’une vague gigantesque d’acquisitions transfrontalière ait lieu durant les 24
prochains mois, période pendant laquelle une zone de flottement pré-sortie risque de
s’installer.

L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage

Mais, in fine, l’important reste la raison même des sociétés Fintech : proposer de
nouveaux services, plus simples, plus lisibles et plus accessibles aux clients. Qu’ils soient
consommateurs ou entreprises. Et c’est là que la question se complique. Quel impact
une telle décision aura sur la capacité de ces jeunes acteurs à faire bouger
durablement les lignes sur un vaste territoire ? On pense notamment à leur capacité
à lever des fonds, à recruter des talents, à ouvrir des antennes locales à moindre frais,
etc. Pour les vainqueurs, le parcours n’en sera que plus ardu, et les perdants seront
bien plus nombreux qu’on ne l’espérait. Mais dorénavant, une chose est sûre : les
vainqueurs ne seront certainement plus les anglais !

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