En 2020, l’analyse du marché obligataire révèle un endettement en forte augmentation pour faire face aux défis posés par la pandémie
Janus Henderson prévoit une augmentation de la dette des entreprises équivalente à 1 000 milliards de dollars en 2020
Volkswagen est la société la plus endettée au monde, presque autant que l’Afrique du Sud, bien que cela soit en grande partie dû aux étalements de paiement proposés au client à l’achat d’une voiture.
C’est aux États-Unis et en Suisse que la dette des entreprises a augmenté le plus rapidement
La dette des entreprises allemandes occupe la deuxième place après les États-Unis, du fait des constructeurs automobiles
D’après le nouvel indice annuel de Janus Henderson relatif à la dette des entreprises (« Corporate Debt
Index » ou JHCDI), cette dernière battait de nouveaux records avant même que la pandémie ne
commence à peser sur les bilans des entreprises. L’endettement net[[Dette totale moins la trésorerie et les équivalents de trésorerie]] dans le monde s’est hissé à un
niveau record de 8 300 milliards de dollars en 2019, soit une augmentation de 8,1 % par rapport à
l’année précédente. Les ressources des entreprises se sont amenuisées à la suite d’acquisitions
financées par des emprunts, des rachats d’actions de grande ampleur, des niveaux records de
dividendes, et à la suite du « gel » des bénéfices causé par les tensions commerciales et un
ralentissement de l’économie mondiale. La dette nette dans son ensemble a bondi de 625 milliards de
dollars l’an passé, ce qui en fait de loin l’augmentation la plus importante des cinq dernières années.
Depuis plusieurs années, la croissance de l’endettement a été favorisé par les taux d’intérêt très bas
qui rendent peu onéreux le recours à la dette. Par ailleurs, les banques centrales ont encouragé ce
phénomène pour tenter de stimuler les économies.
À l’heure actuelle, l’endettement des entreprises du Corporate Debt Index (les 900 plus grandes
entreprises du monde, hors secteur financier) a cru de pratiquement deux cinquièmes (37 %) par
rapport à 2014, et la croissance de la dette a largement surpassé la croissance des bénéfices. Pour ce
même groupe d’entreprises, les bénéfices avant impôts ont augmenté de 9,1 % dans leur ensemble
pour atteindre 2 300 milliards de dollars. Le taux d’endettement, qui est une mesure du niveau de dette
par rapport à l’apport financier des actionnaires, a atteint le niveau record de 59 % en 2019. La part
des bénéfices dédiée au paiement des intérêts a également atteint un nouveau niveau historique.
Ces tendances se sont toutes accélérées en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19. L’analyse
des marchés obligataires effectuée par Janus Henderson révèle que les entreprises de son indice ont
contracté la moitié de leur dette sous forme d’obligations cotées. Entre le mois de janvier et le mois de
mai, elles ont émis 384 milliards de dollars d’obligations supplémentaires, soit une augmentation de
6,6 % par rapport aux bilans du mois de décembre. Les emprunts bancaires ont aussi connu une forte
augmentation, bien qu’aucun chiffre précis ne soit disponible pour le moment. Janus Henderson estime
que l’endettement net global bondira de 1 000 milliards de dollars cette année, ce qui représente une
augmentation de 12 %.
Plus de la moitié des entreprises de l’indice se sont endettées davantage en 2019, mais relativement
seul un petit nombre d’entre elles ont eu un impact très important. Vingt-cinq entreprises ont emprunté,
à elles seules, 410 milliards de dollars supplémentaires l’an passé, ce qui représente un tiers de l’augmentation de l’endettement de l’ensemble des autres sociétés de l’indice, qui ont, elles aussi, eu
davantage recours à l’endettement.
La société la plus endettée du monde est Volkswagen : son niveau d’endettement net, d’un montant
colossal de 192 milliards de dollars, est proche de celui de la dette souveraine de l’Afrique du Sud ou
de la Hongrie, bien que celui-ci soit gonflé par les étalements de paiement proposés à leurs clients.
Toutes les entreprises n’empruntent pas. Un quart des sociétés de l’indice de Janus Henderson ne sont
pas du tout endettées, et certaines disposent de réserves de liquidités importantes. La plus importante
d’entre elles s’élève à 104 milliards de dollars et appartient à la maison-mère de Google, Alphabet. Ce
qui ressemble à de la prudence n’est toutefois pas souvent très populaire auprès des actionnaires, qui
pourraient faire meilleur usage de ces capitaux.
Tom Ross, gérant de portefeuille d’obligations d’entreprises chez Janus Henderson a déclaré :
« Avec la fin brutale du cycle économique cette année, les entreprises ont atteint un niveau
d’endettement historique pour faire face au ralentissement. Elles se sont empressées d’émettre de
nouvelles obligations ou d’emprunter aux banques pour s’assurer qu’elles avaient suffisamment de
liquidités à disposition pour s’adapter aux mesures de confinement plus ou moins strictes de par le
monde. Certaines entreprises ont bénéficié de mesures de soutien d’urgence de la part des
gouvernements au plus fort de la crise, lorsque leur financement commercial est devenu
temporairement très coûteux. Avec des conditions de marché plus apaisées, grâce au soutien des
banques centrales et à la réouverture progressive des économies, les entreprises chercheront à réduire
leur dépendance aux aides des États, c’est pourquoi nous prévoyons que l’émission d’obligations
continue d’augmenter.
Le financement d’acquisitions, de rachats d’actions et des dividendes par l’emprunt annonce souvent une
récession économique. Cela a certainement été le cas cette fois-ci. À mesure que la récession mondiale
s’installe, les bénéfices et les flux de trésorerie vont fortement diminuer. Cette année, les besoins
d’endettement seront énormes, bien que les entreprises de notre indice ne devraient pas distribuer plus de
300 milliards de dollars de dividendes, ce qui représente une diminution de 140 milliards[[Source : Janus Henderson Global Dividend Index, édition 36, mai 2020]], et bien qu’elles
restreignent considérablement leurs rachats d’actions, qu’elles suspendent leurs acquisitions et qu’elles
réduisent leurs dépenses en capital. La mesure avec laquelle ces nouveaux emprunts seront dépensés ou
conservés sous forme de réserves de liquidités sera déterminante pour beaucoup de choses, tout comme
le nombre de nouvelles actions émises par les entreprises pour renforcer leur bilan. Toutefois, il est évident
que l’année 2020 verra la dette nette des entreprises s’envoler et atteindre un nouveau record, dépassant
de 1 000 milliards de dollars l’année 2019.
L’endettement n’est pas une mauvaise chose tant qu’il est pertinent, car il peut augmenter les
rendements pour les actionnaires. De plus, les obligations présentent également d’intéressantes
opportunités d’investissement. Aussi, avec des taux d’intérêt bas, les entreprises sont, dans l’ensemble,
en mesure de payer les intérêts de leur emprunts. Tant que les entreprises disposent de liquidités
suffisantes pour combler le manque créé par le confinement, nous pensons que les performances des obligations d’entreprises sont susceptibles d’être de plus en plus intéressantes aux yeux des
investisseurs.
Comme pour tout, certaines entreprises font mieux les choses que d’autres. En tant qu’investisseurs
obligataires, nous nous préoccupons avant tout de la capacité d’une société à rembourser ses dettes.
Et surtout, nous rechercherons les signes indiquant qu’une entreprise renforce sa position lorsque les
conditions s’améliorent, en utilisant les excédents de trésorerie pour rembourser les dettes au lieu de
le dépenser ou d’émettre de nouvelles actions dans le but de rééquilibrer les sources de financement,
entre actions et endettement. Cela fait progresser les prix des obligations, et génère des plus-values
pour les investisseurs. »
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