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Taux anormalement bas, dettes excessivement élevées Un paradoxe durable ?

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A la question qui hante l’Asset Management à travers le monde, « Quelles stratégies obligataires dans un environnement de taux bas ? » est immanquablement associé le caractère durable de cet environnement en dépit de son côté paradoxal au regard de la soutenabilité des situations d’endettement.

Le régime de croisière de la dette publique

L’Etat se singularise par le fait qu’il peut emprunter tant que
ses recettes lui permettent d’honorer les paiements d’intérêts
sans recourir à un endettement supplémentaire en une sorte
de roll over permanent. Sous un régime hypothétique de
croissance, d’inflation et de solde primaire constants, la dette
converge si la croissance est supérieure au taux d’intérêt
de la dette. En revanche, la dette diverge vers l’infini si on
cumule un déficit primaire et déficit de croissance, et converge
vers zéro en cas de cumul d’un excédent primaire et d’un
supplément de croissance. En cas de déficit de croissance et
d’excédent primaire, il existe des points charnières dépendant
du niveau initial d’endettement autour desquels la dette
soit se contracte vers zéro, soit augmente indéfiniment. Le
tableau ci-dessous illustre ce mécanisme en partant d’un
endettement initial de 60 %.

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Les critères gravés dans le marbre par le traité de Maastricht
relèvent directement de cette logique tout en faisant implicitement référence aux conditions spécifiques de
croissance, d’inflation et de taux d’intérêt nominal de la
dette qui prévalaient à l’aube des années 1990. Cette fixité
des critères est d’autant plus absurde que lorsqu’on passe
du modèle constant à la réalité changeante apparaît
l’hétérogénéité temporelle des variables-clé. La croissance et
l’inflation concernent des flux, alors que le taux d’intérêt
concerne le stock de dette, dont seulement 40% sont impactés
par une baisse des taux.

La crise de 2008 et la rupture du modèle d’endettement bénin

A partir du choc exogène provoqué par la crise financière et
bancaire issue des subprimes (2008), et du fait des politiques de
relance et de la reprise de facto de dettes privées (bancaires)
insolvables[[P. Artus chiffre à 354 Md € la recapitalisation des banques par les Etats ou les fonds européens entre 2008 et 2014.]], les trajectoires de déficit et d’endettement sont,brusquement sorties du canal à l’intérieur duquel elles pouvaient se perpétuer indéfiniment.

Les marchés financiers ont dans un premier temps sévèrement
sanctionné cette dérive (2010-2011), jugeant que les niveaux
d’endettement atteints mettaient en doute la soutenabilité à
long terme des finances publiques.

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Crise de solvabilité ou crise de liquidité.
La réponse de Mario Draghi, le sauveur.

La singularité de la crise de 2011 est pourtant que si l’on
écarte le cas de la Grèce, résolument insolvable pour cause
de « trucage » budgétaire permanent, les dettes des autres pays
« méditerranéens » se trouvaient en réalité encore assez loin des niveaux préfigurant leur insolvabilité et qu’il s’agit donc
en fait d’une crise aiguë de liquidité des marchés de dettes.

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Pour parer à la contamination du doute quant à la solvabilité
d’UN agent vers la liquidité de TOUS les titres de sa catégorie,
la BCE, sous la houlette de Mario Draghi, a décidé, à l’été 2012,
de restaurer la liquidité des titres de dettes, en la garantissant,
sans limite de volume et de durée (« whatever it takes »). Dès
lors, les rendements obligataires, dans toute la zone euro,
n’ont cessé de décroître, en ligne avec la décrue des taux
directeurs, jusqu’aux niveaux actuels, les plus bas de toute
l’histoire économique moderne.

Le QE en zone euro. Trop tard ?

Début 2015, M. Draghi est passé de la promesse à la réalité en
lançant un QE sans précédent (1100 milliards d’euros), comme
dernière ressource pour combattre la déflation qui menace
en Europe. Pourtant, la politique monétaire accommodante
n’a eu, jusqu’à ce stade, aucun effet notable sur l’activité
réelle en Europe (ce qu’atteste la baisse du multiplicateur
monétaire, à l’instar de celui de la Fed), principalement parce
que la demande de crédit reste atone et que les moteurs de
la croissance (investissement, innovation, demande finale
stimulée par les revenus ou par l’effet richesse) sont tous éteints.

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Son impact direct est donc limité à l’abaissement de la charge
de la dette et au relâchement de l’effort sur le solde primaire
du budget qu’elle autorise. Quant à son impact indirect, il
concerne évidemment la masse et le prix des actifs financiers,
l’une et l’autre progressant de concert par l’effet conjoint de
la croissance inexorable des dettes et de l’abaissement vers
zéro de tous les coûts de refinancement.

LE QE et la réduction des déficits peuvent-ils
vraiment enrayer la dérive de la dette ?

Au rôle de la BCE s’ajoutent, pour expliquer la baisse des
rendements des dettes gouvernementales, d’une part les
contraintes réglementaires pesant sur les acteurs financiers
(Bâle 3 et Solvency 2) et d’autre part une aversion au
risque, culturellement dominante en Europe continentale
et accentuée par les crises à répétition des marchés boursiers.

Cet équilibre peut-il être fragilisé par une dynamique
d’endettement aujourd’hui sous-estimée ?

  • LE QE est-il de nature à combattre efficacement la dérive
    déflationniste, c’est à dire à contrecarrer, notamment
    en agissant sur l’offre de crédit, les effets dépressifs des
    politiques d’assainissement menées pour se conformer aux
    engagements européens en matière de déficits publics ?
  • Ces politiques d’assainissement des finances publiques
    sont-elles à même de rétablir des niveaux de soldes
    budgétaires primaires suffisants pour enrayer la progression
    de l’endettement ?
  • Si les réponses aux points ci-dessus sont négatives, la
    croyance dans la capacité des Banques centrales à « tenir »
    éternellement la dette pourrait-elle alors être soudainement
    mise en cause, dans un processus de passage sans transition
    de l’unanimité au chaos ? La situation actuelle relève en
    effet d’une polarisation mimétique, pour partie spontanée
    (le safe-haven ) et pour partie contrainte (Solvency …).
    Les actifs sans risque, objets d’un déséquilibre croissant
    entre offre et demande, voient leur prix monter (leur
    rendement baisser) inexorablement tant qu’ils restent
    décrétés sans risque. La question de la rupture brutale
    du consensus et de l’entrée instantanée dans un régime
    chaotique renvoie alors à l’homogénéité de détention
    des dettes souveraines. Le cas du Japon, dont la dette
    atteint des niveaux extravagants mais reste détenue
    par les épargnants japonais et par la BoJ (60%), semble
    montrer que le paradoxe peut perdurer sans aucune
    remise en cause … Mais les dettes européennes sont
    largement détenues par des acteurs non-européens. Des
    considérations extra-financières (géopolitiques) pourraient
    alors se joindre au débat.

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