Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

Une prise de risque accrue est la solution à la crise

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Le financement des retraites constitue un défi à relever dans un contexte de vieillissement rapide des populations, plus particulièrement dans les pays développés et ceux dits émergents. Le problème étant de taille et pressant, des solutions apparaissent ici et là, qui préconisent des modalités découlant des spécificités locales.

Le financement des retraites constitue un défi à
relever dans un contexte de vieillissement rapide
des populations, plus particulièrement dans les
pays développés et ceux dits émergents. Le
problème étant de taille et pressant, des solutions
apparaissent ici et là, qui préconisent des
modalités découlant des spécificités locales. Trait
commun de ces solutions : la création de fonds de
pensions, souvent à cotisations définies et
obligatoires, qui apparaissent comme l’un des
éléments de solution au problème, notamment du
fait de leur contribution non seulement au
financement à long terme des personnes âgées,
mais aussi des économies. En termes de gestion,
il s’agit de se doter à long terme d’une allocation
qui privilégie les actions, en sorte de sinon garantir
du moins protéger et/ou valoriser au mieux
l’épargne des futurs pensionnés.

Démographie : tous logés à la même enseigne

Dans pratiquement tous les pays développés et
émergents, les craintes sont communes sur la
viabilité du système de financement des retraites.
Elles s’appuient sur un double constat. Le premier
est le vieillissement rapide de la population, qui
résulte de deux phénomènes concomitants :
l’augmentation constante de l’espérance de vie et
de faibles taux de fécondité[[Pour les pays en question, ces taux s’étalent de 1,2 enfant par femme au Portugal à 1,9 aux Etats-Unis et France, soit des taux en dessous du niveau requis pour assurer le renouvellement
des populations.]].
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L’accroissement du poids des inactifs par rapport à
la population active en est la conséquence : 1,9
actif pour un retraité en 2015, contre 2,5 en 1990
(il en avait 3,0 en 1970). Outre le vieillissement,
ceci s’explique en partie par un ralentissement de
la croissance de la population active. Selon les
projections de l’INSEE, le nombre d’actifs devrait même légèrement se réduire jusqu’en 2030. Il se
maintiendrait ensuite entre 28,2 et 28,5 millions
jusqu’en 2050, ce qui devrait se traduire par 1,4
actif pour un inactif à cet horizon.

Le second constat a un lien avec la diminution de
la durée de la vie active, et donc un service de
rentes de plus en plus long, expliquée par l’entrée
plus tardive des jeunes sur le marché du travail. Si
ce phénomène est à relativiser par l’arrivée sur le
marché d’une main d’oeuvre plus qualifiée et en
principe plus productive, le problème du
financement des retraites reste néanmoins entier.

Le compte à rebours a commencé, et certains
pays ont pris les devants

Au-delà des variables démographiques, la viabilité
du système passe par la capacité des pays à
innover et moderniser leurs économies, afin de
générer suffisamment d’emplois entrainant des
revenus et donc des droits à la retraite… Cette
évolution demandant des flux de financement
réguliers et longs, c’est là justement que les fonds
de pension peuvent jouer un rôle de premier plan,
par rapport aux systèmes fondés sur la répartition.

A cet égard, de nombreux pays ont innové dans ce
domaine à des degrés divers et selon des
modalités différentes. Trois exemples, en dehors
des « classiques » anglo-saxons, pour illustrer nos
propos. Parmi ceux-ci on retrouve : le Chili qui a
réalisé il y a 35 ans une réforme de fond en comble
de son système de sécurité sociale dont le mode
de financement des pensions ; la Suède qui, après
10 ans de négociations, tout en réformant la
retraite en répartition, avec en toile de fond un
mécanisme d’équilibrage automatique conçu pour
s’adapter aux modifications des variables
démographiques et économiques, a introduit il y a
15 ans une dose de capitalisation individuelle
obligatoire à hauteur de 2,5% (sur une cotisation
globale de 18%) ; et le Japon, qu’il y a 10 ans a
procédé, entre autres réformes dans ce domaine,
à la création du plus grand fonds de pension public
au monde (le GPIF-Government Pension
Investment Fund), qui gère un équivalent à 25% du
PIB, soit un tiers des actifs totaux des fonds de
pensions publics et privés japonais (plus de 3000
milliards de dollars ou 75% du PIB).

Concernant la France, sachant que pour le
moment le thème des fonds de pensions reste pour
ainsi dire tabou, et que ce type de négociations est
par nature de longue haleine, la question se pose
de savoir à quel moment allons-nous commencer
à faire le nécessaire pour leur mise en place. Ceci
devient d’autant plus urgent que les flux financiers
des ménages, outre se placer majoritairement sur
des supports l?quides, faiblissent d’année en
année.
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Une digression nécessaire : mais à quoi
servent les fonds de pension ?

Pour y répondre, prenons le cas du Chili, pays
pionnier dans ce domaine, qui a rapidement
substitué des fonds de pensions à cotisations
définies individuelles obligatoires à son ancien
système en répartition. Ceci dans le cadre d’une
série de profondes réformes des institutions (dont
les finances de l’Etat) et une remise à plat radicale
du mode de financement de son système de
sécurité sociale qui était très fragmenté,
hétérogène et en déficit permanent et croissant
(plus de 100 régimes différents chacun avec ses
réglementations et multiples autorités de tutelle).
Cela nous rappelle-t-il quelque chose ?

S’il n’est pas le seul facteur explicatif, l’introduction
de fonds de pension a largement contribué à une
rapide accumulation de capitaux[[En 1990, dix années après l’introduction de ces fonds, leurs
actifs représentaient 30% du PIB du Chili, 70% aujourd’hui.]] et renforcé,
substantiellement, l’économie du pays et l’emploi.
Charité bien ordonnée commence par soi-même,
en cohérence avec les objectifs des réformes,
pendant ses premiers 15 ans les fonds ne
pouvaient être investis que dans des titres locaux.
Ceci a donné pour résultat la mise à disposition des
émetteurs chiliens de flux annuels réguliers
d’épargne (de l’ordre de 2% du PIB).

Point important, une fois l’économie ayant atteint
un bon niveau de développement, la structure des
placements a depuis progressivement évolué vers
une diversification – internationale – accrue des
portefeuilles. Ainsi, les valeurs à revenu variable (actions et fonds orientés actions) représentent
aujourd’hui plus de 40% des réserves totales des
fonds de pension. Ceci explique probablement les
performances des fonds de pension de ces 12
dernières années, dont la rentabilité réelle (hors
inflation) des multi-fonds qui les composent s’étale
de 4,1% pour ceux à profil prudent, jusqu’à 8,6%
en moyenne annuelle pour ceux investis
principalement en actions.

Un véritable cercle vertueux à déclencher

Afin de se redonner de l’optimisme, et surtout pour
soutenir la croissance, l’innovation et l’emploi avec
ses propres ressources, à l’instar de certaines
expériences en cours, la France a besoin
d’amorcer un tel cercle vertueux.

Si l’on prenait pour base un taux de cotisation égal
à 2,0-2,5% des rémunérations, sur 10 ans un tel
système représenterait un cumul de réserves
d’environ 160-200 milliards d’euros venant
abonder les patrimoines des ménages, notamment
les plus jeunes disposant aujourd’hui de taux
d’épargne fa?bles ou négatifs. Cela signifierait de
même, chaque année, des flux de capitaux à
investir dans l’économie – aujourd’hui inexistants –
de 15 à 20 milliards.

Au moins deux conditions fortes à réunir pour
assurer le bon fonctionnement des futurs fonds de
pension en France :

  • des stratégies de gestion actives qui
    privilégient les actions sur un horizon de long
    terme, permettant de rechercher, et de trouver,
    des opportunités d’investissement rentables
    encore inexploitées au profit des futurs
    pensionnés ;
  • et, condition sine qua non, un contexte
    institutionnel et une régulation adaptés et
    stables qui incitent à la prise de risques et
    notamment aux investissements dans
    l’économie réelle.

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