Alors que les cours pétroliers sont tombés sous la barre des 30 $ le baril en janvier
du fait des craintes de surproduction et d’une demande moindre de la part de la
Chine due au ralentissement économique, les marchés financiers du monde entier
ont accusé un recul proche d’une tendance baissière.
Quatre experts de l’investissement de Natixis Global Asset Management partagent
leurs opinions sur l’importance de la faiblesse des cours pétroliers pour les
investisseurs en actions et en obligations, l’offre et la demande, et les opportunités
créées par la récente correction sur le marché.
Outre le ralentissement de la
croissance en Chine, le prochain
sujet d’inquiétude sur les marchés
mondiaux des actions est le
cours du pétrole. Aujourd’hui,
subitement, l’effondrement du
cours du pétrole serait néfaste
pour les marchés ? Certes,
la raison pour laquelle nous
n’écoutons pas tous les grands
pontes de l’économie aux
actualités quotidiennes est que
ce sont les mêmes qui nous
affirmaient, il y a seulement
quelques années, que le pétrole
allait dépasser les 200 $ le baril et
que la demande excéderait l’offre.
Or, aujourd’hui, le pétrole se situe
aux alentours de 30 $ le baril. Je
dirais même que nous sommes
passés d’un extrême à l’autre.
Une hausse de la demande
pétrolière due à la faiblesse
des cours
A mon avis, la demande pétrolière
n’est pas en chute libre, comme
semble l’indiquer le cours.
En effet, nous constatons un
redressement de la demande
pétrolière. Par exemple, le nombre
moyen de miles parcourus
aux Etats-Unis a augmenté de
plus de 4 %, selon les chiffres
du Ministère américain des
Transports. Inversement, les
miles parcourus étaient en
recul en période de prix élevés
du pétrole et de l’essence. Par
ailleurs, tandis que les Toyota
Prius prennent la poussière chez
les concessionnaires, les 4X4
se vendent comme des petits
pains. Nous nous adaptons
donc à ce changement de prix
et le consommateur, à tort ou à
raison, augmente son kilométrage
et achète des véhicules plus
puissants.
En outre, si l’économie mondiale
progresse aux taux prévus par la
Banque Mondiale au cours des
cinq prochaines années, nous
allons continuer à consommer
davantage de pétrole.
Epuisement des réserves offshore
Les ressources et réserves
pétrolières les plus onéreuses
sont situées en mer, ce qui
représente environ 20 % de l’offre
globale. Le forage offshore se
réduit d’environ 8 % à 12 % par an
si les entreprises n’y consacrent
pas davantage de dépenses en
capital. Par conséquent, avec un
cours pétrolier largement inférieur
à 80 $ le baril, le coût du forage
offshore devient prohibitif. Ainsi,
il faut s’attendre à une réduction
de ces sources offshore et à une
évolution rapidement négative,
ce qui contribuera à diminuer les
réserves de pétrole.
La volatilité, source d’opportunités
Les cours des actions sur les
marchés mondiaux ont fortement
reculé en janvier. Toutefois,
la valeur à long terme des
entreprises de haute qualité n’est
pas affectée selon nous. C’est
l’occasion de tirer parti de la
volatilité du marché due à divers
facteurs non fondamentaux.
Par ailleurs, il convient de noter
que le niveau bas des prix de
l’énergie peut se révéler une
aubaine pour les consommateurs,
qui dépensent désormais moins
d’argent pour leur consommation
d’essence et de chauffage. Ils ont
maintenant davantage d’argent en
poche à dépenser, ce qui contribue
à alimenter l’économie.
Selon nous, le marché obligataire
est très inefficace pour évaluer les
risques spécifiques, tels que la
chute brutale du cours pétrolier et
son effet sur les crédits d’énergie.
Lorsque les titres se négocient en
deçà de leur valeur intrinsèque,
ou du cours que l’entreprise
mérite vraiment à nos yeux, c’est
souvent le moment d’acquérir
des titres triés sur le volet et de
les détenir pendant un certain temps. Cela dit, la période est à
mon avis plutôt favorable pour les
investisseurs obligataires.
Des opportunités sur le segment des obligations à haut rendement
Le secteur des obligations
américaines à haut rendement
émerge tout juste d’une de ses
années les plus difficiles, après
avoir enregistré la troisième perte
la plus importante pour une année
calendaire, après 2008 et 2000.
Notons que ce phénomène a eu
lieu en l’absence de récession
aux Etats-Unis. Par ailleurs, nous
avons constaté que lorsque les
investisseurs quittent le segment
à haut rendement, ils ne se
contentent pas de céder leurs
obligations liées à l’énergie,
mais ils se défont également
des émissions des secteurs non
liés aux matières premières.
Désormais, en ce début 2016, il
existe une décote d’environ
86 cents, ce qui constitue un
point d’entrée attractif sur le
marché à haut rendement.
De fortes décotes dans le secteur de l’énergie
Aujourd’hui, le marché des
obligations à haut rendement
se divise entre le secteur des
matières premières et les autres
secteurs. Par exemple,
si l’on retire l’indice énergétique
du marché américain à haut
rendement, le cours moyen se
situe juste en deçà de 58 cents
(au 4 février). Ainsi, cela montre
que les obligations à haut
rendement dans le secteur de
l’énergie se négocient à des niveaux nettement inférieurs
à l’ensemble du marché à
haut rendement. Les cours
actuels suggèrent également
qu’un tiers ou plus d’émetteurs
supplémentaires vont faire défaut
dans le secteur de l’énergie. Selon
nous, le nombre de défaillances
ne sera pas aussi élevé, et les
prix de l’énergie ne vont pas
rester longtemps très bas. Par
conséquent, nous sommes
convaincus qu’il existe plusieurs
opportunités intéressantes
dans ce domaine, à savoir des
entreprises affichant des coûts
de rentabilité relativement faibles
sur un cycle complet et qui ont la
capacité de résister à deux ans de
passage à vide.
Une demande pétrolière
constante
Même en Chine, malgré le
ralentissement économique,
le pétrole est consommé en
abondance. Il y a davantage de
véhicules en circulation et la
Chine représente le premier
marché des SUV dans le monde.
Les importations pétrolières de la
Chine enregistrent une croissance
annualisée d’environ 4 %.
Il existe toutefois d’autres moteurs
de croissance, notamment aux
Etats-Unis. Cet effondrement
du pétrole n’est donc pas induit
par la demande, mais par l’offre,
et nous sommes aujourd’hui
manifestement en présence d’un
problème de surproduction. Cela
dit, il ne faut pas s’attendre à un
ajustement des stocks par l’OPEP,
mais par l’Amérique du Nord.
Dans l’ensemble, nous allons
selon moi probablement assister à
une remontée des cours pétroliers d’ici la fin de l’année. Les réserves
pétrolières devraient continuer
à se restreindre en 2017, et les
marchés financiers et les marchés
des changes vont commencer
à intégrer cette tendance,
notamment les devises sensibles
aux variations des cours des
matières premières.
Au vu des cours pétroliers et
des autres questions macroéconomiques
qui provoquent la
correction sur le marché en janvier,
je ne vois vraiment rien d’alarmant
en tant qu’investisseur à long
terme. En effet, je considère cet
épisode comme une occasion
d’acquérir des titres triés sur le
volet à des cours très attractifs.
Le repli du marché est source
d’opportunités.
L’un des actifs les plus abordables
dans le monde actuellement est
le baril de pétrole. L’ensemble du
secteur E&P (pôles exploration et
production du secteur du pétrole
et du gaz) ferait faillite si le baril
de pétrole restait à 30 $ ; un
changement est donc nécessaire,
manifestement. Je suis convaincu
que les cours pétroliers vont se redresser en 2016. Il existe
des stocks excédentaires dans
plusieurs secteurs (pétrole,
industrie, distribution, etc.). Par
conséquent, une fois ces stocks
résorbés, les cours vont repartir
à la hausse.
Perspectives énergétiques
Même si le monde connaît
actuellement une surproduction
pétrolière, l’offre a commencé à
se réduire nettement. Aux Etats-
Unis, de nombreuses plateformes
de forage ont déjà été démontées.
Selon moi, l’offre excédentaire
atteint seulement un million et
demi de barils. Ce chiffre est bien
loin de celui des années 1980
lorsque l’OPEP et l’Arabie Saoudite
affichaient une surcapacité
nettement supérieure. A l’époque,
elles pouvaient surproduire
pendant des années et acculer
leurs concurrents à la faillite.
Aujourd’hui, elles ne disposent
plus de tels niveaux de stocks.
En outre, il suffit d’une légère
augmentation de la demande pour
résorber le stock actuel. Le monde
ne peut produire la quantité de
pétrole nécessaire à 35 $ le baril.
Les chiffres nous indiquent une
demande pétrolière soutenue.
Par conséquent, nous allons
assister à une contraction de la
production de pétrole d’ici 12 à
18 mois, à moins, bien entendu,
d’un repli marqué de la demande.
Lorsque les cours pétroliers
baissent, la demande tend
à augmenter. La demande commence donc à évoluer
de manière très satisfaisante,
actuellement. A mon avis, nous
pouvons produire toute l’énergie
dont nous avons besoin dans le
monde à environ 90 $ le baril.
D’autre part, de 80 $ à 90 $ le
baril, le forage offshore n’est
sans doute pas nécessaire. Par
conséquent, les foreurs offshore,
ainsi que les fournisseurs offshore,
vont probablement cesser leur
activité, ce qui à son tour va
restreindre l’offre pétrolière.
Des opportunités offertes par certaines petites capitalisations
Il existe selon nous des
opportunités intéressantes chez
les petites entreprises dans
certains segments du secteur
énergétique. Par exemple, les
entreprises qui fournissent des
services aux raffineries vont tirer
leur épingle du jeu, mais le marché
ne fait pas la distinction. Ainsi,
après la correction opérée sur le
marché, les cours de leurs titres
sont désormais attractifs. Selon
un proverbe à Houston : « Short
the west side and go long the east
side. » Les raffineries sont du bon
côté.
Globalement, chez Vaughan
Nelson, notre horizon est de trois
ans, et non de trois mois. Nous ne
sommes donc pas préoccupés par
les effets à court terme des cours
pétroliers.
Si l’on analyse les données et les
fondamentaux des marchés, je ne
crois pas que l’évolution du cours
du pétrole laisse présager une
récession généralisée. La chute
des cours du pétrole de 100$ à la
mi-2014 à près de 28$
(au 20 janvier) est causée par un
mélange complexe de facteurs
dont :
- une demande molle
- une augmentation de l’offre
- un dollar plus fort
En fait, la demande mondiale
n’est pas forte, mais progresse
toujours. A la limite, nous pensons
que la majeure partie de la baisse
correspond à un excès d’offre, pas
d’une demande insuffisante.
La technologie de fracturation
américaine additionnée à la
réticence de l’OPEP à freiner
sa production a entraîné les
prix vers le bas. Nous estimons
que la chute étant davantage
liée à un surplus d’offre qu’à un
problème de demande, elle n’est
probablement pas un signe avant-coureur
d’une récession mondiale.
La demande devrait toutefois
croître modestement car le prix
bas du pétrole ne rend pas les
consommateurs plus riches cette
année que l’année passée.
Le pétrole n’est pas déprécié à jamais
Nous pensons que le cours du
pétrole est anormalement bas
à ce tarif. Même si le coût de
production autour du monde varie
selon le type de pétrole extrait,
nous pensons qu’un prix inférieur
à 40$ entraînera au final une
réduction de la production.
Actuellement, cependant, certains
producteurs sont couverts, en
ayant vendu leur production
d’avant à des prix plus élevés.
Nous pensons que quelques pays
producteurs vont continuer à
augmenter leur production, alors
que le prix baisse, pour soutenir
leurs rentrées fiscales et assurer
leurs dépenses sociales. De plus,
les stocks sont à des plus hauts
historiques.
Cette situation n’est pas
permanente. J’anticipe que le flux
de production de pétrole
se réduira avec le temps et
s’alignera avec la demande molle.
Ainsi, nous estimons que le prix
devrait rebondir à des niveaux
proches de 45 à 65 $ sur ce
nouvel équilibre. Mais cela pourrait
prendre entre 6 et 18 mois pour y
arriver.




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