Deux semaines plus tôt, une victoire d’Hillary Clinton aux élections présidentielles semblait acquise. La carte électorale et le système des grands électeurs favorisent les démocrates. La performance de Donald Trump lors de
ses débats et la diffusion d’enregistrements peu flatteurs avaient nui à sa candidature, mais l’annonce par le FBI de la réouverture de l’enquête sur les mails d’Hillary Clinton a eu pour effet de rebattre les cartes. En l’espace
de quelques jours, la probabilité d’une élection de Donald Trump a fortement progressé, de 15 à 35% selon certaines estimations. Si l’arithmétique pré-électorale favorise Hillary Clinton, le momentum semblait être repassé du côté de Donald Trump. Depuis, le FBI a confirmé dimanche 6 novembre son opinion de juillet, à savoir l’absence de poursuite contre Hillary Clinton. Quels impacts et quelles conséquences sur les marchés faut-il attendre de ces élections ?
IMPACT CONCRET
Premièrement, les décisions politiques ont des
conséquences concrètes sur l’activité des entreprises,
comme le changement de normes, la mise en œuvre
de plans de relance, l’augmentation ou la baisse des
droits de douane, etc. Ces conséquences mettent
toujours du temps à se diffuser dans l’économie et à
avoir un impact sur le résultat des entreprises. Par
ailleurs, l’écart peut être grand entre les discours de
campagne et la réalité de l’exercice du pouvoir. La
politique repose sur des procédures qui rendent
souvent le compromis nécessaire : il faut avoir à
l’esprit les très nombreux contre-pouvoirs qui entourent
la fonction présidentielle aux États-Unis, le président
devant négocier avec le congrès sur de très nombreux
sujets. Si la chambre des représentants va
probablement rester dominée par les républicains, il
n’est pas impossible que le Sénat bascule à nouveau
du côté démocrate, ce qui devrait maintenir un
processus décisionnel compliqué à Washington. Il y a
donc fort à parier qu’une fois élu, Donald Trump se
montrerait beaucoup plus pragmatique qu’il ne semble
l’être. De même si Hillary Clinton est élue, sa capacité
à mener des politiques inspirées par l’aile gauche des
démocrates serait limitée. Les délais et l’incertitude qui
entourent ces conséquences lointaines font qu’elles
sont difficilement intégrées par les investisseurs dès
l’issue du scrutin.
IMPACT « PSYCHOLOGIQUE »
Deuxièmement, ces événements ont un impact
« psychologique » qui est sans doute le plus important
pour les marchés. Si la confiance est ébranlée, les
perspectives économiques et les conditions financières
peuvent en pâtir. Ce canal de transmission à l’activité
économique peut être beaucoup plus rapide, mais
comme dans le cas du Brexit, il n’est pas automatique
et donc difficile à prévoir. Comme nous avons pu le
constater au début de l’été, lorsque les marchés sont
confrontés à ce genre de situation, ils réagissent de
manière épidermique en cas d’issue défavorable,
avant de revenir à la normale.
UN CONTEXTE POLITIQUE INCERTAIN
Cette campagne électorale est le reflet d’une situation
politique compliquée aux États-Unis, comme elle l’est
ailleurs dans le monde. Une large partie de la classe
moyenne des pays occidentaux se sent laissée pour
compte et exprime son désarroi dans les urnes, mais
on peut aussi constater que les partis qui expriment
cette colère ont du mal à arriver au pouvoir (Cf.
Podemos en Espagne) ou alors, une fois élus, se
recentrent (Cf. Syriza en Grèce). Peut-être en sera-t-il
de même si Donald Trump remporte les élections ?
CONCLUSION
Le scénario le plus probable reste sans doute une élection d’Hillary Clinton, mais les marchés ont intégré la plus
grande probabilité d’une élection de Donald Trump. Cela signifie donc que l’évaluation des risques est sans doute plus
équilibrée qu’elle ne l’était lors du vote britannique, et que la réaction des marchés à une élection de Trump pourrait
être moins violente qu’elle ne l’a été le 24 juin. Pour la suite, le scénario d’un rebond des marchés devrait à nouveau
se vérifier. En cas de victoire d’Hillary Clinton, les marchés devraient rapidement revenir aux fondamentaux qui sont
porteurs pour les actifs risqués avec des publications de résultats favorables, une amélioration de la conjoncture et la
perspective de hausse des taux de la Fed.


Ajouter un commentaire