Pourtant, les réserves d’enthousiasme semblent
encore abondantes. Elles se sont simplement déplacées des placements liquides aux placements peu liquides, à
tel point que les autorités financières commencent à attirer l’attention sur les risques que font peser cette
ascension de l’illiquide sur le système financier international. Sans pour autant inquiéter les investisseurs qui
continuent à plébisciter ces actifs.
Si les investisseurs ont connu de sévères excès d’optimisme au cours de ce cycle boursier, il s’avère difficile
d’en trouver trace aujourd’hui, même si la plupart des marchés actions se situent près de leurs plus hauts
récents. Le comportement des marchés au cours du quatrième trimestre 2018 semble avoir laissé des traces :
nombreux seraient ceux qui refusent d’aborder la fin d’année très investis alors que le souvenir de la débâcle de
2018 est encore aussi frais. C’est ce que la finance comportementale nomme le biais de « disponibilité
cognitive ». Et il semble jouer à plein auprès des investisseurs ces derniers temps. En effet, depuis le début de
l’année, les investisseurs ont été particulièrement actifs : alors qu’environ 470 milliards de dollars sont allés
trouver refuge dans les fonds monétaires, ce sont 221 milliards de dollars nets qui sont sortis des fonds actions
au cours de la même période[[Source BofA Merrill Lynch, 24/10/19]]. Il s’agit de mouvements sans précédent, qui reflètent au moins pour partie des
craintes liées à la guerre commerciale, au Brexit et plus généralement à une fin prématurée du cycle. Et si les
actifs américains sont encore relativement soutenus par les investisseurs, le sentiment vis-à-vis des autres
marchés actions mondiaux se trouve pour le moins déprimé à en croire une récente étude sur leur
positionnement[[ Source Global Fund Manager Survey,
octobre 2019, BofA Merrill Lynch]].
Pourtant, par le passé, les périodes de trois et six mois qui ont débuté le premier
novembre ont été les meilleures pour les marchés actions. Il semble que la saisonnalité ne convainc pas la
majorité des investisseurs.
C’est que la majorité des investisseurs semble préférer tout aux actions. Les obligations bien sûr, qui drainent la
majeure partie des capitaux liquides, mais aussi de nombreux placements peu liquides qui, pour diverses
raisons, tendent à rassurer.
Dans son dernier rapport concernant la stabilité du système financier global, le Fonds Monétaire International
attire à nouveau l’attention sur les difficultés et dilemmes auxquels sont confrontés les investisseurs et en
particulier les investisseurs institutionnels dans un contexte de taux qui ne cessent de baisser. Se cumulent dès
lors des risques qui menacent à terme la stabilité du secteur financier mondial, selon le Fonds Monétaire
International. En effet, dans un monde où la part des obligations à rendement négatif sur le marché est passée
de 5% en 2015 à plus de 25% actuellement[[Source Global Financial Stability
Report, FMI, octobre 2019]], les investisseurs institutionnels sont contraints d’aller chercher
toujours plus de risque afin de trouver les niveaux de rendement leur permettant de faire face à leurs
obligations de passif. Ainsi, les investissements dits alternatifs (private equity, dette privée, immobilier,
infrastructure) représentent aujourd’hui plus de 20% de leurs allocations contre 5% en 2007 selon le FMI et
attirent de plus en plus de capitaux. En Europe, ils cumulent plus de 1000 milliards d’euros, soit une
progression de 24% par rapport à 2015[[Source Les Echos, octobre 2019]]. Cette inflation des capitaux en jeu favorise la création de bulles sur
les marchés sous-jacents. Outre-Atlantique, on nomme licornes les sociétés non cotées dont la valorisation
dépasse le milliard de dollars. L’indice équipondéré Prime Unicorn les recense et compte toujours plus de membres : 134 sociétés aujourd’hui pour une valorisation totale estimée à 488 milliards de dollars, dont plus de
la moitié concentrée sur dix titres. Sa performance s’établit à 131% depuis sa création le 17 août 2017. Sur la
même période, le S&P 500 a progressé de 29% et l’EuroStoxx 50 de 10%[[ Performances au 23/10/19, indices
dividendes réinvestis, en devises locales,
source Bloomberg]]. WeWork est la deuxième valeur de
l’indice, à en juger par sa valorisation estimée. C’est maintenant à son tour, après Uber, de voir sa valorisation
fondre et passer de 47 milliards de dollars en janvier dernier à moins de 8 milliards aujourd’hui, après une
tentative avortée d’introduction en bourse, révélant de pertes significatives dans ses comptes[[ Source Bloomberg]]. Le cocktail
licornes – taux négatifs semble explosif.
Quelques changements ont été réalisés dans les stratégies multi-gérants Invesco au mois d’octobre. Sur la
partie actions, l’exposition a été accrue de manière significative là où cela était possible, principalement sur le
marché japonais mais aussi sur l’Europe et les marchés émergents. Alors que les données macro-économiques
montrent des signes de stabilisation, la guerre commerciale et le Brexit semblent connaître une période de
répit. Etant donnée la saisonnalité très positive à partir du mois de novembre, l’ensemble de ces éléments
pourraient continuer à soutenir les marchés alors même que les investisseurs se sont rarement autant tenus en
retrait dans un contexte de marchés si performants. Un positionnement prudent est maintenu sur les
obligations, en privilégiant les actifs offrant encore un rendement, comme le high yield ou la dette émergente,
au détriment d’obligations gouvernementales développées toujours moins attractives. Sur la partie devises, une
exposition limitée au dollar américain est maintenue et les devises émergentes à haut rendement sont
privilégiées.
Alors que la saison des résultats trimestriels se déroule sans mauvaises surprises massives et que les dernières
nouvelles du Brexit ont repoussé encore un peu l’échéance critique, les conditions semblent remplies pour
que la fin de 2019 s’avère moins désagréable que la fin de 2018. A l’heure où, en France, le secteur financier
cherche à diriger l’épargne individuelle vers les marchés, une performance annuelle à deux chiffres sur les
marchés actions pourrait constituer une incitation supplémentaire. Les performances passées ne préjugent pas
des performances à venir. Mais il peut arriver qu’elles suscitent l’intérêt.
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