Les actions américaines ont perdu plus de 2 % vendredi,
entraînant l’ensemble des marchés dans leur sillage. Cette
baisse a été déclenchée par le rapport sur l’emploi qui montre
une accélération des tensions sur le salaire horaire, indiquant
potentiellement un retour de l’inflation, « enfin », serait-on tenté
de dire ! C’était en effet le but recherché des Banques Centrales,
et notamment de la Fed. Ceci change potentiellement les
perspectives sur les taux d’intérêt. Pour l’instant, 3 ou 4 hausses
de 25 pb sont attendues cette année, la première en mars.
Cette correction intervient toutefois après un début d’année
particulièrement positif à la faveur de flux d’investissement
records.
L’indice S&P 500 a ainsi gagné 5,6 % en janvier après
avoir été jusqu’à + 7,5 %. Il s’agit de la plus forte progression
pour un mois de janvier depuis 1997, et du 15e mois consécutif
de progression ! Les actions européennes ont également
progressé de près de 4 % en janvier, et les marchés émergents
de l’ordre de 7 à 10 %…
Cette bonne orientation se justifie aisément : les perspectives
de croissance sont revues à la hausse et les indicateurs avancés
économiques publiés depuis le début de l’année montrent que
la dynamique est très bonne, un peu partout dans le monde.
Ainsi, les estimations de croissance de bénéfices des entreprises
sont révisées à la hausse. Par exemple, les attentes
concernant le bénéfice par indice S&P 500 sont passées de
145 USD mi-décembre à 156 USD aujourd’hui, et 179 pour 2019.
De ce fait, le PER 2018 des actions américaines est désormais
de 17,7 et celui de 2019 de 16, ce qui reste plutôt dans ses
normes historiques élevées, mais pas excessives. Ce début
d’année confirme donc les vues positives que nous avions
exprimées dans notre publication de décembre. Faut-il
changer d’appréciation ?
Nous évoquions trois indicateurs de risque à surveiller, susceptibles
de remettre en cause notre scénario central positif :
1 – Les taux d’intérêt. Il s’agit du paramètre fondamental.
Le niveau des taux détermine naturellement le niveau de
valorisation de tous les actifs. Et il est vrai que les taux
remontent, et vite ! Nous avons ainsi gagné près de 50 pb
sur les rendements obligataires américains et sur le Bund.
Le rythme rapide inquiète les marchés et nous nous approchons
de la zone technique et pivot très importante de 3 %
sur le T-notes US 10 ans. Un franchissement marqué de ce
niveau serait en effet problématique et pourrait déclencher
des ventes stop d’obligations. Ce n’est pas encore le cas.
2 – Le marché des devises et une éventuelle guerre des
changes accentuée par un décrochage du RMB orchestré
par la Banque de Chine. Pour l’instant, la monnaie chinoise
reste stable. Dans ce domaine, c’est surtout l’Euro qui
monte contre pratiquement toutes les devises, et notamment
le dollar. La parité euro/dollar s’approche en effet
de la zone très importante de 1,25. Un franchissement
net à la hausse donnerait le signal d’une poursuite du
mouvement et remettrait ainsi en cause le scénario économique
européen.
3 – Un flash krach potentiel créé par des éléments purement
financiers et auto réalisateurs. Effectivement, c’est possible.
Le Vix, que nous suggérions de surveiller, est sorti d’une
longue phase de stabilité à de très bas niveaux. Il est passé
de 10 à 15 en quelques jours… De nombreux vendeurs de
volatilité vont devoir se racheter et il peut y avoir des ordres
« automatiques » déclenchés par ce phénomène.
En conclusion, les taux remontent pour de bonnes raisons
(croissance/inflation/normalisation progressive des politiques
monétaires) mais les mouvements de marchés sont trop
rapides et créent des perturbations. Une poursuite de
l’agitation actuelle et de la correction sont possibles et peuvent
être violentes (flash krach). En revanche, nous pensons que ces
phases devraient être mises à profit pour investir. La zone de
3 % sur le T-Note devrait être difficile à franchir, de même que
le niveau de 1,25 sur l’euro/dollar. Les conditions globales
macro et micro-économiques restent positives.
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