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La politique d’investissement de la Chine : Une volonté d’expansion affichée

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L’un des objectifs affichés du projet OBOR est de rattraper le retard dans les infrastructures en Asie, dont le besoin est estimé à 900 milliards de dollars par an dans les 10 prochaines années. Les premiers bénéficiaires sont les entreprises du secteur du ciment en Asie et les équipementiers chinois.

LE PRÉSIDENT XI JINPING ACCÉLÈRE SA COMMUNICATION
SUR LES « NOUVELLES ROUTES DE LA SOIE ». DOIT-ON
Y VOIR UNE MODIFICATION MAJEURE DE LA STRATÉGIE
EXTÉRIEURE CHINOISE ?

Il est clair que l’intervention du président chinois au forum
de Davos, favorable à la globalisation, a été de nature à
surprendre, mais il convient de la replacer dans un contexte
particulier. En effet, la Chine, depuis 2012 doit faire face à
un essoufflement de son modèle de croissance reposant sur
l’investissement et l’exportation. M. Xi a choisi dès 2012 de
projeter la puissance économique de la Chine vers l’Europe
à travers l’Asie centrale, afin de contrecarrer l’isolement du
pays sur son côté Est.

Mais il s’agit également d’un choix stratégique conduit
par des impératifs de politique intérieure. En effet lors
du XVIIIème congrès du Parti communiste en 2012 les
objectifs pour les deux centenaires ont été définis. Le
1er centenaire, en 2021, celui de la création du Parti
communiste chinois, doit constater que la Chine est
devenue une société prospère, ce qui se mesurera par le
doublement en 2021 du PIB par tête par rapport à 2010.
L’autre centenaire, en 2049, est celui de la fondation
de la République populaire de Chine. C’est l’adoption du
concept de « rêve chinois », c’est-à-dire l’aboutissement du
développement conduisant à un « pays socialiste, prospère,
fort, démocratique, culturellement avancé, harmonieux et
moderne » d’ici 2049 ! La réalisation de ces deux objectifs
repose sur le maintien d’un taux de croissance élevé.
Pour
cela, avec la volonté d’un rééquilibrage de l’économie et
d’un développement plus durable, il convient de générer
une demande étrangère substantielle pour les produits
manufacturés chinois, mais aussi pour l’industrie lourde.

MAIS QU’ENTEND-ON PAR « NOUVELLES ROUTES DE LA
SOIE » ?

Le nom du projet chinois est plus exactement « One
Belt One Road » (OBOR), introduisant la notion de route
« ceinturant » le pays. (cf Illustration ci-dessous). Dans
sa version globale il concerne 68 pays, 4,4 milliards de
personnes, 62% du PIB mondial et couvre 75% des réserves
d’énergie connues. La Chine dépense environ 150 milliards de dollars par an dans ces pays.
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Le projet OBOR a plusieurs dimensions. Il prévoit de
développer la coordination politique avec les pays
partenaires, de faciliter les connections par la construction
et le développement des infrastructures terrestres et
maritimes, de faciliter les échanges commerciaux et la
circulation des personnes, et de renforcer l’intégration
financière avec le renforcement du rôle international du
renminbi.

Ce projet OBOR vise dans un premier temps pour la Chine
à garantir ses approvisionnements en matières premières,
et notamment en énergie.

En effet, 85% des importations
chinoises, et notamment la plus grande partie du pétrole
passe par voie maritime à travers le détroit de Malacca dans
le sud de la Mer de Chine, toujours garanti par les Etats-Unis.
Ceci représente une grande vulnérabilité de la Chine en cas
de conflit. L’alternative est de développer de nouvelles
voies de communication. L’un des projets les plus avancés
est le corridor économique Chine-Pakistan qui permet un
accès direct à l’océan Indien, avec le développement du
port de Gwadar, et le pipeline qui rejoindra Kashgar, dans
la province chinoise du Xinjiang. Ce projet inclut également
des centrales à charbon, des autoroutes, des chemins de
fer, le raccordement à la fibre optique… C’est globalement
une enveloppe de 46 milliards de dollars d’investissements.

Encore une fois la Chine, via ces grands projets de
développement à l’Ouest, répond également à une priorité
de développement pour son économie intérieure. En
effet, la phase de développement des années 2000 s’est
essentiellement concentrée dans la partie Est du pays,
laissant pour compte les provinces de l’intérieur et de
l’Ouest. Il s’agit donc pour les autorités d’élever le niveau
de vie moyen non plus seulement par des transferts
financiers de l’Est citadin vers l’Ouest rural mais également
par le développement de l’activité de ces régions et leur
désenclavement.

EST-IL POSSIBLE D’EN ÉVALUER LES PREMIERS EFFETS ?

L’un des objectifs affichés est de rattraper le retard dans
les infrastructures en Asie, dont le besoin est estimé à 900
milliards de dollars par an dans les 10 prochaines années.

Les premiers bénéficiaires sont les entreprises du secteur
du ciment en Asie et les équipementiers chinois. OBOR
est également un moyen de gérer les surcapacités des
industries lourdes chinoises.

Il est encore difficile d’en évaluer les effets, beaucoup de
projets n’ayant pas encore de financement. La Chine, pour
développer ce plan ambitieux a notamment été à l’origine
de la création en octobre 2014 de la Banque asiatique
d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB), dotée
d’un capital initial de 100 milliards de dollars et a créé un
fonds spécifique (New Silk Road Fund) doté de 40 milliards
de dollars.
Les entreprises publiques (SOE ou State-
Owned Enterprise) devraient être aux avant-postes sur
ces marchés, ayant un financement facilité par les grandes
banques publiques chinoises.

Mais c’est là un sujet de préoccupation supplémentaire !
En effet, il faut craindre à cause de cette politique biaisée
d’accès au crédit, une rationalité économique toute
relative dans le développement des projets d’une part et
d’autre part une aggravation de la situation d’endettement
excessif de ces entreprises publiques, déjà au centre des
inquiétudes. Ce sera l’objet de notre prochain article.

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