Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

L’automobile : un secteur en pleine mutation

evolution_possible_de_la_valeur_du_vehicule_et_impact_sur_la_chaine_de_valeur.jpg
Au-delà des ambitions de conquête d’un monde qui commercialise de plus en plus de voitures (95 millions de véhicules vendus dans le monde en 2017 et bientôt 100), constructeurs et équipementiers se retrouvent au centre de plusieurs défis (robotisation, véhicule électrique, autonome et connecté).

Au-delà des ambitions de conquête d’un monde qui
commercialise de plus en plus de voitures (95
millions de véhicules vendus dans le monde en
2017 et bientôt 100), constructeurs et
équipementiers se retrouvent au centre de
plusieurs défis (robotisation, véhicule électrique,
autonome et connecté). Pleinement concerné par
la transition énergétique et les nouvelles
technologies, le secteur automobile est en pleine
mutation et offre de multiples opportunités aux
investisseurs.

Le durcissement des normes
environnementales accélère les mutations

En dehors de Donald Trump, qui a décidé de sortir
des accords de Paris, la majorité des responsables
politiques mondiaux conservent des objectifs clairs
et drastiques de réduction d’émission de dioxyde
de carbone (CO2). La succession de décisions
politiques vient accélérer les effets disruptifs dans
le secteur de l’automobile. Depuis plus d’un an les
annonces visant à tourner la page du moteur
thermique se sont multipliées : les grandes villes
comme Paris annoncent vouloir interdire tout
véhicule à moteur thermique d’ici 2030 (le diesel en
2025), et le Royaume-Uni et la France interdiront
la vente de ces véhicules en 2040. L’Inde, le
marché en plus forte croissance, veut faire de
même dès 2030. La Chine, premier marché
mondial, a établi un premier calendrier de quotas
d’électrification ambitieux (8% des ventes pour
2018, 12% en 2020, 20% en 2025) et s’apprête à
annoncer à long terme l’élimination totale des
véhicules thermiques.

L’Europe a prévu un système de sanctions pour les
constructeurs qui dépasseront les normes
d’émission de CO2 fixées à 95 gr/km pour 2021.
Or, ces limites seront très difficiles à atteindre pour
les constructeurs. Le diesel, qui émet 20% moins
de CO2 que les véhicules essence, ne représente
aujourd’hui plus que 40% des ventes en Europe
(contre plus de 50% en 2016) suite au scandale
Volkswagen (dieselgate). Les constructeurs sont
donc poussés à mettre sur le marché plus de
moteurs à essence et augmenter aussi la part de
véhicules électriques (ou hybrides) pour respecter
ces contraintes environnementales.

Le processus structurel d’électrification des
véhicules passe par l’hybride à court-moyen terme.
L’hybridation des moteurs est en effet un thème clé
en vue de remplacer les motorisations diesel. Les
principaux gagnants de cette montée en puissance
seront les équipementiers, qui détiennent le savoirfaire
et l’innovation quant au contenu des
véhicules. Dans ces conditions, les équipementiers
bénéficient d’une meilleure visibilité sur la
croissance de leur chiffre d’affaires à l’horizon des
prochaines années. C’est le cas notamment de
Valeo avec la co-entreprise avec Siemens
consacrée aux systèmes de propulsion haute
tension ou de Plastic Omnium avec le
développement des réservoirs pressurisés pour les
véhicules hybrides (permettent d’alléger les
véhicules).

Actuellement, la vente de véhicules électriques ne
dépasse pas 1 % du marché mondial, de plus elle
n’est pas rentable sans subventions. Une adoption
plus large du véhicule électrique ne pourra se faire
qu’à partir du moment où deux problèmes seront
résolus. D’une part, le rapport prix/coûts et d’autre
part, les infrastructures de chargement (densité,
rapidité). Une fois que la technologie de recharge
atteindra un niveau suffisant et que le coût sera
identique à celui des moteurs à combustion, les
ventes de véhicules électriques devraient décoller.
À l’heure actuelle, le coût de production est de
20000 $ pour le véhicule électrique et à peine
5000$ pour le moteur thermique.

Pour ce qui est des véhicules électriques, on peut
investir directement dans la production au niveau
des constructeurs, mais aussi dans les fabricants
de batteries (ou de leurs composants), voire dans
la chaîne d’approvisionnement (lithium, graphite).

La technologie au service des nouvelles
fonctions des véhicules

Le véhicule autonome nous apparaît complexe.
Les obstacles sont nombreux, à la fois
technologiques et en termes de régulation.
Au niveau de la technologie, nous disposons déjà
de véhicules capables de rouler de manière
autonome mais celle-ci n’est pas encore mature.

Le récent accident mortel d’un taxi robot Uber à
Phoenix aux Etats-Unis a démontré que les systèmes de conduite automatiques actuels ne
sont pas infaillibles. Les développements devraient
néanmoins se poursuivre si l’on se fie aux
différentes annonces des constructeurs.

Plusieurs tendances fortes se dessinent suite au
développement des véhicules autonomes et
connectés. La valeur se déplace progressivement
de l’assemblage et de la commercialisation vers la
fourniture de technologies innovantes. En effet, les
nouvelles technologies transforment le métier.

evolution_possible_de_la_valeur_du_vehicule_et_impact_sur_la_chaine_de_valeur.jpg

Les innovations les plus prometteuses (logiciel,
internet et big data) viennent d’entreprises du
monde de la technologie qui se trouvent en dehors
de l’écosystème traditionnel de l’industrie
automobile. La conduite assistée, l’autonomie des
véhicules, les véhicules connectés, etc. constituent
quelques défis pour les constructeurs. Selon A.T.
Kearney, le contenu et le software totaliseront 60%
du coût total du véhicule en 2030 (contre 10%
actuellement). Dans ces conditions, de nouveaux
entrants issus de la Tech (Apple, Google
notamment) lorgnent sur le marché de
l’automobile. Au niveau des véhicules autonomes,
il existe un grand nombre d’entreprises (software,
hardware) qui gravitent autour des technologies
(cartographique, analytique, gestion du véhicule,
conduite assistée, cloud).

Les constructeurs historiques doivent donc
impérativement s’adapter à cette nouvelle
concurrence disruptive. En revanche, les
entreprises de la technologie (semi-conducteurs
notamment) ont une expertise dans le domaine et
profitent par ailleurs de la même multiplication de
l’utilisation de composantes électroniques dans
l’industrie manufacturière et dans et dans les
produits de consommation. Ce sont donc avant
tout elles les grandes gagnantes des mutations en
cours dans le secteur de l’automobile. Il s’agit de
sociétés telles qu’Infineon, ON Semiconductor.

Toutefois, la mise en application du véhicule
autonome est encore confrontée à plusieurs
obstacles, comme l’adaptation du cadre légal et
assurantiel, l’harmonisation du code de la route à
l’échelle internationale. Surtout, la technologie
n’est pas encore suffisamment mature.

Enfin, l’un des grands défis de l’industrie sera de
protéger le conducteur contre les intrusions de
hackers, qui seront capables de prendre le contrôle
d’une automobile à distance si elle présente des
failles. À ce niveau, les éditeurs de solutions de
sécurité sont la clé.

Catégories