Opinion

Le Covid-19 aura-t-il raison de la 5G ?

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S’il est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, les anciens et sans doute certains jeunes geeks se souviennent de la mise sur le marché en 1998 du Nokia 5110 l’un des tout premier portable GSM, intégrant le jeu vidéo « Snake », et qui finalement sera le plus populaire du monde mobile.

À cette époque les téléphones mobiles
fonctionnaient sur le réseau 2G
(G pour
génération), apparu en 1982 en France.
Celui-ci fonctionne sur des fréquences
dans les bandes 900 et 1800 MHz.
Il marque le passage de l’analogique au
numérique et permet pour la première fois
l’envoi de MMS, en plus des SMS
classiques. Le réseau 2G est une petite
révolution, qui ouvre les portes de
l’Internet mobile aux abonnés, possédant
un téléphone adapté, grâce au transfert de
données par paquets. Son débit moyen est
de 9.6kbits/s…

S’en suivra la 3G, puis la 4G qui offre actuellement un débit de 150 Mb/s, et vous permet d’utiliser votre smartphone au maximum de ses capacités.

Imaginez qu’il vous aurait fallu attendre
plus de 20h pour télécharger un film de
700Mo sur votre Nokia 5110 (si la
technologie l’avait rendu possible, bien
sûr) quand il vous faut aujourd’hui 5
secondes ! Demain, avec la 5G, en moins
d’une seconde la donnée sera disponible
sur votre smartphone…

Le réseau 5G constitue le futur de la
téléphonie mobile, puisqu’il permettra aux
abonnés de profiter de l’ultra haut débit
,
tout en limitant la consommation
d’énergie des smartphones. Son débit
maximal devrait être de 1 Gbit/s pour les
téléchargements, et 500 Mbit/s pour
uploader des fichiers. Au-delà du débit, il
est question également d’une latence en
baisse. La latence désigne le délai de
transit d’une donnée entre le moment où
elle est envoyée et celui où elle est reçue.
Celui-ci sera divisé par 10 par rapport à la
4G, avec un temps de réponse d’à peine
une milliseconde. Cette réactivité est
cruciale pour l’industrie, car des échanges
constants et quasi-immédiats sont requis
pour faire émerger des usages comme le
transport autonome.

En effet, les smartphones ne seront plus les
seuls bénéficiaires de l’ultra haut débit.

Cette nouvelle génération de communications mobiles « se distingue des
précédentes en ce qu’elle vise, dès sa
conception, à intégrer un nombre de cas
d’usages inédit » relève l’Agence nationale
des fréquences (ANF), et apparait en réalité
comme une technologie dite de rupture :
ainsi, les communications téléphoniques
et l’accès à l’internet par les individus
seront-ils complétés par les usages dits
« verticaux », notamment pour l’internet des
objets ou certains usages critiques dans les
secteurs de la santé (ex. chirurgie à
distance), des voitures autonomes ou de
l’industrie manufacturière, ou encore des
villes intelligentes (Smart city). Les forts
besoins en connectivité des entreprises et
des particuliers associés à l’intégration des
usages verticaux appellent l’ouverture
d’une gamme des fréquences inédite en
couverture terrestre (utilisation de
fréquences dites millimétriques) et une
évolution de l’architecture des réseaux
mobiles (déploiement des petites antennes
et emploi d’antennes intelligentes).

La 5G sera un élément-clé de la
transformation de la société et de
l’économie, dont l’ensemble des services
(transports, énergie, santé ou médias, par
exemple) et des modes de production.

LE DÉPLOIEMENT DE LA 5G

Des objectifs de déploiement ambitieux ont
déjà été fixés pour la 5G, aux niveaux
français et européen. La Commission
européenne a publié dès le 14 septembre
2016, son plan d’action : la 5G doit être
commercialement disponible dans au
moins une grande ville de chaque pays de
l’Union en 2020, et toutes les zones urbaines ainsi que les principaux axes routiers et
ferroviaires
doivent disposer d’une couverture 5G ininterrompue en 2025…

En France, pour acquérir les licences 5G, les
opérateurs devront collectivement dépenser au moins 2,17 milliards d’euros.
Quatre
blocs à prix fixe (350M d’euros chacun)
seront proposés, assortis d’obligations
précises. Ensuite, onze blocs à prix variable
(à partir de 70 millions d’euros l’unité) seront
mis aux enchères, avec toutefois des limites
pour éviter qu’un opérateur ne rafle tout.

Le 26 février 2020, les quatre principaux
opérateurs français se portaient candidats
pour le déploiement de la 5G.
Bouygues
Telecom, Free, Orange et SFR ont déposé
leur candidature dans le cadre de
l’attribution des fréquences, auprès de
l’Arcep (Autorité de régulation des
communications électroniques, des postes
et de la distribution de la presse).

Seulement voilà, le COVID-19 s’est également invité dans le calendrier du déploiement de la 5G. Les enchères d’attribution des fréquences qui devaient se tenir mardi 21 avril 2020, sont reportées sine die pour cause de COVID-19. Et, avec elles, l’ouverture au grand public, prévue pour la fin de l’année 2020.

Le déconfinement du pays doit débuter
progressivement à partir du 11 mai.
Néanmoins, en ce qui concerne le dossier de
la 5G, cela ne veut pas dire que tout sera
remis sur les rails à cette date. Initialement,
tout devait être bouclé pour le mois de juin.
Mais au vu du calendrier évoqué par
Sébastien Soriano, patron de l’Arcep et des
délais à respecter pour les différentes
phases, le coup d’envoi de la 5G devra
vraisemblablement attendre la fin d’année.

Dans le monde, la course est déjà lancée :
la Chine fait figure de précurseur avec déjà
10 millions d’abonnés à la 5G. Une goutte
d’eau dans l’océan cependant comparé aux
847 millions d’utilisateurs mobiles que
compte le pays à juin 2019 selon le rapport
publié par le Centre d’information du réseau
Internet de Chine.

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L’opérateur China Mobile a annoncé qu’il
couvrirait cette année 40 villes en 5G. Le
Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, les ÉtatsUnis (l’opérateur américain Verizon couvre
Minneapolis et Chicago depuis avril 2019) et
la Corée du Sud ont également débuté leur
couverture 5G, ainsi que Monaco qui a
annoncé une couverture complète de son
territoire en 5G dès juillet 2019…

ENJEUX ÉCONOMIQUES

Cette technologie est aussi l’un des grands
objectifs industriel et économique de la
Commission européenne ces prochaines
années.
L’UE affirme ainsi que les groupes
européens doivent mener la standardisation
de cette technologie, après avoir manqué
le train de la 4G, ce qui aurait créé une
dépendance aux fournisseurs étrangers.
Il s’agit donc de répondre aux besoins sans
cesse croissants de connectivité et d’accroître la compétitivité des pays de l’Union.

De nombreux acteurs voient là un marché
émergent, potentiellement riche en
applications et débouchés nouveaux.
La 5G
pourrait permettre de nouveaux usages
numériques dans des domaines variés tels
que la santé (diagnostic automatique ou
distant, chirurgie et médication commandées à distance), du travail (télétravail),
du déploiement d’objets communicants
(dont voitures et autres véhicules sans
conducteurs), de détecteurs et senseurs du
e-commerce, des smartgrids (réseau électrique intelligent ), de l’intelligence artificielle,
de la sécurité (téléprotection, gestion des
flux de personnes, véhicules, denrées, biens
et services en temps réel…), de l’éducation et
de l’accès à l’information. « La 5G continuera
d’améliorer les services existants dans le
domaine grand public en donnant par
exemple l’accès à des contenus vidéo de
meilleure définition et en favorisant le
développement d’applications de réalité
augmentée ou virtuelle », anticipe l’Agence
nationale des fréquences. Mais c’est surtout
du côté de l’industrie que la 5G est
intéressante.
Outre les quatre opérateurs
téléphoniques, on retrouve des groupes
comme EDF et Airbus, tandis que l’une des
consultations publiques sur la 5G du
régulateur des télécoms a entrainé des
retours de la part de la RATP, d’Air France,
d’Enedis ou encore de la SNCF.

ENJEUX DE SÉCURITÉ NATIONALE

Le 29 janvier 2020, la Commission
européenne et la présidence du Conseil de
l’Union européenne ont présenté une
approche européenne concertée sur l’enjeu
crucial qu’est la sécurité des réseaux de
télécommunications 5G européens.

Avec l’arrivée de la 5G, technologie aussi
prometteuse que sensible, disposer
d’équipementiers télécoms constitue un
enjeu stratégique de souveraineté et de
sécurité nationale.
La Chine en a
deux : Huawei et ZTE. L’Europe aussi,
via Nokia et Ericsson. Les États-Unis, en
revanche, n’en ont plus, et lorgnent les
champions du Vieux Continent. Une prise de
participation ou une assistance financière à
l’un des équipementiers européens
serait une façon de damer le pion à Huawei,
aujourd’hui leader technologique dans la
5G, alors que Washington a banni
l’équipementier chinois de ses réseaux
mobiles, arguant qu’il pourrait servir à Pékin
de cheval de Troie pour espionner les
communications. Huawei fait en effet l’objet
d’une hostilité marquée de la part d’un
nombre grandissant de pays occidentaux.

Dès 2019 le gouvernement français a fait
part de ses inquiétudes à l’Arcep sur les
problèmes de sécurité du futur déploiement des infrastructures réseaux Télécom
5G qui ferait à la fois planer une menace sur
la souveraineté nationale mais aussi sur des
applications critiques.

C’est pourquoi, le 1er août 2019 le Président de la République a promulgué la loi n 2019-810 visant à préserver les intérêts de la défense et de la sécurité nationale de la France dans le cadre de l’exploitation des réseaux radioélectriques mobiles. Cette loi, dite « PPL 5G », a pour objectif de mettre en place un régime d’autorisation préalable aux équipements radioélectriques. Concrètement, l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pourra examiner les nouveaux équipements des réseaux mobiles avant leur installation et les interdire si elle juge qu’ils mettent en péril « les intérêts de la défense et de la sécurité nationale ».

RISQUES SANITAIRES ?

Comme le compteur Linky en son temps, le déploiement à venir de la 5G fait craindre à ses détracteurs une catastrophe sanitaire.

Depuis 2011, les champs de radiofréquences électromagnétiques sont classés dans la catégorie des phénomènes pouvant peutêtre être cancérogènes. Il existe donc une incertitude. C’est le Centre international de recherche sur le cancer, une structure rattachée à l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), qui a procédé à cette classification.

La catégorie dans laquelle se trouvent les
ondes est appelée 2B (cancérogènes
possibles comme le café par exemple). En
clair, le classement 2B est un groupe pour
lequel la littérature scientifique n’a pas
permis avec certitude d’établir un lien de
causalité démontrant la nocivité des ondes.

C’est l’Agence nationale des fréquences
(ANFR) qui a la charge de contrôler la conformité des terminaux radioélectriques mis sur
le marché, de veiller au respect des valeurs
limites réglementaires d’exposition du
public, de tenir à jour le protocole de mesure,
mais aussi de gérer le dispositif national de
surveillance et de mesure de l’exposition aux
champs électromagnétiques.

En avril 2019, l’ANFR a remis son rapport
pour 2018 après plus de 3 000 mesures.
Elle
a noté que les niveaux d’exposition du public
aux ondes sont globalement nettement
inférieurs aux limites réglementaires en
vigueur — limites qui sont elles-mêmes
cinquante fois plus basses que les seuils à
partir desquels les expérimentations
scientifiques ont noté un risque. Cependant,
ces mesures n’incluent pas la 5G, qui n’est
pas encore déployée.

Deux ONG – Agir pour l’environnement et
Priartem électrosensibles de France – ont
également déposé mi-février un recours en
justice devant le Conseil d’État pour faire
annuler l’appel à candidatures pour
l’attribution des fréquences 5G. En cause, le
manque de données sur les impacts
environnementaux, sociétaux, sanitaires et
sociaux de cette nouvelle technologie. Mais
la plupart des scientifiques ne partagent pas
ces craintes sur les risques sanitaires.

Comme souvent, le changement suscite
beaucoup de questions et de contestations.
Mais nul doute que la machine, déjà lancée,
verra dans les cinq ans à venir son rythme de
croisière s’établir avec un ratio Risk/Reward
(risque/récompense) que les financiers
connaissent bien, des plus favorables.

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