Analyse & Opinion - Asset Management Opinion

Le « triangle d’incompatibilité » entre les nouveaux objectifs de la politique monétaire

Avant la crise, les banques centrales ne poursuivaient qu’un seul objectif, la stabilité macroéconomique, même si les mandats des banques centrales différaient selon le poids accordé à l’objectif croissance par rapport à celui de l’inflation.

Récemment, à la stabilité macroéconomique se sont ajoutés deux objectifs, la stabilité
financière et le financement des États :

  • non seulement les banques centrales développent des outils pour détecter des
    signes d’excès sur les marchés financiers (levier démesuré, hausse anormale des
    prix des actifs, …), mais elles précisent désormais qu’elles ne doivent plus rester
    sans rien faire face aux risques financiers ; c’est là évidemment un changement de
    paradigme par rapport à « l’ère Greenspan » ;
  • parce que l’austérité fiscale est coûteuse en croissance, plusieurs banques centrales
    ont explicitement ou implicitement décidé d’acheter des obligations afin de diminuer
    le coût de financement de la dette publique, et ce faisant assurer une trajectoire de
    désendettement des États.

Ces trois objectifs (stabilité macroéconomique/stabilité financière/financement des États)
sont cependant incompatibles : si les banques centrales privilégient la stabilité
macroéconomique et le financement des États, le risque est l’occurrence de bulle ; si elles
privilégient la stabilité financière et le financement des États, le risque est alors que la reprise
macroéconomique soit insuffisante.

Les marchés doivent faire l’apprentissage des nouvelles « fonctions de réaction » des banques centrales

Ainsi, la politique monétaire se « redéploie » : non seulement, les banques centrales
poursuivent simultanément plusieurs objectifs, mais pour ce faire, elles ont décidé d’utiliser
plusieurs instruments. Alors qu’elles n’avaient recours avant qu’aux seuls taux directeurs,
elles utilisent désormais le forward guidance, l’ensemble de la courbe des taux et
singulièrement les taux longs. Le paradoxe est que les banques centrales des pays
développés ont finalement imité les banques centrales des pays émergents avec des
fonctions de réaction plus complexes et un arsenal monétaire plus ample.

Bien que les banques centrales soient transparentes et lisibles, les marchés financiers vont
devoir faire l’apprentissage de leur fonction de réaction désormais plus complexe. Même si
les banques centrales feront tout pour lisser la « sortie », cela générera immanquablement
de la volatilité. C’est probablement cet apprentissage qui alimente actuellement les
incertitudes sur l’évolution des décisions monétaires.

Les banques centrales ne prendront aucun risque avec la reprise

A juste titre, les investisseurs se sont inquiétés de l’évolution des futures décisions
monétaires. Clairement, on ne devrait pas sortir sans heurt d’une politique monétaire aussi
durablement ultra-accommodante.

Pour autant, les banquiers centraux n’en sont pas encore à l’étape d’envisager la sortie,
notamment du côté de la Fed. D’abord, les banquiers centraux américains ont fait leur mea
culpa : ils ont reconnu qu’en se posant trop tôt la question de la stratégie de sortie en 2011,
cela a réduit l’efficacité de la politique monétaire accommodante et mis en danger la reprise
économique. Ensuite, même s’ils peuvent ralentir le rythme d’achat d’actifs autour de la fin
d’année, ils ne le feront que progressivement et pourraient même considérer de détenir
jusqu’à échéance leur portefeuilles de MBS, ce qui revient in fine à assouplir les conditions
monétaires. Enfin, ils ont clairement indiqué que l’ensemble de la courbe des taux constituait
désormais un instrument de la politique monétaire ; dit autrement, ils ne devraient pas tolérer
une tension trop forte des taux longs qui appartiennent désormais à leur arsenal de la
politique monétaire.

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