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Pétrole : État des lieux de l’évolution de l’offre et de la demande d’or noir et perspectives pour 2019.

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Après avoir progressé de plus de 80 % depuis le plus bas de l’été 2017 et dépassé les 85 $ en octobre 2018, les prix ont reculé depuis de plus de 40 % pour revenir fin décembre sur les niveaux de début 2018. Crise passagère ? Changement de paradigme ?

2018 se termine sur une forte volatilité des prix du pétrole.
Après avoir progressé de plus de 80 % depuis le plus bas de
l’été 2017 et dépassé les 85 $ en octobre 2018, les prix ont
reculé depuis de plus de 40 % pour revenir fin décembre sur
les niveaux de début 2018. Crise passagère ? Changement
de paradigme ? état des lieux de l’évolution de l’offre et de la
demande d’or noir et perspectives pour 2019.

Les raisons de cette correction sont nombreuses et trouvent,
pour l’essentiel, leur origine aux états-Unis.

C’est d’abord la décision surprise de Donald Trump d’exempter un
certain nombre de pays de l’interdiction d’importer du pétrole
iranien qui a pris le marché à contrepied et entraîné un premier
mouvement de correction.

C’est ensuite la révision à la hausse de la croissance de la
production de pétrole de schiste outre-Atlantique qui a fait
craindre un sur-approvisionnement des marchés pétroliers
et pousser les intervenants à prendre une partie de leurs
bénéfices.

Enfin, les craintes qui sont apparues en fin d’année sur la croissance mondiale, couplées avec les tensions commerciales
entre la Chine et les états-Unis, ont convaincu les investisseurs
que la demande d’or noir pourrait progresser moins vite que
prévue en 2019.

Ces éléments sont effectivement de nature à justifier une correction, mais pas de l’ampleur de celle que l’or noir a connu.
La violence du mouvement provient sans doute du fait que
ces baisses successives ont obligé un certain nombre d’établissements bancaires, ayant vendu des mécanismes de couverture contre une baisse du cours de l’or noir à des entreprises
ou à des pays (comme le Brésil ou le Mexique), à vendre des
quantités importantes de pétrole sur les marchés à terme pour
protéger leurs engagements. C’est sans doute ce facteur qui
explique les très grosses journées de baisse que l’on a pu
connaître à plusieurs reprises en fin d’année. L’absence de
liquidité en période de fêtes a sans doute également amplifié
le mouvement.

Aujourd’hui, ces éléments étant dans les cours, que peut-on
espérer pour les prix du pétrole pour les mois à venir ?

Il est d’abord important de noter que, depuis le 26 décembre,
date où le pétrole a touché son point bas des dernières semaines,
le cours de l’or noir s’est repris de plus de 20 %. Ce marché
évolue très vite. La principale cause de la reprise des cours
est la mise en œuvre par les pays de l’OPEP et les pays alignés
sur sa stratégie (OPEP+), de la réduction de la production
entérinée lors de la réunion de Vienne début décembre.

Les membres du cartel, associés notamment à la Russie, ont
décidé de réduire leurs exportations de 1,2 million de barils
par jour à compter de janvier, afin de rééquilibrer le marché.
Cet accord a d’abord été perçu comme décevant, notamment
en raison de la difficulté avec laquelle il a été obtenu. Certains
en ont en effet conclu que son application serait difficile. Néanmoins, les difficultés à trouver un accord étaient en réalité
davantage liées à des problématiques politiques qu’à un franc
désaccord des différents intervenants.

En effet, à l’heure où l’Arabie saoudite est sous pression en
raison de l’affaire Khashoggi, le royaume doit veiller à ne pas froisser Donald Trump alors que celui-ci a pris le parti de
protéger le Prince Mohammed Bin Salman dans cette affaire.
Or, le Président américain n’a pas caché sa volonté de voir les
cours du pétrole rester bas. L’Arabie saoudite avait donc besoin
d’afficher une faible baisse de sa propre production, ce qui
nécessitait un fort soutien de son allié russe.

C’est la raison pour laquelle le niveau de référence retenu pour
cette réduction est celui d’octobre. En effet, avant l’annonce
des exemptions par le gouvernement américain début novembre,
beaucoup de pays membres de l’OPEP avaient revu leur production à la hausse. Aussi, le fait de prendre comme référence
le mois d’octobre amène à réduire en réalité la production du
montant décidé, majoré de l’augmentation réalisée en novembre.
à titre d’exemple, la production saoudienne avait augmenté de
près de 330 000 barils par jour entre octobre et novembre.
Aussi, alors que l’Arabie saoudite s’est engagée à réduire sa
production à 10,2 millions de barils en janvier selon son ministre
du pétrole, sa production en novembre s’affichait à un peu plus
de 11 millions de barils par jour. Le pays va donc, à lui seul,
assurer une réduction de sa production de 800 000 barils, soit
la totalité de l’engagement pris par l’OPEP.

Pratiquement, on peut donc s’attendre à une réduction de la
production de la part de l’OPEP+ qui se situera plutôt entre
1,7 et 1,8 million de barils par jour à compter de janvier. Et cet
accord a toutes les chances d’être respecté, notamment parce
que la volonté de l’Arabie saoudite de voir les prix du pétrole
remonter est forte. En effet, ses finances publiques ont besoin
d’un prix du baril élevé pour retrouver l’équilibre. Cet ajustement pourrait donc s’avérer extrêmement efficace.

À cette réduction déjà conséquente va s’ajouter la poursuite
de la réduction de la production iranienne. En effet, même si
l’administration américaine a accordé des exemptions pour
un certain nombre de pays importateurs de pétrole iranien,
l’entrée en vigueur des sanctions n’a pas encore produit tous
ses effets. On peut ainsi s’attendre à une nouvelle réduction
dans les mois à venir des exportations iraniennes de l’ordre de
300 000 barils par jour.

Enfin, les énormes problèmes logistiques que rencontre le
Canada en raison du manque de pipelines pour sortir le pétrole
de l’Ouest canadien, a amené le gouvernement du pays à
prendre une mesure drastique : une loi a été votée obligeant
les entreprises privées productrices de pétrole à réduire leur
production de 8,25 % dès janvier 2019. Cela représente une
réduction nationale de 325 000 barils par jour.

À cela s’ajoute enfin la réduction de la production libyenne, liée
à la déclaration d’un cas de force majeure après le blocage
du plus grand champ du pays (Sharara) à la mi-décembre. La
production est ainsi réduite d’au moins 150 000 barils par jour.
Au total, c’est donc plus de 2,5 millions de barils par jour de
production qui vont être retirés du marché en janvier. Ceci
devrait être largement suffisant pour rééquilibrer le marché.
De plus, l’Arabie saoudite a également revu sa politique de prix
à l’export, proposant des tarifs plus intéressants à ses clients
asiatiques qu’à ses contreparties américaines. La conséquence
de ce choix ne s’est pas faite attendre : les importations de
pétrole saoudien sont au plus bas depuis le début des années
80 aux états-Unis, à moins de 350 000 barils.

Ceci est stratégique. En effet, les stocks de produits pétroliers étant publiés de façon régulière toutes les semaines aux étatsUnis, les opérateurs sont particulièrement sensibles à cette
information. Aussi, en limitant ses exportations vers le pays de
l’oncle Sam, l’Arabie saoudite espère limiter la constitution
de stocks dans ce pays et ainsi influer sur la perception des
investisseurs de cette information.

La réduction de l’offre et le changement de perception
sur les stocks américains pourraient donc contribuer à la
poursuite du redressement des prix de l’or noir.
Reste que
les tensions commerciales sino-américaines et la dégradation
des indicateurs économiques d’un certain nombre de pays
laissent craindre un ralentissement de la croissance de la
demande d’or noir.

Les derniers développements en Chine, aux états-Unis et en
Europe, ont en effet amené plusieurs organisations à revoir
à la baisse leurs prévisions de croissance de la demande de
pétrole pour 2019. L’OPEP est ainsi passée, en quelques mois,
d’une croissance estimée de la demande de 1,45 million de
barils par jour à moins de 1,3 million dans sa dernière prévision.
Ceci semble toutefois ignorer le fait qu’il existe une relative
élasticité de la demande à la baisse des prix du pétrole. En
effet, en particulier aux états-Unis, lorsque les prix à la pompe
baissent, on constate presque systématiquement une augmentation de la cylindrée des voitures neuves et une augmentation
de la distance parcourue par les véhicules. En clair, les américains sont restés de grands enfants et profitent de la baisse des
prix pour acheter de plus grosses voitures et rouler davantage.
Ceci devrait permettre à la demande de poursuivre sur son
rythme de croissance actuelle, plus proche des 1,5 million de
barils par jour.

Il y a donc de bonnes raisons d’être optimiste pour 2019.
Au-delà, deux problèmes structurels pourraient permettre au
prix du pétrole de retrouver, selon nous, des niveaux proches
ou supérieurs à 100 $ le baril. D’abord, à la fin de cette année
entrera en vigueur la réforme de l’Organisation Internationale
Maritime (IMO) sur la qualité des carburants utilisables dans le
transport maritime. Cela implique une augmentation de la
consommation de produits raffinés peu soufrés à laquelle
l’industrie n’est pas prête. Cela pourrait impliquer une dislocation du marché du pétrole, et notamment un relatif désintérêt
pour le pétrole de schiste dont la qualité n’est pas idéale pour
répondre à cette nouvelle demande.

Mais c’est surtout le manque d’investissement de ces dernières
années qui devrait finir par avoir un impact désastreux sur
la capacité de production de pétrole au niveau mondial et entraîner une très forte réappréciation des cours de l’or noir.
Pour rappel, l’industrie pétrolière n’a investi que les deux tiers
des investissements annuels nécessaires au maintien de la
production de pétrole conventionnel sur les trois dernières
années. La conséquence de ce sous-investissement est une
baisse prévisible de la production de pétrole conventionnel
(92 % de la production actuelle) à partir de 2020 et pour les
années à venir.

L’Agence Internationale à l’énergie (AIE), l’organisme chargé
des questions pétrolières pour le compte des pays de l’OCDE,
a d’ailleurs tiré le signal d’alarme dans son dernier rapport
annuel sur l’état du marché du pétrole (World Energy Outlook)
publié en novembre dernier. On peut ainsi y lire, dans son
résumé aux décideurs que, compte tenu de son scénario
d’évolution de la demande à horizon 2025, « répondre à cette
croissance à court terme implique que le taux d’approbation
de projets dans le secteur conventionnel doit doubler par
rapport aux niveaux actuels. Sans cela, la production de pétrole
de schiste, qui s’est déjà développée à un rythme record, devra
ajouter plus de 10 millions de barils de production quotidienne
entre aujourd’hui et 2025… ». Ceci est, a minima, un challenge
énorme à relever… d’autant que les annonces d’investissement
pour 2019 ne partent pas sur les bases espérées par l’AIE.

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On n’en a donc probablement pas fini avec des
prix du pétrole élevés…

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