Les marchés ont subi une légère correction ces derniers jours et particulièrement hier. Soyons clairs : sur toute l’histoire des marchés financiers, cela n’a rien d’exceptionnel et cela est même tout à fait normal.
Cependant, dans un monde où le concept même de correction semble avoir été oublié et alors que la
hausse des marchés actions se voulait irrépressible, la normalité peut se révéler surprenante, voire
douloureuse.
Toutefois, nous assistons peut-être au signe le plus manifeste de la bonne santé des
marchés financiers depuis longtemps. En effet, le rally boursier américain alimenté par les
valeurs technologiques a tiré les valorisations à des niveaux hors de toute commune mesure.
De plus, dans ce contexte économique favorable, particulièrement outre-Atlantique,
l’anticipation d’une inflation durablement faible n’était plus tenable. Finalement, ce qui serait
inquiétant, c’est de n’avoir eu aucune réaction de la part des marchés, alors même que le
nouveau patron de la FED va devoir faire ses preuves.
En effet, en dépit de l’évolution récente des cours de bourse, les actions américaines
affichent toujours un rebond de près de 50 % depuis le début 2016. Le repli actuel des
marchés semble inhabituel car nous sommes devenus accrocs au faible niveau de la
volatilité et aux bonnes statistiques économiques qui ont été positives tout au long de l’année
2017 à l’échelle mondiale.
A quoi devons-nous nous attendre ?
Alan Greenspan, ancien président de la Fed, a déclaré la semaine dernière que les marchés
actions et obligataires étaient entrés dans une phase de bulle. Rien de vraiment nouveau
dans tout cela ! Il n’est pas nécessaire d’être un ancien président de la Fed pour voir que les
marchés obligataires sont dans une situation de bulle quand le Bund allemand à deux ans
est inférieur au taux des dépôts de la BCE, ou que les actions sont susceptibles de connaître
un repli alors qu’elles n’ont cessé de battre des records vieux de plusieurs décennies lors des
derniers mois.
Les bulles peuvent durer un long moment, et alors que nous pourrions assister à une reprise de la précédente tendance
haussière alimentée par les valeurs technologiques, il est plus probable que le répit actuel incitera les investisseurs à
reconsidérer le leadership des marchés.
Mais quel évènement pourrait conduire à un incident plus grave ? Le nouveau président de la Fed, Jerome Powell, n’est pas à
l’abri d’un faux-pas. Le rôle traditionnel du responsable d’une banque centrale est de manipuler délicatement la prudence et le
sentiment des marchés. Un resserrement excessif de la politique monétaire ou un report de ce resserrement – qui serait
synonyme d’une perte de confiance tant il est anticipé – pourrait faire paniquer les investisseurs et à nouveau faire chuter les
marchés.
Cependant, les investisseurs se rendront bien vite compte que Jerome Powell a été choisi précisément en raison de la
prudence habituelle qu’il affiche en matière de taux d’intérêt. Il est donc peu probable que ses déclarations soient jugées
excessivement accommodantes.
Jerome Powell a d’autres moyens que ses propos publics jugés conciliants pour convaincre les investisseurs qu’il n’est pas sur
le point de relever sensiblement les taux d’intérêt. Le salaire horaire moyen a beau avoir été supérieur aux attentes aux ÉtatsUnis,
rien ne permet encore de dire qu’il s’agit des prémices d’une véritable tendance haussière. La moyenne mobile sur 12
mois du salaire horaire moyen est plus contenue et d’autres indicateurs de la croissance des salaires, comme l’indice du coût
de l’emploi, semblent également en berne. Cette tendance donnera une marge de manœuvre à ceux qui, comme Jerome
Powell, plaideront en faveur d’une hausse très progressive des taux, au détriment d’un durcissement brutal.
Plusieurs secteurs du marché actions présentent des fragilités, mais pas au point d’entraîner le marché dans une tendance
baissière généralisée.
Nous restons positionnés sur les actions tout en privilégiant et en achetant sur repli les segments
« value » du marché. Nous évitons également les titres dont le dividende n’est pas garanti par des flux de trésorerie soutenus et
un bilan robuste.
En effet, la quête de rendement n’a pas seulement tiré à la hausse les actions versant des dividendes élevés,
elle a complètement remis en cause les business models de certaines entreprises. Cette situation justifie la mise en place d’une
gestion active lors des dernières phases du cycle. Maintenir ce cap alors dans un contexte de volatilité accrue ne sera pas une
tâche aisée, mais au stade actuel du cycle, c’est en gardant son sang-froid que l’on peut générer des gains.
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