Dans l’ensemble, les annonces de la BCE sont relativement marginales en ce qui concerne l’évolution de la performance économique du secteur bancaire
européen à court terme. En revanche, Mario Draghi est parvenu à en améliorer grandement la perception à moyen terme, en écartant un risque réel pour la
profitabilité du système, celui d’une forte baisse du taux de dépôts et donc de la marge sur dépôts des banques européennes.
Parmi les différentes annonces, nous retiendrons donc
surtout que Mario Draghi a indiqué qu’il ne fallait pas
s’attendre à une poursuite de la baisse du taux auquel
sont rémunérés les excédents de liquidités déposés
auprès de la Banque Centrale Européenne. Ceci
devrait contribuer à rassurer le secteur mutualiste
allemand, très exposé à cette problématique mais ceci
s’avère également favorable pour les banques
d’Europe du sud, en Espagne et en Italie
principalement, où les crédits sont majoritairement à
taux variables. L’Euribor 12 mois a en effet rebondi
hier en séance. La baisse de la rémunération des
dépôts des banques constitue bien entendu une
mauvaise nouvelle pour le secteur. Mais son ampleur
se limite à quelque 1 à 2% des résultats du secteur.
Ainsi, ce modeste désagrément pour la profitabilité des
banques européennes nous semble plus que
compensé par la quasi-certitude désormais que la
Banque centrale Européenne devrait s’arrêter là. C’est
d’ailleurs pour cette raison que la BCE n’a pas jugé
utile de mettre en place un mécanisme de
segmentation des dépôts visant à réduire l’impact de la
baisse du taux de dépôts sur la profitabilité du
système.
L’autre annonce d’importance réside dans la mise en
place d’une série de nouveaux TLTRO d’une maturité
de quatre ans. Désormais, les banques de la zone
euro pourront pour la première fois emprunter à des
taux négatifs auprès de la BCE. Ceci devrait
immuniser les banques européennes (voir graphique
3) en leur permettant de refinancer leur tombées
obligataires même si les conditions de marchés à
l’émission devaient demeurer peu favorables.
En filigrane – et c’est peut-être le signal le plus
important – nous comprenons également que la BCE
se soucie effectivement de la profitabilité du système
bancaire en fournissant une ressource à très bon
marché. Sa décision écarte également le spectre d’une
rémunération négative des dépôts des particuliers.
En revanche il faut noter que l’annonce d’un
élargissement des actifs éligibles au programme de
QE aux obligations entreprises de la catégorie non
spéculative ainsi que son impact direct sur les banques
européennes demeurent encore flous à ce stade.
D’ailleurs, la BCE ne s’est pas encore prononcée sur la
proportion du programme d’achat qui sera consacrée à
ces nouveaux actifs éligibles. Cette mesure pourrait de
nouveau exercer une pression sur les marges dans les
grands financements dans un contexte où celles-ci
étaient déjà baissières. Nous serons attentifs à ce
développement.
En conclusion, bien que nous ne nous attendons pas
à ce que la performance économique du secteur
bancaire soit grandement affectée pas ces annonces,
nous jugeons très favorable le changement de
perception qui pourrait en découler.
Le secteur bancaire européen se négocie aujourd’hui
à des niveaux presque aussi bas que lors de la crise
souveraine européenne en 2011 ou encore de la
faillite de Lehman Brothers en 2008 (voir graphique).
Beaucoup de craintes sont donc déjà intégrées dans
les cours. Le momentum de résultats du secteur
demeure évidemment sous pression à court terme
compte tenu du très faible niveau des taux d’intérêts.
Mais la reprise européenne se confirme et la reprise
de la production de crédits n’en est qu’à son début.
Tout en maintenant une forte discipline en matière de
sélection, nous voyons dans les niveaux de
valorisation actuels du secteur une opportunité à
moyen terme plutôt qu’un risque négatif.
Dans un monde où les taux sont quasiment nuls, beaucoup de banques parviennent d’ores et déjà à afficher des
rentabilités voisines de 10%, couvrant ainsi leur coût du capital. Partant de ce niveau, les meilleures d’entre elles
devraient parvenir à améliorer leur performance économique en travaillant sur leur base de coûts (réduction des
réseaux d’agences, digitalisation, simplification des infrastructures IT et consolidation) d’une part et leur mix de
revenus d’autre part. Ceci passe par le développement de leurs commissions afin de compenser l’effritement de leur
marge d’intérêt. Cela suppose en revanche des conditions de marchés plus apaisées qu’elle ne l’ont été ces
dernières semaines.




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